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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 10:01

Après cette petite trêve hivernale (et une bonne année, tout ça.... ) je continue et FINIS ce que j'avais commencé (parce que ça vhappybirthday.gifa pas de laisser comme ça des présentations sur le feu, sans surveillance...) et je reviens vers Anne Dussuet (en m'excusant platement pour ce grand vide laissé devant...)

 

 

 

Suite de la présentation d'Anne Dussuet dans le cadre du séminaire GMT : « travail salarié à domicile, services sexuels, quelles frontières ? », donc !


Les salariées du secteur des « services à la personne » interviennent souvent auprès d'hommes ou de femmes handicapées ou âgées, parfois dépendantes, que l'on désigne par l'expression consacrée « personnes vulnérables ». Ce concept de vulnérabilité ne doit pas nous faire imaginer de faibles individus démunis à la merci de salariées toutes puissantes : les rapports de pouvoir entre salariées et personnes aidées sont bien plus complexes, et traversés par les lignes de classe, de race et de sexe ; il ne s'agit pas seulement de relationnel, mais aussi de rapports sociaux.


Le cadre de travail, un domicile privé, induit des risques de glissement, du professionnel vers l'intime, du public vers le privé. Un flou tend à s'installer sur la nature des règles applicables au travail de ces salariées à domicile (en particulier sur les frontières du travail). Or les règles qui régissent l'espace privé domestique sont en grande partie organisées par le rapport social de sexe ; l'une de ces règles consiste dans la mise à disposition des femmes, la disponibilité permanente des femmes pour le travail domestique dans l'espace de la famille.


En outre quand le travail est défini en terme d'aide ("aider les personnes, répondre à leurs besoins"), les limites deviennent très difficiles à tracer : quelles tâches la salariée doit-elle accomplir, et quelles tâches refuser ? Des recadrages sont à faire en permanence, par les salariées elles-mêmes, dans le face à face, sur ce qui relève de leur travail et ce qui n'en relève pas. Quand elles sont employées via une association ou un centre d'action sociale par exemple, elles ont en principe en leur possession une liste d'activités faisant partie de leur mission, sur laquelle elles peuvent s'appuyer pour négocier, accepter ou refuser. Leur tâche est beaucoup plus compliquée quand elles sont employées directement par les personnes bénéficiaires des services.

Ces frontières, définies et redéfinies dans l'interaction, sont mouvantes. Elles effectuent parfois certaines tâches qui ne font pas partie de leurs attributions, et peuvent l'intégrer dans leur travail comme du travail ordinaire, parce que la personne qui le leur demande leur est plus ou moins sympathique, qu'elles ont créé plus ou moins de liens, ou parce qu'elles estiment que personne d'autre ne le fera... Une incertitude plane sur la définition même de ce qu'elles font : est-ce du travail, ou un geste de sympathie, le signe d'un lien, dans une relation interpersonnelle ?


Anne Dussuet note que toutes les entreprises ou associations employant des salariées pour l'aide à domicile n'effectuent pas le même travail d'organisation et de défrichage des tâches des salariées. Certaines délimitent ce qu'elle appelle un « espace public de travail » pour les salariées, ce qui a pour elles des effets très concrets : cela leur permet (ou pas) de dire non, c'est-à-dire de s'affirmer comme des professionnelles à part entière (et pas seulement comme des femmes qui apportent de l'aide, par empathie ou devoir). Le fait qu'elles puissent refuser ne signifie pas qu'elles refusent systématiquement, elles transigent avec la règle, négocient, aménagent le cadre de leur travail, mais l'important reste qu'elles aient un appui normatif qui leur permette d'être maîtresses de leur travail.

 

Dans la suite, la question de la sexualité à proprement parler.

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