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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 10:57

Le discours que les femmes policières tiennent sur leur situation n'est pas du tout misérabiliste, G.Pruvost le qualifie même d'enchanté. Elle note cependant qu'elle n'a rencontré que des femmes en service, et aucune retraitée : les langues se délient plus facilement quand on n'est plus dans l'institution et sous le regard des autres ; on peut ainsi penser que le caractère enchanté des paroles recueillies est renforcé par les conditions de l'enquête.

 

Cinq éléments reviennent fréquemment pour construire le portrait d'une policière heureuse :

1. La rareté assure de la valeur : être l'unique femme d'un service, l'exception, c'est en être en quelque sorte la mascotte.

2. Du fait de la règle de la dissémination (les femmes sont réparties dans tous les grades), l'accès aux postes de commandement est facilité, leurs situations ne sont pas bloquées (le taux de réussite aux concours internes est relativement élevé pour elles).

3. Elles se vivent toujours comme des pionnières, sont toujours dans une position de conquête.

4. Elles font figures de stars, de bêtes curieuses pour les médias, il n'est pas rare qu'elles aient des interviews dans les journaux locaux.

5. Enfin, elles bénéficient le plus souvent d'un fort soutien familial (environ 60% d'entre elles sont filles ou (et) femmes de policiers).

 

Dans leurs récits, les femmes policières que Geneviève Pruvost a rencontrées mettent en avant leur caractère pour « se forger un destin » : « je suis faite pour... » Elle racontent en outre la misogynie et le sexisme auxquels elles ont dû faire face sur un mode héroïque, les mettant en scène comme un élément de professionnalisation, une « mise à l'épreuve », qui leur permet de s'affirmer. La misogynie qu'elles ont réussi à retourner devient ainsi un topos des récits. Elles ne se présentent jamais en victimes.

 

L'institution policière fonctionne de façon très corporatiste et intégratrice, la frontière entre le dedans et le dehors est très marquée (Geneviève Pruvost note ce qu'elle appelle une « grande capacité d'absorption à la culture professionnelle »). Un autre topos des discours recueillis consiste à affirmer que « femmes et hommes c'est pareil » : « on est tous flics ».

Une fracture très importante, au-delà du sexe, est celle qui sépare les jeunes des anciens.

 

Le tabou du commandement est moins fort que celui de la violence physique féminine : l'accès aux postes de commandement n'est finalement pas un problème pour les femmes (elles sont partout dans la police), mais elles sont réputées « fragiles », et sur le terrain doivent être « entourées ».

 

Chez les hommes comme chez les femmes policières, on constate une forte corrélation entre la classe sociale d'origine et le grade. L'âge des agents importe beaucoup dans la façon dont ils sont considérés : plus on a d'expérience, plus on acquiert de respectabilité. Une autre ligne de partage assez forte est liée aux valeurs politiques revendiquées : ceux qui en appellent à une « police de gauche » sont minoritaires. Les femmes partagent les mêmes valeurs que les hommes policiers et ne sont pas du tout plus maternantes, ou dans des rôles d' « assistantes sociales » ; c'est bien davantage l'âge qui joue dans dans le positionnement politique : les plus âgés ont tendance à privilégier une « police à la papa ».

 

On change très souvent de poste dans la police. C'est aussi une façon de pacifier les relations sociales et d'éteindre les conflits : dès qu'un problème sérieux se pose, on fait jouer la mobilité horizontale. De ce fait, les cas de discriminations ne sont presque jamais portés devant les tribunaux, mais sont rapidement étouffés.

 

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