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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 11:20

  A la fin d'un précédent article sur un extrait de Nicole-Claude Mathieu, je posais cette question existentielle, profonde et subtile : le désir d'enfant chez une femme sert-il nécessairement la domination masculine ?

Je pensais n'avoir pas les armes et n'être pas d'humeur pour affronter ne serait-ce qu'un cheveu de cette question – me vient pourtant aujourd'hui l'envie d'écrire ceci.

 

Il me semble indéniable que la production d'enfants, dans la France contemporaine (par exemple), dessert objectivement les femmes et sert objectivement les hommes (ou la domination masculine, comme on voudra le dire). Les effets du fait d'avoir un enfant pour une femme, dans les deux domaines que sont la charge de travail domestique et la carrière professionnelle (y compris exprimée en termes de revenus), sont indéniables. Avoir un enfant signifie pour une femme multiplier le temps consacré aux tâches domestiques, accroître la charge mentale correspondante, et creuser le déséquilibre entre charges féminines et charges masculines au sein du couple. Cela signifie également diminuer ses chances de faire carrière, c'est-à-dire à la fois ses chances d'accéder à certains postes, mais aussi, clairement, ses chances de gagner plus – ou dit autrement : en ayant un (des) enfant.s, elle a toutes les chances d'être plus pauvre (et ce toute sa vie, comme la référence de Plume à la réforme des retraites l'a bien rappelé). D'un point de vue macrosociologique, d'un point de vue global, la production d'enfants est bien l'un des vecteurs qui maintient les femmes en situation subordonnée.

Ce constat une fois posé, deux questions se posent à moi.

 

Un - Que se passe-t-il quand on passe du plan macro au plan micro ? Que devient cette question quand on la pose au niveau non plus d'une société, mais d'une individue ? Quelle gueule a la balance, quand on y pèse les « avantages » et les « inconvénients », pour une femme, d'avoir un / des enfants ?

Il faudra entasser, sur le plateau des bénéfices, l'ensemble des gratifications émotionnelles et affectives : les petits sourires, les cris d'amour, la dépendance du bébé-être, le fait de trouver que c'est une jolie chose bien finie et qu'on a bien travaillé (le plaisir du travail bien fait... ;p), puis tous les agréments qu'on peut trouver dans la ressource comique d'un.e gamin.e, qui met de la vie comme la Badoit... etc.

Mais aussi (peut-être surtout) les gratifications que l'enfant apporte de façon indirecte, c'est-à-dire non pas par ce qu'il est et ce qu'il fait, mais par le fait qu'il existe – que la femme s'est transformée en femme-qui-a-des-enfants.

La question que je me pose (ou plutôt qui se pose à moi...) est alors la suivante : est-il possible (et dans quelles conditions) que la plus grande liberté (au sens large) que procure le fait d'être sans-enfant pour une femme ne soit pas entamée par la blessure qu'inflige au quotidien le fait d'exister socialement en tant que femme-sans-enfant ?

Cette « blessure » qui constitue le revers des gratifications indirectes. Le mot est mal choisi, plutôt qu'une jolie plaie aux bords lisses et roses, ça ressemblerait plus à un mal de ventre, du genre intestinal, un peu honteux, et vaguement sale.

 

Deux - Est-il possible de mettre au monde un enfant dans un couple et de l'élever d'une manière qui soit féministe (pour l'enfant, mais aussi et surtout pour le couple, et pour celle qui l'a fait naître) ? (une sorte d'expérience féministe concrète...)

 

Un soir il y a quelques semaines, alors que je traînais ma savate dans les couloirs du métro, ramenant ma carcasse à domicile après une journée de labeur, et comme mon cerveau tournait en roue libre, comme souvent dans le métro – j'ai réalisé quelque chose qui m'a saisie.

Il m'est apparu très clairement qu'être en couple lesbien aurait pu m'épargner ce poids, le poids de la question de l'enfant. [J'avais déjà éprouvé l'envie d'être déjà-vieille.] A cet instant, j'aurais voulu, de toutes mes forces, être en couple avec une fille pour lui déléguer cette tâche asphyxiante de fabriquer, porter et faire naître un bébé-humain. Mon cerveau ne s'est pas arrêté là, il m'a visualisée non seulement lesbienne, mais butch, afin d'effacer toute ambiguïté, quant à qui devrait se coltiner à ce boulot – aux yeux du monde. Que les signes montrent clairement à qui adresser la demande – et que ce ne soit pas moi. Je me suis sentie tellement libre, à la pensée toute imaginaire de ce moi virtuel, à qui plus personne ne pourrait adresser ce genre de requête silencieuse. Puis mon cerveau a sauté un peu plus loin sur cette idée, sur cette image : moi en homme. Un homme de 32 ans, qui pourrait être célibataire, pourquoi pas, sans que cela n'engage ce regard, ce poids, cette sourde violence. Célibataire sans enfant, sa vie qui peut tenir toute seule, être vivant, qui n'a pas forcément besoin de but.

