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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 07:40

Deux gros amas de questions me sont donc posées dans cet article de Pascale Molinier :

  • le premier tas a trait à la littérature. Que peut-on faire des textes littéraires, jusqu'où peut-on les faire parler, pas seulement d'eux-même, mais de la vie et des gens ? Et qu'en fait Molinier ici ? Je me suis déjà frottée à ce genre de questions, il y a quelques années - des semaines la tête dans Belle du Seigneur d'Albert Cohen, à me demander qui parle, qui fait violence à qui, où me placer et où situer l'auteur, quelle épaisseur abandonner aux personnages...

    La question est différente quand il s'agit d'auto-fiction, ou toutes les fois que l'auteur.e, de par sa position dans le monde et les rapports sociaux, peut puiser dans sa propre expérience pour habiller ses personnages – on ne peut l'accuser d'invraisemblance, de mensonge ; « ça existe », puisque lui / elle l'a vécu, de l'intérieur, de cette façon – la littérature est (aussi) témoignage.

    Ici, le vécu du narrateur, si proche de Dany Laferrière, porte le seau du réalisme (on ne peut marmonner - « nan mais c'est pas possible de réagir comme ça, personne n'aurait ressenti ça, c'est pas crédible, etc. ») En revanche la seule présence dans son roman de jeunes femmes animées du fantasme de soumission ne suffit pas à accréditer la réalité de ce fantasme – Laferrière n'est pas une jeune femme blanche qui couche avec des hommes noirs pour donner libre cours à son fantasme de soumission sexuelle. Ses personnages féminins ne sont la preuve de rien. ( ? nan ? )

  • Le second tas de questions me laisse tout à fait interdite, et je ne sais pas par où y entrer.

    Le fantasme de soumission sexuelle existe-t-il ? Je crois bien être obligée de répondre oui – puisque les pratiques sado-masochistes existent bel et bien. Certaines personnes trouvent leur plaisir (entre autres ) dans des situations où ils / elles sont dominé.e.s. Il me semble néanmoins qu'une question très importante reste en suspens : ces personnes trouvent-elles leur plaisir en jouant le jeu de la domination, dans une mise en scène d'elles-même comme dominé.e.s, ou jouissent-elles en étant véritablement dominé.e.s ? Cela change beaucoup de choses.

    S'il existe, ce « fantasme de soumission sexuelle » est-il majoritairement le fait de femmes ? Alors là je suis beaucoup plus indécise. Je n'en sais rien, et si l'on me dit oui, j'aimerais qu'on m'apporte quelques éléments de preuves.

    Et encore - pourquoi ? Comment ça fonctionne ?

    Et puis : le fantasme du viol est-il réel ? Comment l'expliquer ? Et que dire du « fantasme domestique »?

Sur le fantasme du viol, j'aurais tendance à répondre oui – il existe. J'aimerais avoir plus d'infos là-dessus (pas de bibliographie dans l'article de Molinier – c'est dommage) : y a-t-il eu des enquêtes, des recherches, des articles, quelque chose... Ce qui me fait pencher pour la reconnaissance de l'existence d'un tel fantasme chez certaines femmes (ce ne serait donc pas uniquement une manipulation idéologique de la part des hommes, de l'ordre de « elles aiment ça », « c'est ce qu'elles cherchent », « elles prennent leur pied comme ça », et « quand elles disent non il faut entendre oui »), c'est un passage du livre de Virginie Despentes, King Kong théorie.


[J'avais commencé à écrire ce paragraphe, puis je suis allée chercher King Kong, pour retrouver le passage exact ; je le lis, et je me vois obligée de rectifier - « j'aurais tendance à répondre oui ».... non, je dois répondre oui : je ne pense pas pour ma part avoir jamais été habitée par ce fantasme, ou alors à un niveau trop profond pour en être consciente ; mais oui certaines femmes vivent effectivement avec (y compris certaines femmes qui ont été violées pour de vrai) : lire les pages 55 et suivantes.]

 

[J'ajoute : je cherche vite fait sur Internet - et j'ouvre des yeux papillonnants sur un pan de la réalité du monde vrai qui m'avait jusqu'alors totalement échappé - alors on dirait que c'est super connu, ça, le fantasme de viol chez certaines femmes... ??? mince alors, si on m'avait dit . Désolée pour la référence du site un peu naze, mais c'est ce qu'au final j'ai trouvé de mieux fait : (la photo est dramatique) ].

 

Les pages de Despentes sont bougrement intéressantes ; avec l'article de Molinier, elles permettent d'avancer quelques pistes pour expliquer cette boule de fantasmes dérangeants.

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Published by Alix - dans Sexualités
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commentaires

dom57 21/04/2010 18:54


Bonjour.

Si je me souviens bien de mes cours d'épistémologie, en sciences humaines, l'objet de recherche ne peut être dissocié du sujet...

J'aime bien vos interrogations et vos indécisions... très brillamment exposées, d'ailleurs.


Alix 22/04/2010 00:42



Bienvenue par ici Dom, et merci beaucoup... (je vais continuer à être indécise un bout de temps encore je crois... ;p)



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