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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 07:48

J'ai évoqué dans le post précédent le courroux déclenché par ma lecture d'une phrase de Christine Détrez et Anne Simon (ou de l'une ou de l'autre – laquelle, je ne saurai jamais ), dans leur ouvrage A leur corps défendant. Les deux chercheuses y examinent les représentations du corps et de la sexualité dans un certain nombre de romans francophones récents écrits par des femmes ; mon irritation est née d'un passage portant sur l'œuvre d'Anne Garréta.

Je n'ai encore jamais lu cette auteure ; ma bib possède quatre de ses romans, dont le fameux « Pas un jour » sur lequel portent les critiques de D.& S. - je vais m'empresser de l'agripper, et de me plonger dans ses lignes, pour tenter de me faire une opinion plus personnelle et directe de ces « caricatures viriles » ( ? ) qu'épinglent les chercheuses.

En attendant ce rendez-vous avec le texte, je me risque à poser quelques pierres, qui m'aideront peut-être à y voir plus clair par la suite, une fois le livre en main.

 

Deux sources à ces pierres :

 

D. et S. déplorent de façon générale une pauvreté du discours sur la jouissance féminine dans les romans qu'elles étudient, et font le constat d'une reconduction des représentations traditionnelles (p.33) et d'un « simple décalque au féminin des clichés masculins les plus éculés » (p. 32). L'exemple d'Anne Garréta leur semble néanmoins « intéressant parce qu'ambivalent » (p.33).

[ La qualification d'Anne Garréta qui étaie leur point de vue est pour le moins maladroite : elle se voit définie, sous leurs plumes, comme une « auteure qui assume son homosexualité et qui se représente comme de genre masculin ». « Assumer » son homosexualité est une expression un peu limite, je trouve – ou disons mal contrôlée ; mais bon, je ne fais pas de chasse aux sorcières . Pour ce qui est de « se représenter comme de genre masculin », je suis incertaine, mais sceptique : je n'ai trouvé nulle trace de cette représentation dans mes recherches ; il me semble que la réflexion que mène Anne Garréta sur le genre et sa manifestation dans la langue est complexe, subtile, et ne se laisse pas résumer à cela (voir par exemple l'article d'Eva Domeneghini sur ce sujet). Je me risque à penser que Détrez et Simon ont un peu vite conclu de l'absence de détermination de genre de certains des narrateurs des romans de Garréta, et de la présentation (vestimentaire, corporelle) de l'écrivaine (qu'on peut décrire comme masculine), à cette auto-représentation de soi comme de genre masculin – ce qui est tout de même autre chose. Mais bref. ]

Cette complexité est toutefois rapidement évacuée au profit d'un jugement presque sans appel sur « une série de portraits où le féminin défini comme pur objet du désir relève du cliché et où les comportements lesbiens sont calqués sur des modèles réputés « typiquement » masculins, lesquels, loin d'être remis en cause, en sortent justifiés » (p.34). En résumé, pour Simon et Détrez, Anne Garréta amène un peu plus d'eau au moulin de la réification de l'essence féminine et de la Différence des sexes.

 

D. et S. semblent hésiter quelques instants avant de fermer définitivement la porte sur Garréta. Elles citent alors Judith Butler, pour se demander si Garréta, par cette « exhibition volontaire des codes relevant du masculin et du féminin » (p.35) n'apporterait pas, finalement, un peu de trouble dans le genre...

Mais non, finalement non. De trouble il n'y a point dans l'œuvre d'Anne Garréta. Et les chercheuses de citer un autre passage de Trouble dans le genre :

« on peut jouer sur l'ambiguïté au niveau du genre sans pour autant jeter le trouble dans la norme en matière de sexualité ni la réorienter » (Judith Butler, p.34)

 

Ce passage de Butler est pour moi une boîte noire que je ne parviens pas à forcer. Je n'arrive pas à savoir ce qu'avait précisément en tête Butler quand elle a écrit ces lignes. Pensait-elle effectivement à ce que visent Christine Détrez et Simon ? Porterait-elle le même jugement qu'elles sur les personnages du roman de Garréta ? Ou songeait-elle à tout autre chose ?

 

Je vais tâcher d'expliquer ici l'interprétation que font Simon et Détrez de la phrase de Butler, puis je tâcherai de remettre un peu dans son contexte la citation de Butler. Dans l'espoir que quelqu'une / quelqu'un parmi vous y voie plus clair que moi... et me fournisse la clé de la boîte .

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 16:04

  J'ausculte la seconde question soulevée par ma lecture de A leur corps défendant de Christine Détrez et Anne Simon. Ces deux chercheuses estiment, dans les premiers chapitres de leur première partie, que la façon dont les romancières femmes contemporaines mettent en mots la sexualité, loin de traduire une réelle libération des mœurs, conforte le rapport de domination de sexe.