 

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Published by Alix - dans Féminisme
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commentaires

alix 24/01/2011 18:51



http://www.entrailles.fr/index.php?post/la_bonne_francaise !



Noah 09/11/2010 00:37



Ouais...t'as raison Alix, mais bon en même tps j'ai envie qu'on m'appelle papa...bref! dans mes contradictions habituelles.. No child for me, it will be so painful...;) 



alix 04/11/2010 22:47



Manif pour la liberté d'avorter ce samedi 6 novembre :


 http://mobilisationavortementnov2010.over-blog.com/


 


"Contre le « croissez et multipliez » des autorités Vaticanes.

Nous défendons notre choix de ne pas enfanter ! Pas d'enfants pour une société raciste, sexiste et fasciste

Contre les lobbys et les fanatiques catholiques qui ne cessent d’évangéliser le monde. Nous dénonçons leurs pratiques iniques. De nombreux pays vivent sous le joug du Vatican.

Au Brésil où la question de l’avortement s’invite dans l’élection présidentielle. Après avoir perdu des millions de voix au premier tour des présidentielles en se prononçant  en faveur de
l’avortement Dilma Rousseff la dauphine de Lula, candidate du parti des travailleurs, ne manque plus une occasion de dire et redire qu’elle est opposée à la décriminalisation de l’avortement,
dans l’espoir de conquérir les 20 millions de voix qui se sont portés sur Marina Silva au premier tour. Cette dernière est membre de l'Assemblée de Dieu, la plus grande église
évangéliste du Brésil. Elle est une farouche opposante à l’avortement.

En Pologne, l’extrême droite ultra catholique majoritaire au gouvernement, instaure une loi très restrictive et promeut la protection de la vie dès la conception. La situation est dramatique pour
de nombreuses femmes polonaises qui se voient systématiquement refuser un avortement thérapeutique alors même que la loi le prévoit.

En 1992, le parlement Irlandais vote une importante modification de la loi sur l’IVG. Elle autorise les Irlandaises à se rendre à l’étranger pour avorter tout en interdisant  l’IVG sur son
territoire. Une hypocrisie flagrante dénoncée par les féministes Irlandaises.  

En 2003,  l’Union africaine exhorte les gouvernements à autoriser « l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la
santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus ». Lors de sa dernière tournée en Afrique Benoit XVI s’est opposé à l’avortement thérapeutique et à l’usage du
préservatif   

Aux Etats-Unis, Barack Obama a signé un décret anti-avortement pour lui assurer le vote des anti-choix de son propre parti et faire passer sa réforme de santé. Le décret  vise à diminuer
considérablement l’aide de l’Etat et priverait en particulier d’IVG les femmes à faibles revenus. Les pro-vie continuent à dénoncer un décret qui ne va pas assez loin notamment dans
l'interdiction d'utiliser l'argent fédéral pour l'IVG.

Au Canada le gouvernement de Stephen Harper a soulevé une controverse récemment en refusant de financer les programmes du G8 sur la santé maternelle s'ils incluent l'avortement. Aujourd’hui le
gouvernement campe sur sa position, refusant de financer les campagnes pour la contraception et l’avortement. Le cardinal Ouellet fraichement promu par le Vatican a félicité Ottawa pour cette
initiative lors de son passage remarqué au congrès de Campagne Québec-Vie. Le religieux a estimé que le recours à l'avortement est injustifié même pour les femmes qui ont subi le viol. Les propos
du prélat et la politique du gouvernement Canadien ont profondément choqué les féministes qui ont manifesté le 13 septembre 2010 lors du sommet du G8.  

Au Nicaragua, le Haut commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme a exigé que le gouvernement étudie la possibilité de créer des exceptions à l'interdiction de l'avortement, en cas
de viol, d'inceste ou de grossesses qui menacent la vie de la mère. Ces grossesses étant souvent liées à des crimes résultant de la violence des hommes contre les femmes  

En France, les Pro-vie  attaquent le droit à l’avortement. Le gouvernement bloque l’accès à l’IVG en fermant de nombreuses cliniques pénalisant  les  plus précaires de nos
sœurs."



