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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 07:08

Après ce petit Moliniérisme, j'en viens aux diverses explications que j'ai pu trouver pour rendre compte du fantasme de viol.

 

En gros, ça donne ça :

  • on est tellement belle / désirable / irrésistible que les hommes ne peuvent pas se maîtriser ;

  • la sexualité et le plaisir sexuel restant fondamentalement honteux, imaginer qu'on est forcée à l'acte sexuel permet de « se laisser aller », de se dédouaner de tout sentiment de culpabilité, et de pouvoir ainsi prendre son pied.

(J'avais écrit « différents types de » et « diverses explications », et je ne trouve que deux machins dans mon panier – c'est qu'après examen le reste (de mes recherches au gré du net) s'apparente plus à du porridge qu'à des idées.)

 

Le second mode d'explication retient tout mon intérêt. C'est lui que met en avant Virginie Despentes dans sa King Kong théorie (p.55 et suivantes de l'édition Grasset).

 

« C'est un dispositif culturel prégnant et précis, qui prédestine la sexualité des femmes à jouir de leur propre impuissance, c'est-à-dire de la supériorité de l'autre, autant qu'à jouir contre leur gré, plutôt que comme des salopes qui aiment le sexe. Dans la morale judéo-chrétienne, mieux vaut être prise de force que prise pour une chienne, on nous l'a assez répété. Il y a une prédisposition féminine au masochisme, elle ne vient pas de nos hormones, ni du temps des cavernes, mais d'un système culturel précis, et elle n'est pas sans implication dérangeante dans l'exercice que nous pouvons faire de nos indépendances. Voluptueuse et excitante, elle est aussi handicapante : être attirée par ce qui détruit nous écarte toujours du pouvoir. » (p.56)

 

(« elle n'est pas sans implication dérangeante dans l'exercice que nous pouvons faire de nos indépendances » : cela fait écho avec l'article de Molinier – les Blanches émancipées de leur rapport de domination (de genre) utilisent cette petite dose de liberté pour... un exercice bien dérangeant : le jeu de l'esclave.)

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 19:14

 Je vais tenter de coucher ici sur la Méduse (« couchée la méduse ! ») les différents types d'explications qui ont pu être avancés pour ces fantasmes de dominées, fantasmes de viol ou de soumission.

J'exposerai d'abord, dans ce post-ci, le point de vue de Pascale Molinier (qu'elle ne fait que suggérer ou esquisser), puis je listerai (dans un post suivant) ce que j'ai trouvé d'autre dans mes vagues recherches survolantes – en finissant par la thèse retenue par Virginie Despentes.

 

Pascale Molinier parle, à propos de cet éventail de fantasmes qui ont tous pour point commun de sembler, à première vue, mettre la fantasmante dans une position défavorable, et qui flirtent donc tous avec une forme de masochisme, de « fantasmes implantés de l'extérieur ».

 

Je voudrais vous dire avant de me lancer au fleuve et à la mer, que j'ai eu beaucoup de mal à écrire cet article. Parce que je l'ai écrit, et réécrit, qu'au fur et à mesure que j'écrivais et avançais dans mon propos, je changeais d'avis, je comprenais de nouvelles choses, je revenais sur ce que j'avais affirmé ; je devais enlever des paragraphes et...

Je me suis demandée si je ne pouvais pas laisser apparents mes différents revirements, les à-coups de mon cerveau qui comprend durement (un coup à droite un coup à gauche, et je reviens en arrière), ou s'il valait mieux livrer la tarte toute cuite sans les brouillons et griffonnages.

Dans le doute, j'ai fait un peu les deux. Pardon, donc, pour le halo de brouillard qui enveloppe le post, et la légère sensation de roulis. 

Il m'est apparu que cette question était, finalement, bien plus complexe que je n'avais cru – diablement et vertigineusement complexe.

 

« Fantasmes implantés de l'extérieur ». Cette expression me laisse assez dubitative.

Le mot « implanté » sonne bizarrement, et ne livre aucun indice sur la façon dont, concrètement, ces formes désirantes monstrueuses se construisent. Il donne une image simpliste et distordue du fonctionnement des processus psychologiques et sociaux (sans épaisseur). Ce sont les désirs des dominants, « implantés » dans la tête des dominées : on a l'impression que ces désirs sont solides, étanches, fermés comme des tupperwares, et qu'on peut les déplacer comme ça à l'identique d'une tête à l'autre. Une simple opération de translation du fantasme – greffe du désir de viol.

 

(Remarque, ça fait un peu penser à Bourdieu : « intériorisation de l'extérieur »... C'est Claude Grigron je crois qui disait que l'habitus avait une tronche de « boîte noire » ? Le mot cache le processus, on colle un mot et on donne l'impression d'expliquer – comme si le mot était magique et faisait se transsubstancier la réalité sociale - « abracadabra, habitus ! Et hop l'extérieur se scotche à l'intérieur de la tête ! » - sauf que Bourdieu parlait tout de même de dressage des corps, de répétitions, d'ajustement des attentes à ce que l'on appréhende comme possible depuis sa position, etc. - ici, c'est juste « implanté » : une opération à cerveau ouvert, dont on ne sait pas d'où elle sort.)