 

D'abord, on l'a vu, parce qu'elles s'inscrivent dans les schèmes masculins d'énonciation du sexe.

Ensuite parce que la seule innovation qu'elles apportent est une inversion, et qu'une inversion, selon Détrez et Simon, n'est pas un affranchissement.

 

Chez Catherine Millet, par exemple, écrivent-elles, « l'innovation ne se situe en effet pas dans les structures de la relation sexuelle, mais plutôt dans la répartition des rôles entre homme et femme, puisque ce sont exactement les mêmes schémas narratifs que l'on retrouve, conjugués cette fois au féminin. » (p.37) Une innovation véritable et émancipatrice consisterait à inventer et mettre en scène des relations sexuelles profondément transformées, dans leurs structures même.

[Je n'adhère absolument pas à cette interprétation, pour moi la Catherine M. de son livre ne se comporte pas du tout comme un homme, il n'y a pas inversion – mais passons. ]

A quoi pourraient ressembler de telles relations, sexuelles mais aussi, pourrait-on ajouter, affectives et de couple ? On peut aller chercher par ici les nouvelles formes de sexualités, et (par exemple) chez Michel Foucault des outils pour penser de nouvelles formes de relations sociales, d'amour et d'affection.

 

Si je peux souscrire à cette aspiration à l'innovation, à l'invention, à l'ouverture des possibles, je reste néanmoins circonspecte quant aux conclusions de Simon et Détrez, quand elles affirment que l'inversion des rôles n'a aucune portée subversive. « La simple inversion des modèles garantit-elle leur affranchissement ? » (p.41) Non, répondent-elles de façon assez tranchée.

Elles s'appuient de manière très étrange à la fois sur Catherine Millet et sur Virginie Despentes pour illustrer leur propos sur les « mêmes schémas narratifs […] conjugés […] au féminin » (il me semble à moi que les personnages des deux romancières se sont justement pas du tout dans les mêmes « rôles », dans les mêmes « schémas narratifs », dans la même position vis-à-vis du pouvoir). A propos du roman « Baise-moi » de Despentes, elles écrivent : « l'homme devient un objet du désir féminin, que la femme traque et drague, un instrument pour son plaisir », ce qui rend compte pour elles d'une « structure inchangée » (p.38) du pouvoir.

Je ne suis pas certaine qu'un tel « retournement » (p.41) n'ait aucun effet, ou un effet stérile (ça existe, ça ? ) sur l'état des imaginaires, sur les représentations de soi, des autres, du genre, aucun effet sur les lectrices, sur les lecteurs, que cela ne fasse que conforter des « structures inchangées »... Même (allez carrément je me lance... ) je pense le contraire. Je pense que dans le réel comme dans les représentations et les productions culturelles, des personnes et des personnages assigné.e.s à un sexe qui se comportent selon les normes de l'autre sexe, ça a des effets. Oui, ça produit du désordre. Ça chamboule, ça dérange, ça surprend, ça met mal à l'aise, ça interroge, et aussi, simplement, ça « existe » - faire exister, dans la réalité ou seulement dans les représentations, de telles conformations produit nécessairement des effets.

(Il ne faut pas que inverser, il faut tordre et distordre dans tous les sens, inventer ; mais l'inversion aussi est une subversion, selon moi – sans compter que la simple et pure inversion n'existe pas : en retournant on crée autre chose.)

 

anneg-copie-1Je deviens radicalement super-pas-d'accord à la limite de me fâcher quand, à propos de cette question des modèles inchangés, Simon et Détrez évoquent les personnages de lesbiennes masculines. Les deux chercheuses se penchent sur l'œuvre d'Anne Garreta, romancière lesbienne mettant en scène des personnages lesbiennes et masculines dans ses livres (il s'agit, ici, de « Pas un jour »). Détrez et Simon lui reprochent carrément de faire de son personnage « une adepte des bars et du cognac, des pompes et des katas, des voitures et de la menuiserie » (p.34) (alors que quoi, elle a bien le droit d'aimer ça, et de s'arroger le bénéfice du cognac et de la menuiserie non ?) - (les femmes qui aiment ce qu'aiment traditionnellement les hommes existent, et quand bien même elles n'existeraient pas, les personnages ont « le droit » de s'arroger les privilèges et les pratiques masculines...)


Et surtout, il y a cette phrase hallucinante : « on relève néanmoins ici, de la part de l'auteure, la volonté de donner une voix littéraire à une certaine catégorie de lesbiennes aimant se comporter selon ce qu'elles estiment, naïvement, fantasmatiquement ou théoriquement, relever de la masculinité [...] » (p.34).