Noah 02/11/2010 03:25



Etrangère tu fais bien d'insister lol 


Comment est-il possible pr une femme de ne pas avoir d'enfant sans la blessure, sans la violence quelles que soient ces formes, que lui renvoie la société ? Je ne saurai pas du tout y répondre,
plus plein de raisons, et en premier lieu le genre que j'ai me donne l'impression qu'en effet, je suis déchargé de cette question. Je peux y réfléchir, mais au fond " ce n'est pas mon problème".
C'est comme ça que je le vis.


L'autre question que tu poses fait partie de mes obsessions et c'est ce que je commençais à formuler dans mon commentaire plus haut : comment élever un enfant de façon féministe, alors qu'on sait
qu'en dehors de son cocon parental, il/elle aura une société qui lui dictera une conduite de genre à laquelle il sera difficile d'échapper. Ce soir je me demandais si je supporterais qu'on
m'appelle "papa" alors que pour des raisons personnelles et militantes, ce mot peut bien me révulser. Le patriarcat, l'autorité beurk ! On pourrait me répondre qu'il ne tient qu'à moi de ne pas
être un père selon ces registres, sauf que pour moi, si on utilise les mots pères et mères ça renvoient à hommes et femmes , et encore à cette foutue binairité. 


 


Du coup moi c'est ça mon gros problème : qui serais-je face à l'enfant ? Pourquoi si je veux l'anéantissement des catégories de sexe, puisqu'elles consacrent une hiérarchie en la défaveur des
femmes, serais-je un "père" et pas une "mère" ? Mais l'inverse aussi ! Alors je peux être un parent, mais comment l'enfant m'appellera-t-il/elle ? Dans un monde où les mots papa maman sont
chargés d'affects, comment se placera-t-il/elle dans un environnement plus large qu'à la maison où il/elle aura des parents qui ne seront ni papa ni maman ? 


 


Ensuite comment serais-je face à lui/elle ? Moi perso, ça me saoule de penser dire "mon fils", "ma fille". Encore la binarité du genre, avec tous les préjugés que cela renvoie...Mais une fois de
plus, comment faire sans ? 


Bref, je sais que je n'aurais pas d'enfants, pour toutes ces raisons. Et c'est là que la question du désir me vient. Ce n'est pas le non-désir d'enfants que
j'ai, mais l'aversion de m'imaginer en train de jouer le social genré et sexiste dans la vie de ce petit être. C'est du théâtre, et puis-je prendre plaisir à jouer une pièce qu'il faudra répéter
à vie ? J'ai déjà eu assez de mal avec moi pour déconstruire plein de choses, pour trouver que mon équilibre étant dans une position toujours mouvante par rapport au genre, alors j'ai pas envie
de m'engager sur ce terrain avec un autre petit humain...Je ne cache pas ceci dit une certaine frustration...



Alix 05/11/2010 08:51



 


Salut Noah,


encore une fois, merci vraiment de me / nous faire partager tes réflexions et tes ressentis.


Déjà, je trouve ça super intéressant que tu dises au début «  le genre que j'ai me donne l'impression
qu'en effet, je suis déchargé de cette question ».


Ensuite, voilà les idées qui me viennent, comme ça...


Pour papa&maman, tu peux aussi te faire appeler par ton prénom... (ça peut paraître bizarre, mais ça se
fait ; mon frère par exemple n'a jamais appelé son père autrement que par son prénom, y compris quand il était tout tout petit).


Puis tu peux aussi imaginer être une personne très importante pour un ou une enfant, sans être ni sa mère ni
son père officiel.le. Compter vraiment, en étant Noah (et pas « papa », « maman », « sa mère », « son père »). Je pense que c'est possible, et je trouve ça
bien.


Je reviens à ce que j'écrivais en réponse au commentaire précédent de l'étrangère-qui-insiste. J'aime l'idée
qu'un.e enfant est élevé.e par... une collectivité, un ensemble d'adultes, qui ont par rapport à lui / elle des rôles différents, et qui peuvent être réellement importants.


Dans ma réponse au comm', je citais l'exemple des oncles/tantes parrains/marraines, parce que c'est sans
doute ce qui existe le plus, dans notre culture, comme rôles d'adultes en dehors du couple parental ; mais ya pas que ça. (Puis on peut tout inventer. Enfin essayer ;p.)


