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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 12:39

Complètement radicalement par hasard, j'ai mis la main sur un livre de psychanalyse. En réalité, c'est une grosse pile de bouquins de psycho / pschycha qui m'est tombée entre les pattes ; et je n'ai pas pu me résoudre à tous les ranger sur leurs petits rayons. Les titres étaient trop alléchants, et j'en ai gardé une partie pour faire appui-tête. Une aubaine pour m'adonner à mon nouveau sport favori : lire avec compulsion les dix premières pages de cinquante livres en même temps – sans jamais dépasser la page 11. Parmi mes trouvailles, La femme pacifique de Margarete Mitscherlich , traduit de l'allemand. Sous-titre : étude psychanalytique de l'agressivité selon le sexe. Publié aux éditions des femmes, dans la collection « la psychanalyste » dirigée par Antoinette Fouque.

 

friedfertige-frau.jpgPourquoi ce bouquin m'a attiré l'œil ? D'abord connement parce qu'il y avait le mot « femme », « la femme gnagnagna » - et parfois – souvent – j'ai envie de fourrer mon nez dans tout ce qui cause de homme / femme / sexe / sexualité / genre etc., et y compris pour y trouver du pâté pour chats (souvent je feuillette quatre pages et repose le dit-bouquin – et parfois ça dure un peu plus longtemps). Mais pas seulement : cette histoire d'agressivité (et de paix) m'intéresse particulièrement, après que j'ai assisté à ce super colloque de juin dernier, sur « la violence des femmes », et depuis qu'une armée de questions (encore une) a pris l'habitude de parader dans ma tête, à base de – dans quelle mesure / comment / pourquoi / sous quelles formes la violence peut-elle être une ressource ?

 

« L'agressivité selon le sexe », ça me parlait, donc.

Mais la bonne dame est psychanalyste. Ça n'augurait rien de bon. Au début, donc, si j'ai ouvert ce livre, ce n'était pas pour trouver des réponses ou des ressources, mais pour chercher une prise à mes critiques, exercer mon oeil déconstruktor. (J'apprends pas mal aussi avec Déconstruktor.) Mais progressivement D. s'est amolli, décontracté - presque charmé : pas con du tout, ce que j'ai lu.

 

Margarete Mitscherlich évoque l'histoire, la culture ; un titre de l'un de ses chapitres comporte même le terme « socialisation ». ( ) Et un coup d'œil sur sa notice wikipédia en allemand m'a confirmé ce que je pressentais à la lecture de son ouvrage : elle se déclare féministe.

 

Si c'est pas la révolution, ça...

[ Je découvre à la fin du volume, en parcourant la liste des autres livres de la collection, l'existence d'un bouquin intitulé « Psychanalyse et féminisme », écrit par Juliet Mitchell. ]

 

« [...] la plupart des psychanalystes jugent [...] les féministes contre nature ou ridicules et préfèrent autant que possible ne pas avoir affaire à elles. Ils les classent généralement sous l'étiquette « femmes phalliques ». D'ailleurs il est fréquent que les psychanalystes rangent tout ce qui chez les femmes ressemble à la combativité, l'affirmation de soi, l'ambition ou la créativité dans la rubrique « fourre-tout », « phallique ». Ce diagnostic est censé certifier qu'elles vivent dans un monde d'illusions puisqu'elles ne parviennent pas à se débarrasser du fantasme de posséder un pénis.

Certaines déclarations de la psychanalyse à propos de la féminité dégénèrent facilement en lieux communs sur mitscherlich.jpg« l'essence de la femme ». Une femme qui ne veut pas accepter son « manque » se détourne, selon certaines théories analytiques, de la réalité au profit de chimères. Elle n'est pas parvenue à la phase génitale, c'est-à-dire à sa « maturité de femme ».

Lorsqu'on a ainsi classé les féministes dans un système psychanalytique, il devient superflu de les prendre au sérieux car leur comportement, leurs actes, leur révolte contre une société dominée par les hommes reposent sur un fantasme. La possession d'un pénis pourrait seule rendre leur attitude légitime ; alors seulement il serait «naturel » qu'elles s'insurgent contre l'injustice qu'elles subissent quotidiennement. Dans une telle perspective, le fait que les femmes retournent contre elles-mêmes leur agressivité et leur combativité, qu'elles considèrent la famille comme le lieu privilégié de leurs activités, qu'elles se sacrifient pour leur mari et leurs enfants ou qu'elles subliment leur besoin d'amour en exerçant des professions dites de service, n'est plus que l'expression d'un « bon rapport à la réalité » ».

(Margarete Mitscherlich, La femme pacifique, pp.37-38)

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Published by Alix - dans Féminisme
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commentaires

mebahel 25/09/2010 09:29


Rhoooo mais comme ça m'intéresse ça!!


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Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si !)
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Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

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