« Naïvement » ?? « fantasmatiquement » ? Cette phrase sonne à mes oreilles de façon franchement condescendante. Comme si s'habiller ou marcher de façon masculine était un délire un peu puéril et superficiel (« elles sont gentilles mais un peu cons, elles ont pas bien compris les pauvres »). La performance de ces lesbiennes masculines n'est pas davantage une performance, pas davantage fausse, jouée, que la performance que réalisent chaque jour Détrez et Simon, quelle qu'elle soit – ultra féminine sophistiquée, tailleur, ou pantalon, cheveux courts ou longs, maquillage ou pas – elles pourraient tout autant avoir à rendre compte de leur tailleur qu'une lesbienne masculine de son treillis. Il me semble que les femmes qui par leurs postures, leurs tenues vestimentaires, leurs goûts, leurs hobbies, leurs façons de parler, leur être-au-monde et leur hexis corporelle distordent la (ou plusieurs) norme(s) de la féminité en vigueur, et peuvent être décrites comme « masculines », ne se livrent pas à un petit jeu, une expérience, comme on peut se déguiser, mais que ce qui est en question est quelque chose de bien plus profond et essentiel, qui a trait à la présentation de soi, à la place qu'on se fait et se cherche dans le monde social, au rapport intime à soi-même – que la phrase de Détrez et Simon balaie d'un revers de la main.

[Et ce que j'écris à propos du lien entre soi intime et, finalement, « identité sexuée performée » (tenue vestimentaire, hexis corporelle, etc.) ne s'applique pas qu'aux « femmes masculines » (ou aux hommes féminins...) mais bien à tous et toutes ; mais il semble que l'aspect « superficiel » (naïf, faux, immature, joué) ne surgisse sous la plume et dans l'esprit de Simon et Détrez que pour ces femmes masculines.]

Le petit sourire supérieur que traduit le mot « naïvement » m'apparaît comme la marque de pouvoir de Détrez et Simon, bien assises dans leur performance de femmes féminines (intellectuelles et bourgeoises), en position d'étiqueter comme « déviante » la performance de femmes masculines, et en rendant compte par une explication (la naïveté, le fantasme, l'erreur enfin) qui dénie à ces personnes un véritable statut de sujet.

Ce jugement à l'emporte-pièce est pour moi d'une violence et d'une bêtise hallucinantes.

[L'ironie est que les deux chercheuses citent Butler à peine quelques lignes plus loin. ??? ]

 

Bon ok je me calme .

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 07:31

  Je périphrase ici autour d'un livre de Christine Détrez et Anne Simon : A leur corps défendant, dont la première partie a pour diverses raisons troublé ma tranquillité d'esprit (c'est bien dit ? ).

 

La dite partie s'ouvre par un chapitre sur la sexualité – ou plus exactement, sur la façon dont les romans du corpus abordent la sexualité. Que les femmes écrivent sur le sexe est un phénomène relativement nouveau, on peut donc se demander, avec Détrez et Simon, si ces pages sont différentes de celles des romanciers hommes, et ce qu'elles apportent (ou pas) en termes de représentations, transformations, créations. Le verdict des chercheuses est assez sec : rien de neuf.

Je ne suis pas sûre de comprendre, toutefois, ce sur quoi se fonde leur jugement.

 

ill1.jpg

Elles commencent par relever la « préciosité et […] l'euphémisme aux antipodes des réalités qu'elles sont censées décrire », une « tradition métaphorique de bon ton » (p.30).

Je n'ai d'abord pas compris leur propos. S'il n'est pas question de juger de la qualité littéraire de ces textes, comme elles l'énoncent en introduction, alors quel est le sens de cette critique ? (S'agit-il seulement de dire : elles font comme les hommes (sur quelque point que ce soit), pour déclarer que cette soit-disant émancipation n'est qu'une posture (p.30) ?)

Puis je me suis demandée si pour elles, écrire sur le sexe à la façon d'une femme véritablement libérée ce serait nommer avec trash les choses et les actes ? Du texte hard core pour être féministe ? Comme si Détrez et Simon attendaient que les femmes émancipées marchent en roulant les épaules et s'assoient en écartant les genoux, et écrivent, de la même façon, en dehors de leur hexis corporelle et du carcan de leur socialisation genrée ; comme si la « préciosité » et « l'euphémisme » s'apparentaient aux décors fleuris de tasses en porcelaine, aux cartes postales de chats, aux calendriers de petits anges ; comme si parler de sexe en femme libérée, du coup, c'était mettre les pieds dans le plat, appeler un chat un chat – faire sa grosse bourrine. Parce qu'aussi, sans doute, ne pas nommer ces choses-là est un pli spécifiquement féminin – alors les femmes se seraient mises à en parler et à écrire dessus à foison, mais pas totalement « libérées », gênées aux entournures, elles seraient rattrapées par un sentiment de honte ou une retenue qui ferait surgir dans leurs textes la métaphore et l'allusion ? - et leurs scènes de sexe se seraient mises à ressembler à d'adorables shojo roses bonbon... (Je ne suis pas vraiment convaincue.)