Par exemple, si tu te mets en couple avec quelqu'un.e qui a déjà des enfants, tu peux en venir à occuper une
place importante pour ces gamin.e.s (sans pour autant devenir un beau-père ou une belle-mère, en restant « juste » Noah...).


Non ?


Bises et merci



une étrangère qui insiste... 29/10/2010 22:14



Je ne sais pas pour quelle raison mon commentaire a été effacé par des forces mystérieuses… et je n’ai pas gardé une copie du texte… Je vais essayer de redire les choses…


J’ai voulu exprimer un regret que j’ai ressenti en lisant les derniers commentaires. J’ai ressenti que c’était dommage de partir sur cette discussion au lieu d’aborder les points cruciaux qui
sont présentés dans le présent post. Et une remarque avant de continuer (je ne peux pas m’empêcher…) – la frontière inné/ acquis est en soit une construction sociale et le débat autour est bloqué
d’avance car au moment où le bébé arrive direct dans un monde social (dès les premiers instants de sa vie) il est impossible de l’imaginer « hors social ». Mais bon, ce n’est pas
là-dessus que j’ai voulu écrire…


C’était surtout pour exprimer mon désir (volonté ?....) de reprendre la discussion qui soulève le post lui-même ; dès la première question que tu y présentes : « le désir
d'enfant chez une femme sert-il nécessairement la domination masculine ? » qui est politiquement (face à l’autrui) et personnellement (en dialogue avec soi-même) très chargée de
conséquences.


Mais aussi les trois autres questions que tu poses : la première est à propos de la blessure des femmes qui n’ont pas d’enfant. J’aurais aimé qu’on discute des moyens de vivre avec/ de
résister/ de lutter contre cette blessure. Je pense que des réponses là-dessus sont essentielles.


Parallèlement, je me sens très préoccupée par les deux autres difficultés qu’impose le contexte actuel sur lesquelles tu mets le doigt : comment (est-il possible) de vivre d’une manière
féministe la parentalité et comment dans un tel monde sexiste pouvoir éduquer un-e enfant dans un esprit féministe sans le/ la transformer en une arme de lutte. Voilà pour moi, il paraît urgent
de prolonger la discussion sur ces thématiques et surtout de proposer des solutions. Merci en tout cas d’avoir soulevé tout cela !



Alix 04/11/2010 19:22



Merci à toi plutôt, étrangère, pour ton commentaire, et pour la belle eau claire que tu apportes à la discussion !


Ta phrase est très très juste, à propos de la recherche des moyens de résistance et de lutte contre la fameuse "blessure" des femmes qui existent socialement sans enfant. Oui oui il faut
chercher, il faut trouver, il faut réfléchir !


En pensant à cela, je me suis dit que la frontière avec / sans enfant était aussi l'une des frontières qui divise profondément les femmes, qui peut engendrer des rivalités, des rancoeurs, creuser
des failles voire des sillons, des fossés dans la solidarité entre les femmes (je sais, "les femmes" ne sont pas un bloc, je sais bien... j'ai ce fâcheux penchant de vouloir toujours, encore,
malgré tout, essayer de croire en une imaginaire, brouillonne, imparfaite sororité... et je sais que la blessure du "sans enfant", quand elle est vécue durement (car ce n'est pas le cas de
toutes les femmes sans enfant), sépare des autres femmes.)


L'un des débuts de réponse, peut-être ( ? ), on peut le chercher dans le refus de la "propriété" de ses propres enfants : concevoir que "ses" enfants soient élevé.e.s dans le monde par plusieurs
adultes important.e.s pour lui, et par seulement dans ce face-à-face maman/bébé ni dans le petit cocon de la famille nucléaire ; que les tantes oncles marraines parrains blablabla toutes les
potes et tous les potes et comme on voudra bien les appeler, soient importants pour lui, puissent être importants, avoir une place, une vraie place.


J'aime cette idée. Je voudrais aussi répondre avec un bout de cette idée à Noah... :)



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Où êtes-vous ?

Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si !)
Ces petits topos seront situés : c'est moi qui parle, j'écrirai donc ce que j'ai compris / pas compris, ce que j'ai aimé, ce qui m'a intéressé, ce avec quoi je suis en désaccord, etc. Les réactions sont très bienvenues. Vous y trouverez aussi épisodiquement des récits - de choses vues, entendues, autour de moi.
Thèmes abordés chez la méduse : féminisme, théorie féministe, genre - militantisme, sciences sociales, racisme aussi (... etc.?)
Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

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