 

[ Et cette opération implique-t-elle des chirurgiens ? Des dominants qui auraient réussi sciemment leur opération de mystification ? ]

 

Cette expression me chiffonne pour une autre raison. Ces fantasmes-là sont « implantés de l'extérieur », il y a donc des fantasmes qui se créent « de l'intérieur » ? Mais d'où ça ? De ce qu'on est « pour de vrai », par opposition à ce que les autres nous feraient être, qui ne serait pas ce qu'on est « vraiment » ? Ils sortent d'où ces fantasmes et désirs là ?

Molinier reprend, pourtant, une phrase de Teresa de Lauretis pour énoncer que le désir, tant homosexuel qu'hétérosexuel, « enchevêtre de manière inextricable le soi avec les autres, le fantasme et la représentation, le subjectif et le social » (p. 231 et 232) – alors c'est quoi l'intérieur ?... (La ficelle avant qu'elle ne soit enchevêtrée ???)

 

Pascale Molinier adhère forcément à cette idée que « l'intérieur » est construit lui aussi, et construit dans l'intersubjectivité. Que vise-t-elle donc avec cette dichotomie spatiale ? L'extérieur serait le lieu de la contradiction, et le domaine du dominant ; l'intérieur l'espace de l'accord avec soi-même ( ? ), et... le foyer du sujet « non dominé » ?

 

Cette métaphore spatiale lui est inspirée par Teresa de Lauretis (que je n'ai pas lue – je fais donc profil bas :p) : « Teresa de Lauretis dit du sujet du féminisme qu'il est « excentrique », c'est-à-dire à la fois dedans et dehors le système de genre » p.239.

« L'extérieur » [du système de genre] représente la part de la pensée et du fonctionnement féministe chez une femme (sa part de « résistance »), et « l'intérieur » le tas de mécanismes de la domination, l'emprise de la socialisation hétérosexiste - sa part d'aliénation.

On peut dire que Pascale M. ne nous simplifie pas la tâche, puisque la métaphore spatiale est ici inversée (les méchants sont dedans... ) Le tas de fantasmes dont on réclame les papiers depuis le début de ce post viendrait donc de l'intérieur du système de genre, et de l'extérieur de.... des gens, de la tête, des sujets femmes – il faudrait leur greffer de l'extérieur vers l'intérieur pour les mettre dans l'intérieur du système de genre. Quoi c'est pas clair ?

 

Je pense que tout cela est intimement lié à la façon dont on pense le sujet.

Je pense que ces questions se présentent ici sous un jour étrange pour moi parce que l'auteure est d'abord psychologue et non sociologue, que ses références et paradigmes de pensée me sont donc éloignés.

Mais pas seulement.

Je pense que je n'ai encore pas compris grand chose, par exemple, à la conception du sujet chez Foucault, que reprend Bulter, et qui veut que le sujet soit constitué dans et par les relations de pouvoir.

Tout cela me passionne et m'embrouille.

Je ne comprends pas où est l'intérieur et où est l'extérieur.

Ces questions ont aussi à voir avec le concept d'aliénation (être en dehors de soi ? Mais où, et qui, est soi ?)

J'ai cru à un moment avoir une vision parfaitement claire et lucide de tout ça, en lisant les pages de Bernard Lahire sur la métaphore du froissé – mais il laisse peu de part, dans ses pages, au pouvoir... et la question me revient aujourd'hui comme un boom-rang.

 

Bref. Soit je ne comprends vraiment pas ce que veut dire Molinier (mais ai-je le droit de marmonner qu'elle n'est pas très claire ?...), soit... soit.. des choses m'échappent (ah oui c'est deux fois pareil ;p).

 

Bon, au-delà du mécanisme qui me laisse pantoise, reste l'idée générale : d'une façon ou d'une autre, les dominées auraient intériorisées, fait leurs, les désirs des dominants – ou plutôt : la face symétrique des désirs des dominants : il veut me dominer / je veux qu'il me domine ; il veut que je le serve / je veux le servir ; ils veulent me violer / je veux qu'ils me violent.

 

(et je laisse ce post avec l'impression amère de ne pas avoir dit grand chose, et de ne pas être allée plus loin que le bout de ma chaussure gauche...)

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 07:40

Deux gros amas de questions me sont donc posées dans cet article de Pascale Molinier :

  • le premier tas a trait à la littérature. Que peut-on faire des textes littéraires, jusqu'où peut-on les faire parler, pas seulement d'eux-même, mais de la vie et des gens ? Et qu'en fait Molinier ici ? Je me suis déjà frottée à ce genre de questions, il y a quelques années - des semaines la tête dans Belle du Seigneur d'Albert Cohen, à me demander qui parle, qui fait violence à qui, où me placer et où situer l'auteur, quelle épaisseur abandonner aux personnages...