 

Elles déplorent ensuite un « simple décalque, au féminin, des clichés masculins les plus éculés » (p.32). Par « simple décalque au féminin », elles entendent une reprise de l'imagerie masculine, mais dans laquelle le personnage féminin occupe la position symbolique de l'homme : elles citent par exemple Alina Reyes qui parle du clitoris de son héroïne comme d'un phallus, une verge, une bite (les trois termes sont employés dans les quatre lignes citées) (p.32). Je ne suis pas d'accord avec leur analyse ; pour moi il y a bien là une portée subversive (indépendamment de toute considération sur les qualités littéraires du texte : comparer le « clitopénis » à un « serpent rapide » est peut-être un « cliché éculé », mais c'est là un jugement esthétique et non politique...). (Je reviendrai dans le post suivant sur cette question de « l'inversion ».)

 

 

Elles déclarent finalement : « certaines auteures peinent à trouver ces « mots des femmes » tant recherchés » (p.30).

J'avoue que je ne comprends pas de quoi elles parlent. Les citations qui émaillent leur démonstration me laissent interdite ; je trouve ça parfois (ok, souvent ) assez ridicule, nul et de pacotille, d'un point de vue esthétique et littéraire, mais je ne vois pas du tout pourquoi c'est censé se calquer sur les représentations masculines, ce qu'il y a d'exclusivement masculin là-dedans, ce que peut signifier le « érotiquement correct », et ce que pourraient ou devraient être les « mots des femmes » pour parler de sexe.

(Je lis donc ces pages avec les sourcils haut relevés.)

Quelques indices me sont livrés plus loin – un aperçu de ce que Détrez et Simon pourraient concevoir comme un point de vue « de femme » (non aliéné, non écrasé) sur la sexualité : « qu'à la violence se substitue l'humour, et aux termes masculins l'invention de néologismes ou l'emploi de termes érotiques peu usités » (pp.37-38).

Ah.

 

Assez étrange, comme thèse. Intéressant, certes.

Sur les néologismes : en gros, puisque depuis des siècles ce sont les hommes qui ont écrit sur le sexe, les mots qui parlent de sexe sont ceux des hommes – et irrémédiablement ceux des hommes. Parler de sexe d'un authentique point de vue de femme, ce serait alors nécessairement inventer de nouveaux mots. (De nouvelles images, de nouvelles métaphores... un nouveau langage... mais c'est un peu fatigant ça tout de même non ?)

Y a-t-il un langage des hommes pour parler de sexe ? (et un seul ?)

Est-il impossible que des femmes fassent du sexe la même expérience que celle qu'en font des hommes ? (... le cas échéant, une expérience de maîtrise, de domination...) - ne peuvent-elles pas alors utiliser les mêmes mots, les mêmes métaphores ?

Cette histoire de « mots de femmes » me laisse perplexe, depuis longtemps. Je ne comprends pas bien ce qu'on peut entendre par « écriture féminine » (quand on désigne par là non pas seulement une écriture qui se trouve être celle d'une femme, mais une écriture résolument différente car née d'une plume de femme). Je peux comprendre l'importance du point de vue féminin : une femme romancière n'écrit pas la même chose parce qu'elle n'a pas vécu la même chose qu'un homme romancier, elle n'a pas la même expérience, un homme n'a pas accès aux mêmes pans de la réalité (les différences de race et de classe sont aussi structurantes, comme celles de génération, de pays, etc.). En ce sens, je reconnais avec force qu'il est important qu'Annie Ernaux soit une femme, et qu'un homme n'aurait jamais écrit ses romans (de la même façon qu'il est signifiant que James Baldwin soit un homme Noir gay...). Les femmes auteures ont donc des points de vue sur la sexualité, qui ne se confondent pas avec ceux des hommes. Mais des « mots » ? Une « nouvelle forme d'expressivité du franchement sexuel » (p.32) ? Je ne sais pas. Je comprends mal.

 

(Et franchement - pourquoi les femmes devraient être marrantes tandis que les hommes sont violents ??? )

 

Une chose me dérange vraiment, dans tout ce passage : la façon qu'ont Détrez et Simon de mettre (par exemple) Catherine Millet, Alice Ferney et Virginie Despentes dans le même panier – la différence de positionnement est pourtant flagrante... Elles les citent indifféremment, sur le même plan, en font le même traitement – ce qui génère chez moi une impression de bric-à-brac.

 

Ça écrase tout - et je ne sais pas si on peut encore comprendre, quand tout est écrasé...

