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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 14:09

« Il n'y a de relation sexuelle qu'inégale », écrit Danny Laferrière ; Pascale Molinier le reprend et fonde sa démonstration sur cette affirmation.

Il faudrait plutôt écrire : « il n'y a pas de relation sexuelle qui n'ait part avec le pouvoir, il n'y a pas de sexualité en dehors du pouvoir ». Peut-être la solution de l'énigme qui me taraude depuis plusieurs jours est-elle là : Laferrière et Molinier confondent domination et pouvoir.

 

L'article de Molinier s'intitule « Plus qu'un désir de peau ». Ce n'est pas là une spécificité de la relation Blanche / Nègre – il y a toujours « plus qu'un désir de peau » dans une relation de sexe : plus qu'un simple plaisir physiologique, plus que l'envie de sentir, plus que l'excitation des nerfs. Il y a ce qu'on prend, ce qu'on cède, ce qui se joue, etc.

Quand un dragueur déploie des trésors d'inventivité, d'énergie, de patience et de manigances pour mettre une femme dans son lit, il ne cherche pas seulement le plaisir sexuel simple, pas seulement le corps-à-corps, pas seulement à toucher cette peau-là ; il veut l'avoir.

Et ce n'est pas le propre des relations de drague ou des relations explicitement inégales dans lesquelles l'homme chercherait à avoir / posséder une femme ; dans des relations amoureuses, il y a aussi « plus qu'un désir de peau ».

Il y a le pouvoir, dans son sens le plus large – pouvoir sur. La relation de séduction est une relation de pouvoir, comme la relation amoureuse (et pas seulement une relation inégale, une relation hiérarchique, une relation de domination) ; l'autre a du pouvoir sur nous et on cherche à en avoir sur lui – sur ses envies, sur son univers mental, sur ses plaisirs.

 

Le sexe excède toujours la simple peau (à moins d'obtenir l'éjaculation mécanique par excitation électrique des terminaisons nerveuses... mais alors là heu... c'est plus de la sexualité c'est de la science physique...)

 

Cet article de Molinier aura au moins eu pour effet d'éclairer ces notes, rapidement griffonnées dans un cours de Fassin, et qu'à l'époque je n'avais pas totalement comprises :

 

« Différencier domination et pouvoir permet de penser la sexualité dans le féminisme.

Le désir, c'est nécessairement du pouvoir (pouvoir de séduction, agir sur l'autre / sur ses désirs), du pouvoir au sens foucaldien (qu'on ne détient pas, qui est fondamentalement relationnel).

Sexualité implique pouvoir. C'est ce qu'énonce le féminisme.

Le courant représenté par Catherine McKinnon identifie pouvoir et domination ; de ce fait toute forme de sexualité hétérosexuelle est intrinsèquement oppressive.

Comment, à partir de là, sauver la libération sexuelle ?

Pour Marcela Iacub, en sortant du féminisme.

Penser séparément pouvoir et domination ouvre au contraire une piste de réponse au sein du féminisme, en restant dans le féminisme. »

 

Cette vaste question des liens entre sexualité et pouvoir a été au coeur des « sex wars » des années 1980 (guerre dont Catherine McKinnon représente l'un des pôles). Je n'ai pas encore complètement saisi les enjeux et les lignes argumentatives des deux bords – mais ça me semble, de loin, un putain de sacré champ de réflexions plantées de questions existentielles.

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Published by Alix - dans Sexualités
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commentaires

faire part de mariage 13/10/2010 20:30


Wow, félicitations pour votre billet, je vous remercie de partager vos conseils et je partage votre point de vue ! Euh tout est dit, votre billet est bon, il me faut maintenant découvrir le reste
de votre blog ! PS : C'est mon tout premier commentaire ici et je reviendrai régulièrement sur votre blog !


Alix 13/10/2010 21:50



Merci et très bienvenue par ici !



genderfucker 19/04/2010 20:58


merde j'ai mis le com au mauvais endroit !! je voulais mettre ça à ton dernier article, sorry grrrrr


Alix 19/04/2010 22:50



c'est pas grave, Gayatri est pas fâchée ;p



genderfucker 19/04/2010 20:57


Hello ! figure toi que mercredi dernier, j'ai assisté à un débat "les études postcoloniales en débat" avec entre autre J.F Bayard qui a écrit un bouquin s'appelant "Les études postcoloniales, un
carnaval académique". Bon alors je m'y rends dans l'idée d'apprendre la richesse épistémologique des études postcoloniales, en quoi elles peuvent être utiles etc. Hé bien non, il s'agissait d'un
débats ou tous trouvaient que c'est de la merde. Pour aller vite. On en taxait les tenants d'afrocentriste, et de communautariste plus généralement. Seule Catherine Coquery-Vidrovitch (je crois :s
lol) à parler des études postcoloniales en tant qu'elles permettent un renouveau épistémologique par les questions qu'elles posent. Elles amènent à décentrer un point de vue se voulant universel,
mais qui n'est qu'universellement blanc et masculin. Démarche qui me semble plutôt intéressante non ? Certes, reste à savoir si son application est bien menée. Pour l'instant je ne peux rien en
dire. Enfin un peu, mais pas assez.

Bref, il y a même un internant, Sylvain dont j'oublie le nom (sorry)qui a clôturé en disant que ce n'est pas parce qu'il est un mâle blanc" qu'il ne peut pas avoir un regard décentré. Soit Sylvain.
Sauf que si tu n'assumes pas le fait qu'être socialisé en homme, blanc, d'un certain milieu, ds une génération, ds une culture donnée, etc , te fait voir les choses à travers un prismé
nécessairement biaisé, comme tout le monde, mais chacun différemment, il me semble que tu te plantes.

Bref, à part la dame, ils m'ont profondément énervé.


Alix 19/04/2010 22:43



Ya un texte qui est vachement bien si tu veux, sur les études post-coloniales, c'est là :


http://www.topicsandroses.com/spip.php?article108


A la conf de Dorlin, à la Sorbonne, ils avaient parlé un peu du Bayard à la fin ; moi je le connaissais pas ; en gros Dorlin & sa pote disaient que Bayard et sa clique (son labo) essayaient
de s'approprier le champs des études post-coloniales, que c'était aussi une lutte de "terrain", qui arrive à s'imposer comme LE spécialiste légitime de tel truc, tel objet, tel champ... (elles
avaient pas l'air de porter beaucoup Bayard dans leurs coeurs ;p).



genderfucker 15/04/2010 21:06


re coucou !
excuse de te demander comme l'autre, fois, mais j'ai juste un petit pb pour l'avant dernier paragraphe entre guillemet : qui parle ? une ou plusieurs personnes, dont toi ?
sorry ...lol


Alix 15/04/2010 22:15



Hello ! non t'excuse pas, surtout pas, c'est moi qui suis confuse d'être un peu.. confuse dans mes propos, hum !! du coup merci de me donner l'occasion de clarifier :)


en fait ce paragraphe, ce sont les notes que j'ai prises au séminaire de l'Ehess d'Eric Fassin et Rose-Marie Lagrave, où je me suis incrustée deux fois (c'est le séminaire obligatoire pour le
master "études de genre et de sexualité", là :


http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2009/ue/1175/),


et ce passage-là c'était Eric Fassin qui parlait - j'ai recopié ici mot pour mot mes notes, que j'avais pas totalement comprises sur le moment...


Pour ce que j'en ai vu, ce cours est super intéressant. :)


"épistémologie du placard" faudrait que je le lise !! c'est sur ma liste depuis, hum, long..........temps ! ;p


 



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