    La question est différente quand il s'agit d'auto-fiction, ou toutes les fois que l'auteur.e, de par sa position dans le monde et les rapports sociaux, peut puiser dans sa propre expérience pour habiller ses personnages – on ne peut l'accuser d'invraisemblance, de mensonge ; « ça existe », puisque lui / elle l'a vécu, de l'intérieur, de cette façon – la littérature est (aussi) témoignage.

    Ici, le vécu du narrateur, si proche de Dany Laferrière, porte le seau du réalisme (on ne peut marmonner - « nan mais c'est pas possible de réagir comme ça, personne n'aurait ressenti ça, c'est pas crédible, etc. ») En revanche la seule présence dans son roman de jeunes femmes animées du fantasme de soumission ne suffit pas à accréditer la réalité de ce fantasme – Laferrière n'est pas une jeune femme blanche qui couche avec des hommes noirs pour donner libre cours à son fantasme de soumission sexuelle. Ses personnages féminins ne sont la preuve de rien. ( ? nan ? )

  • Le second tas de questions me laisse tout à fait interdite, et je ne sais pas par où y entrer.

    Le fantasme de soumission sexuelle existe-t-il ? Je crois bien être obligée de répondre oui – puisque les pratiques sado-masochistes existent bel et bien. Certaines personnes trouvent leur plaisir (entre autres ) dans des situations où ils / elles sont dominé.e.s. Il me semble néanmoins qu'une question très importante reste en suspens : ces personnes trouvent-elles leur plaisir en jouant le jeu de la domination, dans une mise en scène d'elles-même comme dominé.e.s, ou jouissent-elles en étant véritablement dominé.e.s ? Cela change beaucoup de choses.

    S'il existe, ce « fantasme de soumission sexuelle » est-il majoritairement le fait de femmes ? Alors là je suis beaucoup plus indécise. Je n'en sais rien, et si l'on me dit oui, j'aimerais qu'on m'apporte quelques éléments de preuves.

    Et encore - pourquoi ? Comment ça fonctionne ?

    Et puis : le fantasme du viol est-il réel ? Comment l'expliquer ? Et que dire du « fantasme domestique »?

Sur le fantasme du viol, j'aurais tendance à répondre oui – il existe. J'aimerais avoir plus d'infos là-dessus (pas de bibliographie dans l'article de Molinier – c'est dommage) : y a-t-il eu des enquêtes, des recherches, des articles, quelque chose... Ce qui me fait pencher pour la reconnaissance de l'existence d'un tel fantasme chez certaines femmes (ce ne serait donc pas uniquement une manipulation idéologique de la part des hommes, de l'ordre de « elles aiment ça », « c'est ce qu'elles cherchent », « elles prennent leur pied comme ça », et « quand elles disent non il faut entendre oui »), c'est un passage du livre de Virginie Despentes, King Kong théorie.


[J'avais commencé à écrire ce paragraphe, puis je suis allée chercher King Kong, pour retrouver le passage exact ; je le lis, et je me vois obligée de rectifier - « j'aurais tendance à répondre oui ».... non, je dois répondre oui : je ne pense pas pour ma part avoir jamais été habitée par ce fantasme, ou alors à un niveau trop profond pour en être consciente ; mais oui certaines femmes vivent effectivement avec (y compris certaines femmes qui ont été violées pour de vrai) : lire les pages 55 et suivantes.]

 

[J'ajoute : je cherche vite fait sur Internet - et j'ouvre des yeux papillonnants sur un pan de la réalité du monde vrai qui m'avait jusqu'alors totalement échappé - alors on dirait que c'est super connu, ça, le fantasme de viol chez certaines femmes... ??? mince alors, si on m'avait dit . Désolée pour la référence du site un peu naze, mais c'est ce qu'au final j'ai trouvé de mieux fait : (la photo est dramatique) ].

 

Les pages de Despentes sont bougrement intéressantes ; avec l'article de Molinier, elles permettent d'avancer quelques pistes pour expliquer cette boule de fantasmes dérangeants.

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 11:30

J'ai retrouvé un vieux truc que j'avais écrit sur un vieux numéro de cette vieille revue qui s'appelle Elle – et c'était en 2002 (ouais j'étais déjà vivante à l'époque, mais petite hein – avec un petit cerveau frais...)

Au-delà de mes commentaires métaphysiques sur la chose, que j'écrivais alors avec mon cerveau frais, le contenu de ces pages de Elle me semble intéressant – en particulier au regard de l'article de Pascale Molinier, et des interrogations qu'il soulève (sur la relation sexuelle inégale, le fantasme de viol, etc.).