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 18:36

  Comme je cherchais des références sur la littérature (la lecture et l'écriture) et le genre, je suis tombée sur le nom de Christine Détrez (boum). J'ai regardé par curiosité ce que ma bib avait en stock de cette auteure, et j'ai trouvé ce bouquin, coécrit avec Anne Simon : A leur corps défendant. Sous titre : Les femmes à l'épreuve du nouvel ordre moral. Publié au Seuil en 2006.

Anne Simon est prof et chercheuse en lettres (des lettres qu'elle fait discuter avec les sciences humaines) ; Christine Détrez est sociologue et travaille à la fois sur la littérature, le genre et le corps.

 

detrez.jpgSi j'ai eu envie de vous parler ici de ce livre, c'est que sa première partie m'a gênée, et a soulevé en moi des questions. Je ne suis décidément pas à l'aise avec l'usage de la littérature par les sciences sociales... non pas que j'estime qu'un tel usage est illégitime ou stérile – bien au contraire – mais parce que souvent, je trouve que les objectifs, les conditions et les significations de cet usage sont confus.

 

Avant tout une remarque un peu débile – mais tout de même : parfois je ne comprends pas la façon dont les auteur.e.s et éditeurs /trices choisissent les livres de leurs bouquins – ici, certes c'est joli ça tape, mais impossible de deviner en lisant ce titre (et ce sous-titre) de quoi il est réellement question : d'art et de littérature. [ Le résultat, c'est qu'en parcourant le rayon « socio - femmes » de ma bib, je trouve tout un tas de bouquins, dont les titres font figures de formules interchangeables – L'emprise du genre, La loi du genre, etc. - l'impression que dix bouquins parlent de la même chose, alors que pas du tout ! ]

 

Les deux chercheuses analysent un corpus, composé en grande partie de romans, mais aussi de films et d'œuvres plastiques. Ces romans / films / œuvres sont tous le fait de femmes. Le corpus est défini plus rigoureusement s'agissant des romans : Détrez et Simon examinent la production d'écrivaines francophones métropolitaines, ayant connu un certain succès dans les librairies et les médias depuis le début des années 1990.

Partant du constat que « le corps féminin sature […] l'espace public comme les débats » (p.11), elles analysent la façon dont ce corps apparaît et est traité dans ces différentes œuvres. Elles cherchent à « saisir des représentations artistiques et symboliques comme d'un matériau pour appréhender les réalités sociales » (p.16), « mesurer ce qu'il en est de l'expression du corps, posée comme instrument de libération dans les années soixante-dix » (p.18), « mesurer, trente ans après les programmes d' « écritures féminines », les effets de la prise de parole des femmes au sujet de leur corps, dans l'expression artistique comme dans les représentations communes » (p.20).

Leur conclusion est relativement pessimiste : « derrière l'apparente libération des mœurs et des propos, ce qui se joue actuellement c'est bien la dangereuse perpétuation d'une forme d'essentialisation du féminin », énonce la quatrième de couv'.

Voilà pour la présentation du bouquin, qui arbore en couverture une œuvre de Louise Bourgeois, « la femme couteau ».

 

Le livre se compose de trois parties. Dans la première, qui s'intitule « le charme discret des anciens stéréotypes », les auteures listent et analysent ce qui, à leurs yeux, fait de ces prises de paroles de femmes des échecs relatifs (échecs non pas esthétiques mais politiques). La seconde partie a davantage de résonances positives, tandis que la troisième nous replonge le nez dans la boue.

 

La lecture de la première partie du livre ne s'est pas faite pour moi sans heurts ; mes froncements de sourcils peuvent se résumer à la liste de questions qui suit :

  • que serait un récit de la sexualité qui ne serait pas modelé par le regard masculin ?

  • qu'entendent-elles par « clichés » ?

  • leur critique porte-t-elle sur les œuvres, les actes d'écriture, ou bien sur ce qu'elles révèlent, sur les réalités qu'elles traduisent et rendent manifestes ?

  • la véritable interrogation n'est-elle pas (parfois) pourquoi les femmes écrivains écrivent-elles ça ?

  • doit-on se demander si les personnages des romans sont vraisemblables (socialement) – cette question a-t-elle un sens ? peut-on lui apporter une réponse ? cette réponse est-elle importante au regard de l'usage que l'on fait des fictions dans les sciences sociales ?

  • peut-on examiner les productions de personnes considérées en tant que femmes et seulement en tant que femmes – ou ne doit-on pas plutôt élucider le point de vue de l'écriture dans sa globalité et la multiplicité de ses définitions (et donc, aussi, avec sa dimension de classe) ?

 

J'ai conscience que cela ressemble à de la ratatouille de proto-idées ; mais j'ai bien l'intention d'opérer tout cela à textes ouverts dans les prochains posts...

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 09:00

(Suite du post précédent sur La femme pacifique...)

Étudier les rapports entre le sexe / genre et l'agressivité revient pour Margarete Mitscherlich dans ce livre à se poser deux questions, qui me semblent toutes deux intéressantes. Ces questions correspondent à deux manières d'envisager la violence et l'agressivité, et leur envers, la paix et la non-violence.

