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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 20:41

"L'idée de consentement des dominé(e)s, comme celle du partage des idées dominantes, renvoie à la subjectivité, à la conscience du sujet dominé. Mais, justement, quelle est-elle ? Avant de conclure au "consentement", il faudrait s'assurer que, pour chaque société, on ait pris la mesure des limitations de la conscience que les femmes peuvent subir. Une partie des limitations mentales est inextricablement liée à des contraintes physiques dans l'organisation des relations avec les hommes, l'autre est plus immédiatement une limitation de la connaissance sur la société." (p.154)

En philosophie abstraite on pense souvent abstraitement à des individus abstraits, en se demandant si la volonté d'un individu... si le désir d'un individu... si la liberté d'un individu... blablabla. On peut ainsi se demander dans un no-man's land plein de bulles d'air si un individu esclave bliblou et un individu maître motch-motch-motch - un peu comme Hegel, en somme. Dans ce no-man's land, l'individu esclave se trouve être un esclave - mais dedans sa tête il est tout pareil que le maître, il a été élevé pareil, grandi pareil, appris pareil, pense pareil, peur pareil, voit le monde pareil, etc.
Un individu, quoi - avec sa raison touci touça, un gen - un petit pion avec lequel jouer aux échecs de la philosophie qui plane dans la stratosphère.

Aimé Césaire nous le rappelle, quand on parle de dominé.e.s, pourtant, on ne parle pas de rien :
"Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme." (Discours sur le colonialisme)

Le gadget de la philosophie idéaliste - Hegel, par exemple, avec son maître et son esclave jouissant des mêmes ressources de pensée et d'assurance, c'est ce que NCM appelle "la fausse symétrie de la conscience".
La subjectivité du maître n'est pas la même que celle de l'esclave - parce que les déterminants matériels de ces subjectivités ne sont pas les mêmes.

La conscience de l'esclave est limitée, entravée, barrée, découpée.

NCM passe en revue différents mécanismes de limitation de la conscience des dominé.e.s.
Qui se rangent en deux grands groupes : les contraintes physiques (et leurs implications mentales limitatives), et la médiatisation de la conscience (les femmes coupées d'elles-mêmes : entre leur vie et elles, un écran, les hommes).

Elle précise que les exemples qu'elle donne tout au long de son exposé concernent des sociétés très diverses. Il s'agit majoritairement de sociétés patrilinéaires et patri-virilocales : "elles présentent l'avantage de rendre plus lisibles les mécanismes qui jouent aussi dans d'autres sociétés, plus "hypocrites", comme les nôtres [...]. [...] ces données et interprétations peuvent être utilement relues en fonction de la connaissance et du vécu de l'oppression des femmes dans les sociétés occidentales."
Elle indique enfin que ces exemples ne valent pas comme "vérités universelles", et ne sont pas proposés comme tels ; elle les avance comme "une ébauche de guide de lecture et d'interprétation, comme des questions à se poser pour chaque société en y considérant l'agencement des rapports de sexe qui lui est propre". (p.155)

Ces précisions de méthode me semblent importantes - "méthode" de lecture, en réalité : que faire de ce que je lis, que faire de ces exemples, que penser de ces histoires de femmes et d'hommes qui vivent loin, en Afrique, en Océanie, dans le Non-Occident - archaïsme, sauvagerie ? Nicole-Claude Mathieu ne cesse de faire un va-et-vient entre ici et là-bas, dans les illustrations dont elle émaille son discours théorique [enfin, pas qu' "illustrations" justement : ces exemples concrets ne viennent pas pour "décorer" et conforter sa théorie, comme des pots de fleurs le long d'une magnifique architecture abstraite, mais sont au contraire le point de départ de ses propositions théoriques.]
Elle nous aide à penser la continuité entre les sociétés occidentales et celles qu'étudient les ethnologues.
(Pour nous aider à voir que l'oppression des femmes, si elle prend des formes différentes dans chaque société, n'est pas uniquement le fait des sociétés de là-bas mais nous concerne également, ici.)

J'aimerais vous résumer (lister) les différents mécanismes de limitations de la conscience que nomme NCM, ainsi que ce qu'elle écrit du partage des valeurs et des idées dominantes.

Mais ce qui me tient le plus à coeur, c'est de tenter de coller là sur la méduse le noyau des pages 207 à 225 - parce que c'est certainement ce petit bout de texte qui m'a le plus marquée, frappée, faite bouger.
(bé à suivre dans la suite...)

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