Numéro daté du 3 mai 2002, avec sur la couverture une accroche qui m’avait accrochée :

« Sexualité : jusqu’où les femmes vont par amour. »

* * * * * * * * * * *

 

Avec cette expression, " par amour " (en dessous du titre de la rubrique : "sexualité "), il était sous-entendu que ce n’était pas " par désir " : on allait parler de ce que faisaient des femmes, sans le désirer, pour des hommes ; des femmes qui faisaient ce que désiraient des hommes.

Je me suis demandée d’abord de quels genres de " jusqu’où " il était question, de quels espaces limitrophes, de quels marécages de la sexualité. J’ai parcouru l’article. " Zones les plus archaïques ", échangisme, relation sexuelle à trois (ou à plus), films pornos, utilisation d’accessoires, position à quatre pattes, lieux risqués, ligotage, gros mots, « langage bestial » - tels sont les exemples que j’ai relevés. A la sexualité – féminine, en tous cas – était associé le thème de l’abandon : "parce que la relation sexuelle est le lieu de l’abandon et de l’oubli de soi ". Cela m’a fait penser à la discussion que j’avais eue avec Jadd au sujet d’une scène de la série Urgences, dans laquelle Harper se laissait totalement aller (au plaisir, mais aussi au " maniement " de son amant), tandis que Carter ne perdait jamais le contrôle de lui-même et de l’acte sexuel, au point de se soustraire à l’érotisme.

Les relations sexuelles à plusieurs, l’utilisation d’accessoires ou la copulation dans des " lieux risqués " ne peuvent pas en soi être associés à une notion de domination masculine. Cette relation est en revanche au minimum suspectée pour ce qui est de l’échangisme et du recours aux produits de l’industrie pornographique (traditionnelle).

Elle est incontestable quand il est question de "langage bestial ". S’il restait une ambiguïté, l’auteure de l’article précise : " parce qu’on sait qu’il relève du jeu amoureux et non de l’insulte faites aux femmes ". On voit bien de quelle sorte de " bestialité " on parle. (Traiter son amante de "salope ", "pute ", "chienne " ou " garce " ("t’aime ça, hein ! "), mais c’est pour de rire.) Dans la même veine, on " se découvre soumise érotiquement ", on " tutoie le fantasme de la prostituée ".

Cette domination masculine manifeste fait l’objet d’un astucieux ( ? ) retournement : monsieur Jacques Waynberg, (éminent) psychothérapeute, explique : " la soumission érotique est une autre forme de prise de pouvoir sur l’homme. Anne [chef d’entreprise, précise l’article, donc qui domine peut-être un peu trop d’hommes dans son quotidien, et a besoin pour se sentir femme de revenir aux vraies valeurs féminines] déclare : "plus il me prend sauvagement, plus il me domine et plus j’aime ça, parce que je sais que ma soumission c’est aussi ma puissance de femme sur lui. " (aha, ma puissance de femme sur lui)

  " Plus qu’une descente, ce fut une expérience extrême que Catherine Millet s’imposa en s’offrant à des pénétrations effrénées et multiples. Commentaires de la psychanalyste Françoise Wilder, qui lui a consacré un livre à partir d’entretiens menés avec elle durant plusieurs mois : "Elle était satisfaite de ne pas s’être sentie empêchée. Elle parlait de vacuité, de perte de soi, d’évanouissement de soi. Elle se donnait comme seule limite la maltraitance physique. Tout dépend comment on traverse cette image d’avilissement de soi et comment on en revient. Cela nous va-t-il, cela ne nous va-t-il pas ? En éprouve-t-on un sentiment d’horreur, de perte de soi ? Et si me perdre me va ? Et si nous avons reconnu dans cette perte-là quelque chose de nous, comme un enjeu de jouissance ?

Certaines femmes cherchent dans le temps du rapport sexuel à être destituées à leurs propres yeux." » 

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 07:33

Pascale Molinier part donc de cette phrase de Dany Laferrière, « il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale », pour comprendre ce qui se passe, du moins dans le roman de Laferrière, quand un Nègre et une Blanche couchent ensemble.

(Les majuscules sont là pour rappeler que ces termes désignent des types, et non des personnes; ils désignent « les fantasmes culturels qui érotisent ces catégories » (p.237))

 

Je cite assez largement :

« Ce que fait apparaître l'enchevêtrement du désir hétérosexuel avec la race est qu'il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale. Les trois couples de positions, toutefois, ne sont pas symétriques. Blanc-Blanche et Nègre-Négresse sont des configurations au service de la jouissance masculine, sinon exclusivement, du moins prioritairement. Seule la relation Blanche-Nègre aurait le pouvoir d'assouvir la libido des deux partenaires parce qu'elle subvertirait, pour chacun, son propre assujettissement à son rapport de domination. La Blanche s'affranchirait de sa position dominée dans le rapport de genre, tandis que le Nègre s'affranchirait de sa position de dominé dans le rapport social de race. » (p.235)

 

(Parenthèse sur la forme : dans ce passage Molinier utilise le conditionnel ; elle suggère que son point de vue ne se superpose pas nécessairement avec celui de Laferrière ; dans la suite c'est beaucoup plus confus.)