M. M. se défend dès le début d'une quelconque conception essentialiste des rapports de l'homme et de la femme à la violence : « [Je dirais] d'emblée et très clairement qu'agressivité n'est pas pour moi synonyme de violence masculine pas plus que je n'assimile l'absence d'agressivité à un caractère pacifique spécifiquement féminin. » (p.11). Son approche est résolument constructiviste. Elle part du constat que la majorité des membres du groupe social des femmes développent un rapport à la violence différent de celui que la plupart des hommes élaborent.

 

La première façon d'appréhender la violence (celle qui vient sans doute en premier à l'esprit) en fait une force de destruction. Comme telle, elle doit être contenue, désactivée, exorcisée. La question de Mitscherlich est alors : « L'attitude à l'égard de la guerre et de la destruction que la femme a adoptée tout au long de l'histoire, plus ou moins sous la contrainte, peut-être servir de modèle pour une gestion moins destructrice des pulsions agressives ? » (p.8) [Oui certes, Mitscherlich écrit "la femme" - comme si LA femme avait adopté UNE attitude TOUT AU LONG DE L'HISTOIRE (dans le monde....) Mais bon, elle est psychanalyste ! un peu de tolérance donc, pour ces petits troubles de langage (et de pensée)... ]

Cette interrogation est intéressante non seulement parce qu'effectivement, un monde avec moins de guerres, moins de massacres, moins de meurtres et de tortures est un monde que nous pouvons souhaiter et travailler à faire advenir. Mais aussi parce que formuler cette question, c'est reconnaître dans ce qu'on peut bien appeler « la féminité », telle qu'elle est construite dans certaines cultures, un aspect véritablement positif, une ressource, pour l'humain en général. Le pôle féminin n'est pas pensé uniquement en termes de manque, de négation et d'aliénation (le masculin figurant le positif auquel aspirer). Quand bien même cet atout ou cette ressource serait née de la relation d'oppression, elle constitue un savoir, une compétence, qui n'est pas seulement « intéressante », « différente », ou « légitime », mais considérée (ici) comme meilleure, et que les hommes gagneraient à développer eux aussi.

Cette perspective me rappelle la réflexion menée ces dernières années autour du concept de care. Les activités de care (travail domestique, de soin, d'éducation, de soutien ou d'assistance) sont davantage prises en charge par des femmes (pas toutes les femmes), et par des personnes appartenant à des catégories subalternes. Ces personnes sont amenées, via cette expérience, à développer des aptitudes psychologiques et morales particulières liées au souci des autres.

Dans l'introduction de l'ouvrage collectif « Qu'est-ce que le care ? », Pascale Molinier, Sandra Laugier et Patricia Paperman écrivent cette phrase que j'ai trouvée assez forte :

« Le « sujet » du féminisme, en ce sens, est celui qui ne s'identifiant plus aux attributs de la féminité comme relevant de sa soi-disant nature est capable de les formaliser en savoirs que chacun est susceptible de s'approprier dans l'intérêt de tous. » (p.11)

L'attribut « pacifique » (pour reprendre l'adjectif de Mitscherlich dans le titre de son livre) est-il formalisable en un savoir, que chacun sera susceptible de s'approprier dans l'intérêt de tous, pour un monde davantage pacifié et habitable ? C'est en tant que psychanalyste que Mitscherlich part à la recherche de ce savoir, travaillant la matière de la conscience, des pulsions, des désirs, frustrations et blessures narcissiques. « Que fait la femme de ces tendances [destructrices], comment les élabore-t-elle, comment s'y oppose-t-elle pour qu'elles se manifestent de manière moins destructrice que chez l'homme ? » (p.8) Les chapitres qui suivent plongent dans la tambouille du mental et de l'affectif pour tenter d'y trouver des réponses, tournant et retournant diverses théories et hypothèses psychologiques / psychanalytiques.

 

Une seconde façon d'envisager la violence et l'agressivité met l'accent sur le pouvoir qu'elles peuvent conférer. Cette perspective découle du constat que l'agressivité n'est pas mauvaise en soi, et donc à bannir, mais qu'elle joue un rôle de premier plan dans les luttes d'émancipation, et en particulier les luttes féministes. « Aucune transformation des relations entre les sexes ne se produira sans agressivité et sans souffrance », écrit-elle. « Les conflits […] sont inévitables. Il faut les élaborer et non les éviter. » (p.20)

Mitscherlich plaide pour une reconsidération du rôle de l'agressivité pour les femmes, à rebours du courant de la « neue Mütterlichkeit » (« terme et tendance apparus dans le mouvement des femmes en Allemagne à la fin des années 1970, qu'on pourrait […] définir comme un retour à des valeurs que le féminisme avait combattues ou refoulées et qui sont traditionnellement attachées à la fonction de mère » (note pp.22-23)).

