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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 10:52

De la journée d'étude sur « le fait minoritaire » à laquelle j'ai assisté fin mars, je n'ai finalement rapporté ici que la présentation de Christelle Avril (première partie, deuxième partie, troisième partie).

J'opère un petit retour dans mon passé pour vous résumer l'intervention de Geneviève Pruvost : « une minorité programmée pour le rester : les femmes dans la police ».

 

G. Pruvost a réalisé sa thèse sur ce sujet ; son terrain a consisté pour une partie en observation ethnographique, pour l'autre partie en entretiens qui ont pris la forme de récits de vie (des récits qui résonnaient souvent comme de véritables argumentaires voire des plaidoyers, souligne-t-elle).

Dans la police, en France, l'égalité entre les hommes et les femmes est un droit qu'il a fallu conquérir, au terme d'une bataille juridique (contrairement à d'autres espaces où l'égalité officielle est déjà là, et où l'on doit gagner l'égalité dans les faits).

Une autre spécificité de ce terrain est lié au fait que le statut de minorité y est revendiqué. Une minorité qui est d'abord simplement numérique, mais qui peut aussi se comprendre comme une condition d'exception (de minoritaire on glisse à exceptionnel, puis héroïque).

Dans le même temps, cependant, cette situation de minorité est déniée par les acteurs et actrices.


genevieve-pruvost.jpgGeneviève Pruvost évoque tout d'abord la situation de minorité numérique.

En 1968 le concours d'inspecteur de police est ouvert pour la première fois aux femmes, puis, dans les années 1970, celui de commissaire et de gardien de la paix. Ces ouvertures s'accompagnent de la mise en place de quotas : 1% de femmes en plus peuvent être intégrées tous les deux ans. Cette augmentation très progressive s'appuie sur un discours construit : il s'agit d'éviter que les policiers ne se sentent « envahis », et de les pousser à « changer progressivement leurs mœurs ». Aujourd'hui la proportion de femmes dans la police est de 18% environ, ce qui semble acceptable pour la majorité du corps policier car il n'y a plus de contestation syndicale sur ce sujet.

En 1992, ces quotas sont abolis car reconnus anticonstitutionnels par la Cour européenne. Des quotas (à peine) officieux sont alors mis en place, qui concernent la taille et la masse corporelle, ainsi que les barèmes des épreuves sportives aux concours (ces barèmes sont nationaux pour les femmes, régionaux pour les hommes). (GP souligne la grande inventivité ministérielle en la matière.)


Les femmes doivent être des acteurs stratèges pour parvenir à entrer dans la police, et mobiliser à la fois la ruse, et l'endurance, la pugnacité (avec en particulier un gros travail de préparation au concours).

Elles sont dans l'ensemble contre les quotas officieux avant leur entrée dans la police, mais se prononcent en leur faveur une fois qu'elles sont « dedans » (car, d'une part, elles ont tendance à adopter l'idéologie de l'institution dont elles font désormais partie, d'autre part ces quotas les mettent dans une position d'élite).


Cette entrée des femmes dans la police ne doit pas perturber l'ordre des sexes : elles doivent donc rester minoritaires. La règle de la dissémination, associée aux quotas officieux, permet de maintenir cette situation de minorité : les femmes sont distribuées dans tous les espaces policiers de façon minoritaire, et ne sont jamais regroupées (contrairement à ce qui se passe dans l'armée par exemple). Elles sont dans tous les secteurs, dans toutes les brigades (le seul bastion où elles peuvent très difficilement accéder est celui des CRS, où elles ne peuvent occuper que les postes de commandement).


Du fait de cette règle de dissémination, elles sont isolées, mais ne s'en plaignent pas ; elles ne veulent surtout pas s'affilier au clan des « bonnes femmes » : les secrétaires, administratives et autres femmes des bureaux, et veillent ainsi à affirmer leur préférence à travailler avec des hommes. Le phénomène de l'entre-femmes est même décrit comme une faute professionnelle. Ce rejet d'une solidarité féminine trop ostensible joue y compris en cas de discrimination sexiste.


Dans leurs discours, les femmes policières que G. Pruvost a interviewées mélangent dans une même continuité des éléments différentialistes (« les femmes sont faites pour... ») et individualistes, universalistes (« ce n'est pas une question de sexe mais de compétence ») ; elles passent insensiblement d'un cadre d'interprétation à un autre.

 

Suite et fin dans le post n°2 :)

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commentaires

anna lo 30/06/2010 15:28


Il faut absolument que je lise ce bouquin, en tout cas j’ai trouvé très intéressant le fait que les protagonistes interprètent positivement l’idée des quotas (qui limitent leur nombre) et que dans
les faits ce directif les mettent dans une position d'élite. Je pense que ceci est à croiser avec leur volonté de se démarquer des autres femmes qui occupent d’autres positions (ce que tu évoques
par la suite).


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