 

Question : est-ce que dans cette configuration (relation Blanche-Nègre) la femme jouit davantage parce qu'elle n'est plus dominée (elle s'émancipe de son rapport de domination de genre) ? (Elle jouit grâce à plus de « liberté », elle est davantage sujet, son plaisir prend source dans l'effacement de ses entraves...)

Ce n'est pas ce que laisse entendre Molinier dans la suite.

Ou plutôt... c'est plus compliqué.

 

En gros (si j'ai bien compris), Pascale Molinier avance, en s'appuyant sur Laferrière, que... oui, la Blanche est « davantage libre » dans sa relation (de sexe) avec le Nègre. Mais que fait-elle de cette liberté ? La Blanche est « plus libre » qu'avec le Blanc de laisser libre cours à ses fantasmes... de domination (comprendre : d'être dominée).

Et on en vient à ce mystère opaque et total, pour moi : ce tas de fantasmes dont parle Molinier, qui a trait au viol, aux travaux domestiques, à la domination en général ; les femmes – ou des femmes – auraient en elles le fantasme ou cette gamme de fantasmes qui les fait jouir en étant (ou en jouant ?...) les esclaves soumises, les objets de. (« les fantasmes culturels de viol peuvent s'exprimer sans risque » p.239, « fantasmes de soumission » p.239, « le fantasme d'être l'esclave d'un homme déprécié » p.240, « un autre fantasme féminin... celui de « faire la vaisselle » ou plus largement d'offrir un service domestique » p.241, etc.)

?

Cette idée est un peu comme une statue de l'île de Pâques, pour moi. Ronde, sans porte d'entrée, arrivée on ne sait pas d'où ; dont je ne nie pas l'existence : je ne sais pas.

Je crois qu'à une époque j'aurais illico crié au scandale et à la connerie, à la manipulation idéologique, même pas subtile en plus, mais bien grossière ;p.

Aujourd'hui non ; je dis juste : je ne connais pas, je ne comprends pas, je veux rentrer à l'intérieur, expliquez-moi ça.

 

« Le paradoxe de la relation Nègre-Blanche est de répondre à des fantasmes qui sont précisément ceux dont les protagonistes aimeraient bien ne pas les avoir parce qu'ils les savent implantés de l'extérieur et qu'ils inscrivent au coeur de leur désir leur position de dominé. Avec un homme qui ne la domine pas socialement, la Blanche s'autorise à laisser cours à ses fantasmes d'être dominée sexuellement. » (p.238)

(Dans ce passage et dans la suite, il est clair que le fantasme « d'être dominée sexuellement » est majoritairement le fait de la femme – bien sûr Molinier ne tient pas un discours essentialiste ; mais la possibilité d'une telle configuration fantasmatique chez l'homme n'est pas questionnée.)

 

Il m'est d'avis qu'il faut prendre au sérieux l'idée de ce fantasme. En tout cas, j'en ai envie.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 12:00

Depuis un moment j'ai envie de causer des milliers de petites questions pointues qu'a éveillées en moi la lecture d'un article de Pascale Molinier (toujours dans Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination ) : Autre chose qu'un désir de peau... Le Nègre, la Blanche et le Blanc dans deux romans de Dany Laferrière. Je n'ai jamais rien lu de ce romancier.

Mes questions épineuses agaçantes tournent autour de la sexualité.

 

Pascale Molinier n'est pas sociologue ; elle parle d'un endroit d'où je n'ai pas l'habitude d'entendre causer – la psychologie, à laquelle je ne connais pas grand chose en dehors des petits éclats de soleil lumineux puisés par là (et de mes vagues réminiscences des lectures de Freud en terminale, mais alors là... ;p). Elle utilise d'ailleurs Freud : Trois essais et Contribution à la psychologie de la vie amoureuse.

 

Cet article m'a fait penser à Peaux noires masques blancs de Frantz Fanon ; là aussi il est question de Nègres, de Blanches, du Blanc, et de sexe.

Molinier traite de la façon dont travaillent et s'imbriquent les rapports de pouvoir de race et de genre dans la sexualité, dans le sexe qu'on fait – mais pas seulement pour redoubler le pouvoir ou la domination – au contraire : pour peut-être les déformer, les gauchir, les tordre.

 

Le premier livre sur lequel elle se penche s'intitule « Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer » ; c'est le premier roman de Dany Laferrière (1985) ; « il se présente comme une auto-fiction relatée à la première personne du singulier, et narre dans un registre où prévaut l'autodérision la vie sexuelle d'un jeune romancier noir fauché avec de jeunes femmes blanches intellectuelles de la bourgeoisie montréalaise » (p.233).

