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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 18:20

  Pascale Molinier est très vive, elle parle vite, rit beaucoup ; sa pensée sort en bouffées de paroles et d'idées. (En réalité elle m'a bien plu ; je l'ai trouvé super rigolote, puis drôlement fine, efficace dans sa pensée, juste.)

 

Elle revient sur cette idée de « services sexuels » qui découleraient d'un « droit à la sexualité ». Cette proposition représente un réel danger pour les salariées de l'aide à domicile, et ce pour deux raisons : d'une part, leur légitimité en prend un coup, avec une telle revendication, lorsqu'elles protestent contre des actes de harcèlement sexuel, d'autre part l'intégration de ce nouveau « service » induit une redéfinition de « l'aide » qu'elles sont censées prodiguer, et qui peut dès lors intégrer tout besoin, toute demande, quelle qu'elle soit, à l'infini. Pour les personnes qui défendent l'idée de la légitimité de « services sexuels », l'abstinence est pensée comme une injustice sociale ; les personnes handicapées souffrent d'un stigmate qui les rend non désirables, et il revient à la société de corriger cette injustice.

 

jouval.jpgElle note qu'aux Pays-Bas par exemple, de tels services sont effectivement mis en place, et peuvent être remboursés par la Ziekenfonds, l'équivalent de notre Sécurité sociale. La photographe Frédérique Jouval a d'ailleurs fait un reportage photo sur ce sujet ; sa série de photos intitulée « soins d'amour » a été exposée pendant tout le mois d'octobre à la mairie du XIIIe arrondissement de Paris. On y voit aussi des femmes, recourant à ces services (avec des hommes : les « services » sont strictement hétérosexuels). En résonance avec cette exposition, un colloque a été organisé le 26 novembre dernier à la mairie de Paris sur le thème de la sexualité des personnes handicapées. Tout comme le manifeste paru dans l'Express, ce colloque a suscité des réactions : une lettre ouverte signée par de nombreuses personnalités et associations, et, par exemple, des prises de position sur le site du Féminin l'emporte ou dans la revue du Mouvement du Nid-France, Prostitution et Société (entre autres).

Une thèse est en cours en Suisse sur ce sujet : Lucie Nayak travaille depuis deux ans sur l' « analyse de la construction sociale des normes sexuelles à travers l’étude des pratiques et représentations de la vie sexuelle et affective des personnes désignées comme « handicapées mentales » (comparaison France – Suisse) » ; on peut lire ici une interview de cette chercheuse.

 

[ D'autres infos glanées au gré du net, sur ce sujet plein d'épines ; divers articles dans la presse (dans le Parisien, l'Express, la Tribune de Genève, ou Libération ici et ), un dossier avec pas mal d'infos et une courte vidéo d'interview d'un assistant sexuel (Bonjour docteur), ou encore une vidéo d'une dizaine de minutes sur le site suisse Assistancesexuelle – du grain à moudre pour vos neurones ! ]

 

Il faut être attentif au fait que l'expression « droit à la sexualité pour les personnes handicapées » ne vise pas nécessairement la mise de place de ce genre de « services » (y compris dans les textes et articles sur le sujet) : cela peut désigner le droit, bien légitime, pour les personnes (et adolescent.e.s) handicapées physiques et mentales, à une véritable éducation sexuelle, à la sécurité sexuelle (qui implique une information digne de ce nom sur les MST et les moyens de protection, ainsi que sur les moyens de contraception, et une protection contre les agressions), le droit à l'intimité, la possibilité de la mixité, le respect de l'orientation sexuelle, etc. C'est par exemple l'idée que l'on trouve développée dans ce texte sous le titre « droit à la sexualité pour les handicapés ».

 

Pascale Molinier se dit moins mitigée qu'Anne Dussuet quant à l'usage de l'expression « travail sexuel », tout en soulignant qu'il s'agit toujours beaucoup, dans les faits, de travail au profit des hommes (qu'ils soient hétérosexuels ou gays) : ce travail sexuel s'insère dans un système patriarcal, où la sexualité est organisée au profit des hommes les plus puissants. Mais la revendication de l'appellation « travail sexuel » par les personnes prostituées elles-mêmes a bien un sens : cette qualification comme travail ouvre la possibilité de codifier cette activité, de lui fixer des règles, des limites, dans l'intérêt évident des femmes et des hommes concerné.e.s.

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