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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 09:47

Je laisse un petit temps Nicole-Claude Mathieu, mais j’y reviens j’y reviens j’y reviens… (car j’ai pô fini…)


Parce qu’il est médiatiquement beaucoup question d’Elisabeth Badinter, ces derniers temps, j’ai eu envie de reposter ici un texte que j’ai écrit il y a quelques années déjà, à propos de cette bonne dame et de sa soupe de pensée Liebig.


Il y a sept ou huit ans, je n’étais plus une bébé féministe mais à peine une préado de la conscience ;p

J’ai eu envie / besoin de m’emparer d’un de ses bouquins, « X Y, de l’identité masculine », de le lire, avec attention et circonspection, d’essayer d’affronter cette pensée, pour éprouver si cela résistait, si j’avais à répondre, si je savais décoder, si je pouvais contrer, si ma pensée était structurée, armée – si, en fait, j’avais de véritables opinions et si je pensais vraiment tout ce que je pensais – le féminisme, le matérialisme, les épines de mes idées.

Et oui… vraiment, je n’ai eu aucun mal à contrer. J’ai plutôt trouvé que l’ennemi était bien faible ; des arguments, j’en avais à la pelle pour démonter sa bouillie.


Je colle ici (en plusieurs posts, car le tout est assez long) mon texte de l’époque (un petit peu toiletté, car dorénavant je censure les passages les plus persos… :p).

 


« J’ai fait glisser mon nez le long des étagères de la salle à manger d’Argenteuil. Il est tombé (mon nez) sur un petit poche d’Elisabeth Badinter : son célèbre essai « XY. De l’identité masculine » – monument de philosophie s’il en est. Connerie en spray, gel cent pour cent tartrant d’incompétence débilitante. Lamentables épopées de sexisme en tranches molles. Terreur (de ma pensée entartrée). Malaise (c’est mon genre à l’intérieur qui proteste – vigoureusement insultée mon identité de sexe tambourine à l’intérieur et laboure mon estomac. Envie de vomir).
 Bilan.

 La vision qu’E.B. se fait du monde contemporain (occidental) ne laisse pas d’être déroutante. On lit tout simplement sur la quatrième de couverture (première phrase) : « Le mouvement des femmes a fait voler en éclats toutes les idées traditionnelles sur virilité et féminité. »

 Non, les femmes ne sont aujourd’hui pas du-tout-du-tout plus associées à la conception et l’élevage des enfants que les hommes ; elles ne prennent pas du-tout-du-tout plus en charge les tâches ménagères que les hommes ; elles ne sont absolument pas moins payées que les hommes, ni moins présentes aux postes de direction, pas du tout plus orientées vers les filières littéraires et les emplois de services, pas du tout sur-représentées dans les secteurs des soins aux enfants, aux vieux et aux malades, pas plus que dans les branches consacrées à l’accueil et à la représentation de soi– autant d’activités, d’ailleurs, pas du tout associées aux femmes dans l’imaginaire ; elles occupent bien sûr la moitié des sièges de l’assemblée nationale et du sénat, institutions démocratiques assurant la représentation de l’ensemble des citoyens français ; les hommes sont aujourd’hui autant tués par leurs compagnes que les femmes par leurs compagnons, et sont tout autant violés ; d’ailleurs Laurent Fabius n’a pas du tout demandé à Ségolène Royal qui garderait les enfants – tout cela a volé en éclats : ça saute aux yeux (attention aux éclats d’obus).

 E.B. consacrera toute son énergie, sa bonne volonté, le tranchant de ses quatre neurones et demis et les 319 pages de sa scatologique réflexion à démontrer, avec une candeur presque touchante, que « les idées traditionnelles sur virilité et féminité » n’ont rien perdu de leur mordant ni de leur actualité. Continuité de la femme avec la Nature, définition exclusive par la maternité réelle ou possible, nécessaire arrachement de l’homme au monde gluant et menaçant des femmes - que du bonheur.

  E.B. pose une relation d’asymétrie entre le devenir femme du bébé femelle et le devenir homme du bébé mâle : « Etre un homme implique un travail, un effort qui ne semble pas être exigé de la femme. » La catégorie femme est pensée (interprétée, recouverte de significations, symbolisée) en continuité avec la nature, et en lien avec le pôle de la passivité. La catégorie homme est au contraire construite en opposition avec la nature, en lien avec la Culture (on s’arrache à la nature pour s’affirmer homme) et en lien avec l’activité. Nous sommes d’accord sur ce constat. Le problème réside dans ce glissement incessant et implicite – et dont E.B. n’est même pas consciente, semble-il – de la signification à la réalité.

 La signification qui colle, dans notre civilisation, à la catégorie femme (ou à la catégorie homme) est un amas relativement cohérent et fonctionnel de sens, de symboles, de relations – un amas culturellement construit (dans l’exacte mesure où, pour Edward Sapir, la culture est un système de communication, et donc un ensemble de significations. La culture est « le processus à travers lequel les significations sont culturellement et historiquement construites ». La culture est, dans cette tradition de pensée, un système de sens – Sapir était originellement linguiste). La pente qui mène de la signification (culturelle, historique, construite) à l’en soi est glissante. E.B. ne résiste pas au savon – ne tente même pas d’y résister : pour elle c’est purement et simplement la même chose.

 La catégorie femme est pensée en continuité avec la nature et la passivité. La catégorie homme est pensée en lien avec la culture et l’activité.

Je m’interroge : faut-il en déduire qu’une femme est effectivement par nature plus passive (molle, lascive, abrutie ; qui reçoit – le pénis d’abord (la femme est en dessous écrasée immobile), la petite graine ensuite (elle est le sac dans lequel l’homme plante puis fait grandir sa semence, le ventre dans lequel ça pousse)) ?

Faut-il en déduire que la femme est effectivement plus proche de la nature (des plantes, des animaux, du climat, des mystères du ventre de la terre – de la sorcellerie) et plus éloignée de la culture (de la pensée construite) ? Faut-il en déduire qu’il est effectivement « plus facile » de devenir une femme aujourd’hui en France, car c’est devenir quelque chose de proche de ce que l’on est naturellement, au début ?


E.B. prend tout bonnement ces significations (culturelles, construites, sexistes) for granted."

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commentaires

Anis 27/02/2011 19:07



Dit-elle que la femme est plus proche de la nature ? Ou dit-elle que la femme est en continuité avec une culture féminine ? Vous me donnez envie de le relire pour aller vérifier ces points car
votre critique est excellente.



Alix 28/02/2011 16:26



Le mieux serait que j'emprunte à nouveau le livre, pour voir, effectivement, directement dans le texte, et le cas échéant retrouver les citations exactes.


Je ne sais pas trop ce que serait une "culture féminine"...?


En tout cas, si vous trouvez d'autres éléments dans le livre de Badinter, y compris certains qui entreraient en contradiction avec ce que j'écris, ou si vous faites une autre lecture, n'hésitez
pas ! merci !



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