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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 10:05

  Azadeh Kian évoque le cas particulier de l'Iran. C'est un pays très urbain (environ 70% de la population habite en ville), dans lequel presque toutes les femmes sont alphabétisées, une société modernisée et post-révolutionnaire encore largement revendicatrice. Avec l'Égypte, c'est le pays du Moyen Orient où le mouvement des femmes est le plus anciennement enraciné : dès 1905, une minorité de femmes urbaines, souvent constitutionnalistes, prennent part à la révolution ; cette participation active à la vie politique leur donne l'opportunité de s'organiser et de créer un mouvement pour les droits des femmes.


iran.pngL'article « condition des femmes en Iran » de Wikimonpote apporte plein d'informations intéressantes.

Sous le Chah, il était interdit de travailler et d'étudier à l'université avec le voile ; les femmes musulmanes étaient ainsi tenues à l'écart de la sphère publique, où les femmes séculières étaient au contraire très présentes. Le droit de vote et d'éligibilité est accordé aux femmes en 1963.

En 1979, les femmes revendiquent leur part d'héritage de la révolution. Dès les années 1990, des femmes éditent une revue, Zanan, et se désignent publiquement comme féministes.

Le code civil en Iran est calqué sur une version très traditionaliste du Coran, explique Azadeh Kian, et constitue, pour les droits des femmes, une régression par rapport à l'époque révolutionnaire. Dans leur travail de relecture et de réinterprétation du Coran, les féministes s'appuient par exemple sur l'exemple de la reine de Saba. Elles réclament entre autres l'égalité entre les hommes et les femmes dans les lois qui régissent l'héritage.

Jusqu'en 2005, des femmes siégeaient au Parlement ; elles ont tenté, comme députées, de faire passer des lois issues de relecture des textes et du droit musulmans ; elles passent sinon par l'intermédiaire des ayatollahs réformistes (qui évoluent fréquemment sous la pression de leur entourage féminin, en particulier familial).

Des formes de solidarité de sexe et de classe émergent entre les mouvements des femmes séculiers et islamiques.

 

Azadeh Kan rappelle que l'Iran échange relativement peu avec le reste du monde musulman, en raison de deux particularités fortes : ce pays est chiite et persanophone. En outre, note-t-elle, dans les conférences internationales par exemple, la parole des femmes iraniennes est souvent confisquée par des femmes musulmanes qui vivent en occident.

 

Les féministes iraniennes revendiquent leur statut de sujets agissants, et appellent un changement du rapport de pouvoir hommes / femmes, conclut la chercheuse ; mais les relectures des textes fondateurs ne sont pas suffisantes, estime-t-elle, pour modifier réellement la vie de ces femmes, si ces réinterprétations ne s'accompagnent pas de changements politiques.

 

Amélie Le Renard centre quant à elle son regard sur l'Arabie Saoudite.

Elle note que dans ce pays, absolument personne ne se revendique « féministe », car ce mot renvoie explicitement à l'occupation par les États-Unis.

L'appropriation du religieux par les femmes saoudiennes leur permet d'élargir leurs marges de manœuvre, sans remettre en cause les interprétations dominantes. Aujourd'hui les « droits de la femme » sont omniprésents dans la rhétorique publique de l'Arabie Saoudite.

 

La monarchie saoudienne est fondée sur une légitimité religieuse ; la ségrégation entre les hommes et les femmes est strictement appliquée depuis les années 1980 : il existe des universités réservées aux femmes, dans lesquelles elles peuvent étudier la science islamique et s'exprimer ensuite publiquement. Dans les années 1990 sont ainsi apparues des prédicatrices militantes, qui interviennent dans des espaces féminins où s'ouvrent des discussions, où s'échangent des conseils et des formes de soutien. Les positions de ces femmes ne s'opposent pas à celles des grands ulémas ; seulement, elles traitent de questions liées aux femmes que n'évoquent en général pas les prédicateurs hommes.

 

En 2003 le thème des « droits de la femme » connaît un grand succès dans le pays. Le gouvernement mène une politique de réformes, axée sur une certaine modération et sur la promotion de la place de la femme dans la société, accompagnée d'une politique de répression à l'égard des « déviants en religion », contre les « résidus de coutumes rétrogrades » dans les discours.

 

Les femmes saoudiennes qui s'engagent pour les droits des femmes et qu'évoque ici Amélie Le Renard tiennent à se distinguer clairement des partisanes de la « libération de la femme », souvent américanisées et proches des organisations internationales. Ces « libérales » revendiquent une plus grande autonomie, tandis que les prédicatrices plaident pour une réislamisation de la société, dans laquelle le rapport hommes / femmes serait davantage conforme à l'Islam, et donc plus juste. Elles se focalisent sur les questions de droit liées aux mariage, au divorce, à l'héritage.

 

Les femmes saoudiennes sont sous la tutelle de leur entourage familial masculin, avec lequel elles doivent négocier (et qui se place pour ainsi dire entre les femmes et l'État). Dans ces négociations, l'Islam est une ressource clé, qu'elles mobilisent contre les coutumes et traditions : l'Islam énonce un message clair, fixe et précis, tandis que l'on peut faire dire tout et n'importe quoi aux coutumes, perçues comme rétrogrades et injustes.

 

La chercheuse évoque pour finir le succès dans le pays d'ouvrages de développement personnel, qui deviennent de véritables best-sellers chez les femmes. Les conférences et les stages de développement personnel se multiplient eux aussi, qui visent essentiellement les jeunes générations (avec des titres comme « comment réussir sa vie ? »). Ce type de discours envisage les femmes avant tout comme des individus, en quête de réalisation de soi, et non comme des actrices pouvant participer à des logiques collectives. Il circule largement et fait obstacle à l'émergence d'autres formes de subjectivation (militante et collective en particulier).

Ainsi, les femmes saoudiennes, dans leur majorité, ne problématisent pas du tout leurs difficultés en termes d'injustice.

 

 

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