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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 09:13

Avant-avant-hier à la librairie du Merle Moqueur :

Les questions sexuelles
Qu’est-ce qu’être parent aujourd’hui ?
Les enjeux autour du corps

Jeudi 18 février, 19 h,
librairie Le Merle moqueur


Avec
Éric Fassin,
Le sexe politique, coll. « Cas de figure »
Enric Porqueres i Gené,
Défis contemporains de la parenté (ed.), coll. « Cas de figure »
Dominique Memmi,
La tentation du corps (avec D. Guillo & O. Martin), coll. « Cas de figure »

et Christophe Prochasson, directeur des Éditions de l’EHESS.


M'y suis rendue avec ma musette - j'avoue, surtout pour écouter Eric Fassin, parce que c'est mon pote, parce qu'il est clair, pertinent, parce qu'il parle bien - parce que c'est mon pote.

Il n'y avait pas grand monde, nous, quatre pelés, un petit couple gentil de retraités, et trois tondus. (Rien à voir avec la salle envahie par une foule en délire lors du passage de Gayatri Chakravorty Spivak - dont il faudra que je vous touche un mot également...).

Pas lu les trois bouquins, à part le début du premier (qui trône sur l'étagère de la salle à manger).

C'est Enric Porqueres qui s'est jeté le premier dans la piscine, nous expliquant qu'il avait voulu explorer les nouveautés (PMA, adoptions internationales) à la lumière des enseignements de l'anthropologie de la parenté. Assez bizarre : je me rends compte après coup que ce bouquin est en fait un ouvrage collectif – des autres auteurs il n’a nullement été question hier, idem pour celui de Memmi – m’enfin, ils m’ont été sympathiques tout de même.

[Je note une expression de Porqueres parce que je la trouve glamour : « état d’opinion généralisé » - entre la maladie et le relevé météorologique, ça me plaît.]

Puis Dominique Memmi revient sur son enquête, dans les années 1980, sur le comité consultatif national d’éthique (pour les sciences de la vie et de la santé), et sur l’ironie que ce machin (et l’intérêt pour ce machin) suscitait chez les sociologues. [Genre : pourquoi s’intéresser à un truc pareil ?]

Elle retrace un historique de l’intérêt pour le corps en sciences humaines : vite fait : central au XIXe siècle, le corps est mis entre parenthèses pendant la période structuraliste, entre 1939 et 1960 (en très gros – historique schématique obèse). Un grand silence sur le corps, auquel mettent fin les années 1980 et « le grand lâchage » des années 1990 : le corps devient l’objet d’études anthropologiques, sociologiques et historiques (avec en particulier la parution de l’Histoire du corps en trois volumes). On ne revient pas pour autant à la situation pré-structuraliste : cet intérêt des sciences sociales pour le corps reste très contrôlé, entouré de mille précautions ; les résistances pour y voir un objet légitime d’études n’ont pas disparu.

Petite typologie pratique de D. Memmi : trois façons de s’intéresser au corps :

1.     le corps comme instrument de lecture du monde social (Foucault et Bourdieu par exemple) ;

2.     le corps « pris au sérieux », comme objet intéressant en soi, et fascinant (étude/histoire de l’hygiène, du tabagisme, etc.) ;

3.     le corps comme cause du social : courant inexistant en Europe, représenté aux USA par la sociobiologie (le gène de l’agressivité comme cause de la violence dans les banlieues, par exemple). Ce qui s’en rapproche le plus en France : les courants cognitivistes [et Eric Fassin de remarquer : « on a la chance d’avoir un président de la République qui soutient cette position ce qui lui donne une certaine visibilité. »]

Et c’est au tour du bonhomme de Fassin de causer. J’ai pris peu de notes (trop occupée à hocher la tête ;p). Juste eu le temps de constater que décidément, c’était avec lui que je me sentais le plus en phase. Fassin évoque à grands traits le gender, le genre, les USA, le public et le privé, le personnal is politic – sa « démocratie sexuelle » copyright .

Des questions, des échanges.

*           *           *           *           *

Et l’effet que ça m’a fait :

Mon cortex mou a trouvé ces trois individus (quatre, avec Christophe Prochasson qui animait – assez bien – la discussion) plutôt sympatoches. L’autre, celui qui moud les concepts en petites lamelles, était moins satisfait. En réalité, Dom et Enric m’ont laissé une impression de confusion.