 

Dans l'introduction de l'article, en citant Foucault et Teresa de Lauretis, P. Molinier annonce qu'elle veut interroger les sexualités hétérosexuelles de la même façon qu'on a questionné et ausculté les « sexualités alternatives » ; elle veut en particulier centrer son regard sur le désir hétérosexuel féminin, peu interrogé selon elle dans la tradition féministe parce que rabattu sur la question de l'oppression.

Je ne suis pas a priori très attirée par les études de textes littéraires, mais à la lecture de cet article j'ai réalisé à quel point l'immense corpus des scènes de sexe dans la littérature pouvait être intéressant – écrites par des hommes, par des femmes, « que racontent-ils/elles ? »

 

L'oeuvre de Dany Laferrière « interrog[e] l'hétérosexualité sous l'angle des rapports sociaux de race dans un contexte intellectuel post-colonialiste » (p.223) ; la « race » va nous permettre de mettre au jour quelques-uns des mécanismes de désir, de pouvoir et de plaisir propres à certaines sexualités hétérosexuelles, masculines et féminines.

 

Les petites et grandes questions fourmillantes qui ont pris possession de moi à la lecture de Molinier sont de deux ordres, bien différents ; pour faire simple, on dira que les unes touchent à la forme et les autres, qui me tourmentent davantage, au fond :

 

  • forme : non non il ne s'agit pas de la mise en page qui me heurte ni du choix de la taille de caractères... Cela touche au statut du propos de Molinier : à la lire, je ne sais pas où elle se situe - si elle reprend les citations de Laferrière à son compte, ou non. Citation, ou plutôt principe qu'elle pose au fondement du roman de Laferrière : « il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale » p.235. C'est tout de même une allégation énorme – on ne peut pas la lâcher comme ça l'air de rien dans la nature, construire toute la démonstration de son article dessus, sans jamais... ne serait-ce qu'énoncer clairement d'où elle vient, et comment on se situe par rapport à elle. Non ? Du coup je ne sais pas bien qui parle dans cet article, Dany Laferrière ou Pascale Molinier. Un romancier ou une chercheuse en psychologie. Et ça me gêne. [De la même façon que le statut flou des citations de Freud me gêne – mais j'y reviendrai.]

  • fond : si je laisse de côté Freud, Laferrière, Molinier et même son article, si j'arrête de me demander qui dit quoi qui abuse et à qui je vais retirer son diplôme du cnrs , me restent d'abyssales interrogations sur la relation sexuelle inégale et d'autres tsunamis jetés au hasard des pages, comme le « fantasme domestique », et « le fantasme du viol ».

 

Et je vous abandonne dans cet abîme de perplexité jusqu'au prochain post

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 16:44

 La deuxième et dernière fois où je me suis incrustée au séminaire de Fassin & Lagrave, on y causait âge et genre, et maculinités en Colombie. J'ai commencé par me tromper d'heure, et j'ai raté les 45 premières minutes du truc. Quand je me suis assise en catimini – enfin, j'eus aimé que ce fût en catimini... - en haut de l'amphi, Juliettes Rennes était en train de parler dans son micro, tout en bas, du dernier numéro de la revue Mouvements coordonné par elle : la Tyrannie de l'âge.

 

Trois petites choses que j'ai retenues, furtivement, de la discussion sur âge et genre, dans le petit morceau que je n'ai pas raté :

 

1. De la même manière que la « race », la classe et le « sexe » se signifient les uns les autres, l'âge peut signifier d'autres rapports de pouvoir : quand on parle de « bande de jeunes », par exemple, on ne dit pas seulement l'âge (comme il pourrait sembler) ; l'âge signifie la classe (populaire) et la « race » (« noirs et arabes »).

 

2. Les rapports de genre, de « race » et de classe jouent sur la façon dont l'âge est perçu : les ouvriers, les immigrés et les femmes sont jeunes plus longtemps, et vieux/vieilles plus tôt. Jeunes plus longtemps : l'expression « jeunes femmes », par exemple, est utilisée jusqu'à un âge (objectif) plus avancé que ne l'est l'expression « jeunes hommes » ; ils et elles sont ainsi tenu.e.s plus longtemps dans un état de minorité symbolique. Rapidement perçus comme vieux/vieilles : et ainsi « hors circuit ». Pour les minorités, l'âge d'adulte dure peu; le fait d'être adulte est un privilège qui a à voir avec le « sexe », la « race » et la classe.

 

3. Juliette Rennes l'a évoqué (ce thème est explicitement abordé dans le numéro de Mouvements), et Rose-Marie Lagrave a insisté et développé : les femmes vivent plus longtemps, de ce fait les femmes vieilles sont plus nombreuses que les hommes – or il semble que la problématique de l'âge et de l'âgisme soit absente des réflexions et luttes féminstes.