Elle note également la tendance qu'ont beaucoup de femmes à retourner leurs pulsions agressives contre elles-mêmes.

 

Les deux questions de Mitscherlich ont donc toutes deux trait à la moindre agressivité constatée chez les femmes, et aux manières diverses et complexes dont cette agressivité est contenue, étouffée ou détournée. On pourrait dire pour schématiser que Mitscherlich s'écrie tout à la fois « c'est fantastique comme ces femmes sont pacifiques il faut les imiter », et « regardez-moi comme ces femmes se laissent faire et s'automutilent il faut leur rendre leurs armes ».

Mais finalement, tenter de répondre en tant que psychanalyste à ces deux points qui semblent contradictoires revient à un seul et même (vaste) examen : celui des mécanismes relationnels, pulsionnels et sous-terrains qui produisent les femmes comme moins violentes.

On pourra à partir de là, semble écrire Mitscherlich, chercher à guérir ou à imiter.

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Published by Alix - dans Féminisme
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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 12:39

Complètement radicalement par hasard, j'ai mis la main sur un livre de psychanalyse. En réalité, c'est une grosse pile de bouquins de psycho / pschycha qui m'est tombée entre les pattes ; et je n'ai pas pu me résoudre à tous les ranger sur leurs petits rayons. Les titres étaient trop alléchants, et j'en ai gardé une partie pour faire appui-tête. Une aubaine pour m'adonner à mon nouveau sport favori : lire avec compulsion les dix premières pages de cinquante livres en même temps – sans jamais dépasser la page 11. Parmi mes trouvailles, La femme pacifique de Margarete Mitscherlich , traduit de l'allemand. Sous-titre : étude psychanalytique de l'agressivité selon le sexe. Publié aux éditions des femmes, dans la collection « la psychanalyste » dirigée par Antoinette Fouque.

 

friedfertige-frau.jpgPourquoi ce bouquin m'a attiré l'œil ? D'abord connement parce qu'il y avait le mot « femme », « la femme gnagnagna » - et parfois – souvent – j'ai envie de fourrer mon nez dans tout ce qui cause de homme / femme / sexe / sexualité / genre etc., et y compris pour y trouver du pâté pour chats (souvent je feuillette quatre pages et repose le dit-bouquin – et parfois ça dure un peu plus longtemps). Mais pas seulement : cette histoire d'agressivité (et de paix) m'intéresse particulièrement, après que j'ai assisté à ce super colloque de juin dernier, sur « la violence des femmes », et depuis qu'une armée de questions (encore une) a pris l'habitude de parader dans ma tête, à base de – dans quelle mesure / comment / pourquoi / sous quelles formes la violence peut-elle être une ressource ?

 

« L'agressivité selon le sexe », ça me parlait, donc.

Mais la bonne dame est psychanalyste. Ça n'augurait rien de bon. Au début, donc, si j'ai ouvert ce livre, ce n'était pas pour trouver des réponses ou des ressources, mais pour chercher une prise à mes critiques, exercer mon oeil déconstruktor. (J'apprends pas mal aussi avec Déconstruktor.) Mais progressivement D. s'est amolli, décontracté - presque charmé : pas con du tout, ce que j'ai lu.

 

Margarete Mitscherlich évoque l'histoire, la culture ; un titre de l'un de ses chapitres comporte même le terme « socialisation ». ( ) Et un coup d'œil sur sa notice wikipédia en allemand m'a confirmé ce que je pressentais à la lecture de son ouvrage : elle se déclare féministe.

 

Si c'est pas la révolution, ça...

[ Je découvre à la fin du volume, en parcourant la liste des autres livres de la collection, l'existence d'un bouquin intitulé « Psychanalyse et féminisme », écrit par Juliet Mitchell. ]

 

« [...] la plupart des psychanalystes jugent [...] les féministes contre nature ou ridicules et préfèrent autant que possible ne pas avoir affaire à elles. Ils les classent généralement sous l'étiquette « femmes phalliques ». D'ailleurs il est fréquent que les psychanalystes rangent tout ce qui chez les femmes ressemble à la combativité, l'affirmation de soi, l'ambition ou la créativité dans la rubrique « fourre-tout », « phallique ». Ce diagnostic est censé certifier qu'elles vivent dans un monde d'illusions puisqu'elles ne parviennent pas à se débarrasser du fantasme de posséder un pénis.

Certaines déclarations de la psychanalyse à propos de la féminité dégénèrent facilement en lieux communs sur mitscherlich.jpg« l'essence de la femme ». Une femme qui ne veut pas accepter son « manque » se détourne, selon certaines théories analytiques, de la réalité au profit de chimères. Elle n'est pas parvenue à la phase génitale, c'est-à-dire à sa « maturité de femme ».