Ou plus exactement : Enric Porqueres, à l’évidence, ne parlait du même endroit (théorique) qu’Eric Fassin (ou que moi :p), ils ne partageaient pas les mêmes idées, n’étaient pas d’accord, n’étaient pas sur la même ligne tous les deux. Pour Dominique Memmi c’était plus subtil, moins évident – elle me donnait plus l’impression de ne pas savoir elle-même où elle voulait en venir.

Eric Fassin incarnait la position du « constructivisme radical » (« tout est social, tout est construit »), avec des idées très claires sur la déconstruction du sexe, par exemple ; il semblait bien assis sur cette position, à l’aise, carré, au clair. Dominique Memmi soutenait cette position en tortillant du cul, comme assise sur un nid de fourmis ; ah mais quand même oui mais il faut dire et alors on sait pas mais et… essaim confus de bouts d’idées dont je ne comprenais pas bien où elle les rangeait, ce qu’elle comptait en faire, comment elle pensait en jouer. (Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle-même ne savait pas ; mais sincèrement je ne comprenais pas : ce qu’elle essayait de démontrer, ce qu’elle prétendait défendre avec tel ou tel exemple.)

A la fin de la discussion Fassin a dit en rigolant (comme il sait faire – il joue en permanence de la blague et du bon mot, pour mettre les autres à l’aise ou se mettre lui-même à l’aise, ou les deux) « je suis assez content de me retrouver dans le rôle de l’intégriste sociologique » (à quoi Prochasson a répondu qu’il devrait se laisser pousser la barbe – j’ai trouvé ça moins marrant).

Il a été question de « nature ». La façon dont Porqueres et Memmi passaient de la nature au corps dans leurs discours (discours, je le répète, que je trouvais confus) m’a mise mal à l’aise ; comme si, quand on parlait du corps, on parlait de la nature.

Fassin a évoqué la distinction sexe / genre, et le risque, en faisant du genre le pôle social et construit, de constituer le sexe, par opposition, comme ce qui est ou reste naturel ; par analogie, le concept de filiation, dont on explique qu’elle est sociale, fait courir le risque de laisser la reproduction dans l’ombre, du côté du naturel, explique-t-il. Quand on parle de reproduction on ne parle pas de nature toute nue, quand on parle de coït, quand on parle de parenté biologique, quand on parle de corps, on ne parle pas de nature !!

Tout ça était globiboulguesque dans la bouche de Dom et Enric.

Globiboulguesque également la façon dont ils faisaient jouer les faits dans leur raisonnement. Que signifie/ prouve le fait que les enfants nés sous x cherchent à connaître leurs parents biologiques ? Que signifie/montre la pression à l’allaitement maternel ? Que signifient les interrogations et doutes de femmes quant à « ce qui les fait femmes » ? Confiture de fraises, chocolat râpé, bananes écrasées, moutarde forte et saucisse de Toulouse crue mais tiède.

Fassin a donné une définition de la nature que j’ai trouvée intéressante : « ce qui échapperait à l’histoire et à la politique : c’est ça qu’on entend aujourd’hui quand on parle de nature, ça, et pas forcément la biologie. »

C’est peut-être ça, entre autre, qui a manqué hier soir : que tout le monde se mette d’accord sur ce qu’ils entendaient par « nature ». Parfois, j’ai l’impression que les personnes qui dialoguent ne parlent pas sur les mêmes bases (ce qui fausse totalement le dialogue), mais que toutes les personnes qui participent au dialogue ne s’en rendent pas également compte. Ca fait un peu peur quand il s’agit de chercheur/euses.

« Tout est social » : Eric Fassin explique que pour lui cette proposition n’a pas le statut de proposition métaphysique (« la nature n’existe pas », ce qui n’aurait aucun sens), ni même d’hypothèse. (Pour la majorité des sociologues il s’agit d’une hypothèse, non ? un principe méthodologique ? une prémisse épistémologique ?) Non, pour Fassin, c’est un axiome. Il n’a pas à être démontré, il ne peut être réfuté. (Faut que je médite là-dessus.)

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