La figure de la rivalité entre les femmes jeunes et les autres femmes, et les femmes vieilles, quant à la beauté et la séduction, est un pan du sexisme ; la question de la solidarité intergénérationnelle dans le féminisme doit être posée. Le corps âgé ne fait l'objet d'aucune attention féministe, les vieilles sont laissées à elles-mêmes. Pas de prise en charge par le féminisme de la vieillesse – pas de réelle réflexion, non plus, autour de la notion de « mort dans la dignité ». Dans une société productiviste qui vante l'indépendance à tout prix, la fragilité, la vulnérabilité sont des valeurs négatives...

[Un article est consacré à une maison de retraite autogérée fondée par une militante féministe, Thérèse Clerc : la Maison des Babayagas, "maison de retraite autogérée, citoyenne et écologique".]


La vieillesse peut être un moment de subversion de plus !

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 16:42

  Suite à la question d'un étudiant, Dorlin s'étend un peu plus sur le rapport entre savoir et militantisme. Une certaine conception du savoir pose que pour être objective, la connaissance doit être « neutre », coupée du monde et de ses enjeux politiques. Une autre conception prend pour point de départ que la connaissance neutre n'existe pas - l'alternative n'est qu'entre un savoir partisan qui s'aveugle sur son caractère situé et le pouvoir qu'il sert, et un savoir qui énonce clairement d'où il parle (la revendication de neutralité faisant par ailleurs partie des stratégies pour imposer son point de vue). Cette seconde conception du savoir s'inscrit dans la lignée des théories foucaldiennes qui lient connaissance et pouvoir, notamment au travers du concept de « savoir-pouvoir ».

 

  "Toute connaissance est le produit d'une situation historique, qu'elle le sache ou non. Mais qu'elle le sache ou non fait une grande différence ; si elle ne le sait pas, si elle se prétend "neutre", elle nie l'histoire qu'elle prétend expliquer [...]. Toute connaissance qui ne reconnaît pas, qui ne prend pas pour prémisse l'oppression sociale, la nie, et en conséquence la sert objectivement." Christine Delphy (citée par E. Dorlin dans "Sexe, genre et sexualités" - bé je vous mettrai la référence exacte plus tard hein les cocos, parce que là, le livre, je l'ai pas -  je l'ai prêté à une copine.... )

 

 

Dorlin donne un exemple que j'ai trouvé très intéressant du lien fécond entre construction de la connaissance et militantisme : celui du rapport entre la communauté scientifique et les militants de l'association Act Up dans les premières années du Sida. Les scientifiques ont d'abord voulu tenir à l'écart les militants (sans jamais y parvenir) ; les interventions / interférences de l'association étaient uniquement perçues comme parasites. Force leur a été ensuite de reconnaître que les militants avaient construit un véritable savoir à partir des points de vue des malades : les expériences des sidéens quant aux manifestations de la maladie, aux impacts de tel ou tel médicament, à l'influence de tel ou tel facteur constituaient un savoir que la communauté scientifique ne pouvait pas élaborer à partir de son seul point de vue.

(Pour d'autres développements sur l'épistémologie du point de vue, quelques textes en anglais ici, (et plein d'autres en tapant "standpoint feminism" dans Google ) ; un peu de confiture en français par ici sur la méduse. L'une des principales théoriciennes de ce courant est la chercheuse américaine Sandra Harding, qui a en particulier publié en 2004 "Feminist Standpoint Theory Reader".)
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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 17:01

3. Les Whiteness Studies

 

Ne peut-on penser des identités intersectionnelles qu'en prenant pour objets des femmes noires ? Des femmes noires lesbiennes ? Des femmes noires lesbiennes et pauvres ? Ne pense-t-on la race qu'avec les Noirs, le sexe qu'avec les femmes, la classe qu'avec les ouvriers ?... (bé non bien sûr ehe...)

[Les caractéristiques du dominant sont invisibilisées : le Blanc n'a pas de couleur, le parisien n'a pas d'accent... ;p]

Ce qu'on appelle les Whiteness Studies consiste à porter son attention sur les dominants, en tant qu'ils sont, eux aussi, situés, marqués, en tant qu'ils incarnent tout autant que la femme noire lesbienne l'imbrication de la classe, du « sexe », de la « race ». C'est par exemple la démarche qu'ont adoptée Elsa Dorlin et Catherine Achin quand elles ont pris pour objet le corps de Nicolas Sarkozy, dans leur article Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président.

Ces recherches s'inscrivent dans l'héritage des « épistémologies du point de vue ». Pour produire de la bonne science il faut objectiver le sujet connaissant : savoir ce que l'on ne pourra pas voir, du fait de sa situation de connaissance ; il ne suffit pas d'énoncer au début de chaque article / prise de parole du chercheur/de la chercheuse « je suis une femme blanche bourgeoise etc. » (comme une sorte de rituel de contrition), comme si prendre conscience de ses propres privilèges suffisait à ne plus exercer de pouvoir / à effacer l'effet de son point de vue.

