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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 20:07

(Je poursuis ici le petit résumé de la présentation de Christelle Avril.)

 

C.A. expose les mécanismes qui constituent les deux groupes (groupe des "Blanches" et groupe des "Noires"), parmi les aides à domicile auprès desquelles elle a travaillé :

1. une gestion raciale de la main d'oeuvre,

2. plus largement une différence de traitement et d'attitude de la part du personnel de l'association (divisé lui aussi : le « petit personnel » de l'association (secrétaires, comptables) d'un côté, la direction de l'autre), à l'égard des ressortissantes des deux groupes,

3. la question de la classe sociale est d'autre part centrale dans la construction de deux groupes distincts.

 

1. Une gestion raciale de la main d'oeuvre :

On présuppose un comportement homogène de certaines catégories de personnes (« les Noires », « les Arabes », etc.), et on gère leur travail et leur emploi en conséquence.

Ce comportement homogène est déduit de stéréotypes racistes. Les femmes du groupes « des Noires » sont « testées », en particulier lors de leur embauche et au début de leur carrière ; elles sont a priori considérées comme tire-au-flan, nonchalantes, moins productives.

(L'ensemble de leur trajectoire sur le marché du travail est marquée par ces stéréotypes racistes.)

 

[Leurs collègues du groupe des "Blanches" leur font le reproche inverse : elles sont accusées d'être trop productives, c'est-à-dire d'accepter n'importe quoi, de tout faire (de "tirer vers le bas" le métier). Elles sont par ce biais accusées de n'être jamais chez elles - puisqu'elles acceptent tout (le trop de travail et les horaires insensés). Cette dernière suspicion (n'être jamais chez elles) permet de les disqualifier au regard des normes  dominantes de la féminité  (elles ne savent pas tenir leur maison, sont de mauvaises épouses et mères). Les « Arabes » sont suspectées de vouloir rester le plus longtemps possible au travail parce qu'elles sont dominées par leurs maris, les « Noires » sont censées n'être jamais chez elles parce qu'elles « traînent dans la rue » et sont débridées.]

 

2. Le personnel de l'association contribue, par sa division et les attitudes différenciées qu'il adopte, à créer et durcir ces deux groupes.

La première fraction est constituée par les comptables et une partie des chèfes du personnel. Ces personnes se caractérisent par un capital culturel et scolaire réduit, leurs trajectoires sociales sont proches de celles des aides à domicile du groupe des « Blanches ». Dans ces deux groupes (comptables et chèfes du personnel, et aides à domicile "Blanches"), de nombreuses femmes sont mariées à de petits patrons ou de petits commerçants, elles logent fréquemment dans des quartiers pavillonnaires (à la différences des « Noires » qui vivent en majorité dans les grands ensembles). Elles jouissent d'un capital d'interconnaissance locale : elles habitent beaucoup plus souvent que les « Noires » sur place ou juste à côté de leur lieu de travail.

Les comptables et les chefs du personnel entretiennent avec les membres du groupe des « Blanches » des rapports volontaires, ce qui se traduit de façon très concrète : les comptables par exemple ne versent d'acomptes qu'aux « Blanches » ; les « Noires » ne franchissement jamais le seuil de ce bureau mais restent sur le seuil.

La seconde fraction regroupe juste la directrice et une chèfe du personnel ; il s'agit de salariées diplômées issues des classes moyennes, fortement engagées en faveur de la professionnalisation du secteur. Dans cette lutte, elles se heurtent à la résistance du premier sous-groupe, et trouvent un soutien chez les aides à domicile du groupe des "Noires". Parmi ces dernières en effet, certaines ont des diplômes étrangers, et ont validé en France de petits diplômes professionnels comme celui d'auxiliaire de vie. Cette logique de professionnalisation les valorise : « elles ont la légitimité haute au travail » énonce C.A., citant Olivier Schwartz.

Cette plus grande proximité avec la logique de l'institutionnalisation fonde l'alliance quasi improbable entre le groupes des "Noires" et la tête de l'association. Là aussi, ce lien réciproque a des implications très concrètes : la direction verse des primes aux femmes « Noires », les réembauche, les protège le cas échéant ; pendant les assemblées générales, lorsque la position de la directrice est contestée, les « Noires » sortent de leur réserve et prennent la parole.

 

3. La classe :

Il existe une lutte de concurrence entre ces deux groupes, qui correspondent en fait à deux catégories distinctes des classes populaires - les catégories ethniques sont mobilisées dans la concurrence de classes entre ces deux fractions.

 

(suite et fin dans le 3e post...)

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commentaires

genderfucker 01/05/2010 01:47


oups je viens de voir ta réponse...sorry, du coup j'ai reposé une question similaire, sur le dernier artcile :d


genderfucker 28/04/2010 22:55


Hummmm ça laisse perplexe tout ça...a-t-elle des chiffres à présenter pour illustrer son propos et nous éclairer davantage ??


Alix 28/04/2010 23:32



des chiffres de quoi ? c'est quoi qui te perplexise autant ? ;p


en fait tout ce qu'elle énonce et que je résume là se rapporte à son terrain d'enquête, très particulier et localisé (son association d'aides à domicile, avec ses 75 nanas employées) ; ça ne veut
pas dire qu'on ne peut pas en tirer des conclusions plus générales, sur le fonctionnement du social ! mais là, c'est de ça qu'elle parle..


?



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