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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 13:27

... et ça se passait jeudi 25 février à la Sorbonne, dans la conférence de l'école doctorale de science politique de Paris 1. J'avais fait une jolie croix sur mon agenda, et réussi à poser à l'arrache ma journée pour aller faire la groupie dans la minuscule salle très intimidante du couloir destroy de la sorbonne.


Sans les deux acolytes qui s'étaient joints à moi, je crois que j'aurais bêtassement rebroussé chemin (l'air de pas y toucher), tellement la salle était petite - et interdisait manifestement de se planquer au fond de l'amphi incognito (puisque d'amphi il n'y avait pas) (et que j'avais oublié mes lunettes de soleil) (bon, en même temps, ma tête, elle lui disait quoi ?)

(On y va ? vous êtes sûrs qu'on a le droit ? nan mais c'est ouvert à tout le monde ? et si on doit se présenter ? mais ya vraiment pas beaucoup de gens hein... )


Bref, n'écoutant que notre courage, et notre calepin au poing, on est entrés. La présentation a duré deux heures ; deux doctorants animaient/présentaient, et Frédérique Matonti a posé quelques questions à Elsa Dorlin en seconde partie.


Le bouquin : "Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination", ed. Puf, sorti en novembre 2009 ; rassemble les contributions de 15 auteur.e.s différents, est issu des sessions organisées par la section "Etudes féministes" du Congrès Marx International 2007 (Paris-X Nanterre).

Cette présentation m'a fichtrement donné l'envie de le lire, et j'ai filé illico vers une librairie en sortant ; l'introduction de Dorlin (oui oui je n'en suis pour l'instant qu'à l'introduction... mais c'est que je lis en même temps La petite poule rousse et Le grand monstre vert...) est très claire et d'une grande qualité (ça fait con ça, "d'une grande qualité", mais je ne trouve pas d'autres mots... une introduction qui expose très clairement des idées compliquées, que je vais relire avec beaucoup d'attention et ficher sur mes petits cahiers bleus, une introduction qui met du plomb dans la cervelle, une introduction qui vous fiche les bonnes bases, une introduction qui allume un hallogène dans votre tête - une introduction d'une grande qualité, quoi).

Elsa D. a d'abord insisté sur le fait qu'il fallait prendre le mot "épistémologie", dans le titre, au sérieux : ce livre propose un état des lieux des outils dont on dispose pour penser le rapport de genre, en lien avec les autres rapports ; il vise "à répertorier nos différentes conceptualisations des rapports de domination, à expliciter, problématiser et historiciser les outils théoriques que nous élaborons" (p.5).


E.D. (nan, pas les supermarchés, la dame, là...) expose rapidement les différentes manières dont, historiquement, la relation entre sexe, classe et race a été pensée ; elle explicite plus particulièrement la question / critique qu'adresse le Black feminism à la théorie féministe, puis liste les quatre grandes traditions théoriques qui permettent de répondre à cette question / critique (quatre familles d'outils exposés dans ce livre).


Le genre est avant tout un rapport, et un rapport qui n'est pas binaire, dichotomique, mais complexe, parce qu'il ne peut pas être détaché des autres rapports (de classe, de race). Travailler sur l'historicité permet d'éviter un certain usage du concept de genre - un usage qui produit des effets réifiants, essentialisants.


Dans l'histoire des études féministes, le genre a d'abord été pensé en lien avec la classe, par des féministes formées à la tradition marxiste. Il s'agissait alors d'utiliser la classe pour dénaturer le sexe. Au début des années 1980, Colette Guillaumin propose une appréhension analogique du sexe et de la race.


 Depuis le début des années 2000, le Black feminism a traversé l'Atlantique : "passage désormais obligé des problématiques féministes, de genre et de sexualité en France, le corpus du féminisme africain-américain, comme celui du féminisme chicana ou indien, constitue une ressource théorique et politique indispensable, au moment où la question de l'articulation entre sexisme et racisme caractérise, entre autres, ce qu'il convient d'appeler la troisième vague du féminisme français." ("Black feminism, anthologie du féminisme africain-américain", 1975-2000, pp.9-10)


Le sujet politique du féminisme, "nous, les femmes", a pêché par une forme de "solipsisme blanc" (Adrienne Rich). "Le féminisme Noir vise donc cette tendance du féminisme - et donc de ses théorisations - à se replier implicitement sur une compréhension de la domination qui prend la situation de certaines femmes pour la situation de toutes les femmes, pour la modalité universelle de leur assujettissement." (idem, p.28)


Nous avons quatre types d'outils à disposition pour répondre à cette critique :


1. ceux liés à un renouvellement du féminisme matérialiste ;

2. le concept d'intersectionnalité (et ce qu'il devient / permet de faire quand on le critique) ;

3. les outils élaborés par les "whiteness studies" ;

4. les approches du féminisme post-colonial.


(La suite dans le zépisode. D'après.)

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Published by Alix - dans Elsa Dorlin
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