Pour produire de la bonne science, énoncent les courants de l'épistémologie du point de vue, il faut d'une part confronter de multiples points de vue différents, et d'autre part reconnaître le privilège épistémologique des points de vue dits minoritaires.

 

4. Le féminisme post-colonial

 

Cette quatrième et dernière façon de répondre puise à de multiples sources. Pour Elsa Dorlin, the texte de ce courant est l'article de Chandra Talpade Mohanty : Sous le regard de l'Occident : recherche féministe et discours colonial. Cet article est traduit pour la première fois en français dans le bouquin ; c'est une version remaniée de celui d'abord édité en 1984.

Ce courant fournit en particulier des outils pour penser les résistances.

 

[ Avec la bénédiction d'E.D., je me suis ruée sur le dit article après avoir lu deux fois l'introduction et l'article d'Evelyn Nakano Glenn. Et je suis tombée sur un os : j'ai été très déstabilisée par Mohanty. J'y reviendrai sans doute dans un post ultérieur... (comme je sais que ça doit passionner les foules... ;p) ]

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 10:42

Contre le solipsisme blanc : l’une des grandes revendications des mouvements de femmes blanches a été, historiquement, le droit de refuser l’assignation à la maternité. La norme de féminité (blanche) supposait / suppose douceur, tendresse, moralité, autant de qualités qui font des femmes des êtres devant s’accomplir et s’épanouir dans la maternité. Mais la norme imposée au travers de l’histoire aux femmes noires a été tout autre : les femmes noires ont été construites comme rustres, méchantes, sans moralité, sans instinct maternel. Beaucoup d’entre elles ont été stérilisées de force. L’enjeu pour elles a été, tout au contraire, d’être reconnues dans leur statut de mères. Le rapport de genre n’opprime pas de la même manière les femmes blanches et les femmes noires ; il n’opprime pas de la même manière toutes les femmes.

Les types d'outils théoriques dont on dispose pour penser le genre en lien avec les autres rapports de pouvoir :

1. le renouvellement du féminisme matérialiste :

 … en particulier au travers d’une analyse de la division du travail de reproduction entre les femmes elles-mêmes. Pour que certaines femmes puissent développer une éthique du care (de la compassion, du souci de l’autre, etc.), il faut que d’autres s’occupent de torcher les gosses. Si toutes les femmes sont davantage que les hommes assignées au travail de reproduction, certaines le sont plus que d’autres, et certaines sont assignées aux travaux les plus pénibles / sales / avilissants. Lesquelles ? bé, les non-blanches. (voir Heidi Hartmann)


"cette « surassignation » [des femmes appartenant aux minorités racialisées aux travaux domestiques les plus socialement dévalorisés] les exclut paradoxalement de la norme dominante de la féminité : racialisées, elles sont bien la condition matérielle de la production d’une norme de féminité (et de ses prérogatives morales), dévolue aux soins et au souci d’autrui, dont elles ne tirent pourtant pas les bénéfices symboliques." (p.9)

 2. l’intersectionnalité :

Le concept d'intersectionnalité est élaboré par Kimberlé Crenshaw à la fin des années 1980. Il s'agit pour elle de trouver des outils pour critiquer le droit et les politiques publiques de luttes contre les discriminations : le droit crée des catégories rigides et univoques comme « la race » ou « le sexe » au regard desquelles on peut être discriminé (et porter plainte) ; ces catégories sont pensées séparément, et ne peuvent, le cas échéant, que s'ajouter, de manière arithmétique (la classe + le « sexe » + « la race »...) Or, l'expérience que font, par exemple, les femmes noires du racisme et du sexisme ne peut être décrite en termes additionnels : les discriminations et la domination qu'elles vivent au quotidien ne sont pas faites d'une couche de sexisme « pur » à laquelle vient se superposer une couche de racisme « pur » ; il s'agit bien d'une expérience de nature différente de celle des femmes blanches et des hommes noirs.

Elsa Dorlin insiste sur le fait que ce concept d' « intersectionnalité » a été forgé dans un contexte bien précis (celui des études critiques du droit). (Comment penser l'imbrication des discriminations quand le droit oblige à les penser de façon additive ? Ne peut-on pas construire de nouvelles catégories de droit ? Comment faire pour que la lutte contre la violence faite aux femmes noires ne produise pas des effets racistes ?) Il n'est pas certain que ce concept fonctionne en dehors du champ de la critique du droit : E. Dorlin invite à prendre garde aux usages abusifs de cet outil théorique.

 

(Zà suivre, les deux autres et derniers courants décortiqués... whiteness studies & féminisme post-colonial....)

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Présentation

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Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si !)
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Thèmes abordés chez la méduse : féminisme, théorie féministe, genre - militantisme, sciences sociales, racisme aussi (... etc.?)
Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

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