Lorsqu'on a ainsi classé les féministes dans un système psychanalytique, il devient superflu de les prendre au sérieux car leur comportement, leurs actes, leur révolte contre une société dominée par les hommes reposent sur un fantasme. La possession d'un pénis pourrait seule rendre leur attitude légitime ; alors seulement il serait «naturel » qu'elles s'insurgent contre l'injustice qu'elles subissent quotidiennement. Dans une telle perspective, le fait que les femmes retournent contre elles-mêmes leur agressivité et leur combativité, qu'elles considèrent la famille comme le lieu privilégié de leurs activités, qu'elles se sacrifient pour leur mari et leurs enfants ou qu'elles subliment leur besoin d'amour en exerçant des professions dites de service, n'est plus que l'expression d'un « bon rapport à la réalité » ».

(Margarete Mitscherlich, La femme pacifique, pp.37-38)

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 10:35

  Je vous mets ici ma traduction d'un article de Nina Funnell, publié sur le net au début du mois de juillet dernier, et qui avait alors aiguisé ma curiosité. (Vous trouverez le texte en V.O. ici - je ne brille pas particulièrement par mes talents de linguiste ! )

 


"Un avant-goût du harcèlement sexuel pour les hommes"


"Le Web et les jeux vidéo en général ne sont pas connus pour inspirer des lectures féministes . Au contraire, les jeux vidéo classiques sont souvent critiqués pour perpétuer des valeurs sexistes et misogynes et les stéréotypes. C'est ce qui fait de ce nouveau jeu en ligne, « Hey Baby », un jeu si intéressant.

Le jeu est assez simple. Vous êtes une femme, des hommes vous approchent et vous disent des choses comme : « J'aime ton p'tit cul » ou « Excusez-moi, vous avez un petit ami ? » Ils vous crient également des obscénités et vous menacent de violences sexuelles.

Vous pouvez soit leur tirer dessus, soit leur répondre « Merci, bonne journée ». Il y a aussi d'autres femmes qui se promènent autour de vous, mais vous ne pouvez pas leur tirer dessus.

A première vue, le jeu semble tout droit sorti d'un fantasme de vengeance, développé pour des femmes harcelées sexuellement et aigries, à la recherche d'un défouloir.

Mais le jeu n'a pas été conçu pour les femmes. Il s'agiten fait une œuvre d'art interactive visant à développer l'empathie des hommes - et il semble fonctionner. Seth Schiesel, testeur de jeux vidéos pour le New York Times, nous offre un récit de son expérience de jeu. Au début, il a été choqué par l'idée que dire « wow, tu es vraiment belle » à une femme pourrait lui donner le droit de vous tuer. Schiesel souligne également qu'il serait « culturellement impensable » de voir un jeu dans lequel un homme ne peut que tirer que sur des femmes.

Mais en continuant à jouer, Schiesel dit avoir développé « une compréhension croissante » ("a swelling appreciation") pour le jeu et pour le vécu quotidien des femmes. Comme l'écrit Schiesel : « Je me suis rendu compte à force qu'il était absurde et pas réaliste de penser que dire : « Merci, bonne journée » pouvait désamorcer l'agressivité d'un homme qui vous crie au visage : « Je veux te violer »
».

Une autre
chose intéressante à propos de ce jeu, c'est que, bien que les hommes ne puissent jamais vous faire de mal, il n'y a rien que vous puissiez faire pour qu'ils cessent de débouler. Le jeu lui-même n'a pas de fin - les hommes, les commentaires et les menaces ne cessent de surgir - pour toujours. Avec raison, la violence est également présentée comme une réponse inutile.

Après des heures de jeu Schiesel a levé les mains en signe de frustration et s'est exclamé : «Mais qu'est-ce que je suis censé faire ? » Ce qui est, bien sûr, ce que d'innombrables femmes pensent tous les jours.

Il continue : «Je doute qu'aucune autre forme d'art non-interactive ait pu me procurer une expérience aussi viscérale de ce que traversent un grand nombre de femmes dans leur vie de tous les jours. Je n'ai jamais abordé une femme inconnue dans la rue. Et je ne vais certainement pas commencer maintenant, après avoir joué à « Hey Baby ». »

 

hey baby

Ce n'est pas le seul exercice conçu pour enseigner aux hommes la critique du harcèlement sexuel dans la rue. Un programme d'éthique sexuelle (notamment dirigé vers les joueurs de football) consiste à leur demander d'écrire sur des tableaux blancs ce qu'ils font chaque jour pour éviter d'être harcelés sexuellement. La plupart restent pantois et se grattent la tête.

Des femmes choisies au hasard sont ensuite introduites dans la pièce, et on leur pose la même question. Elles se mettent alors à griffonner furieusement sur le tableau. « Je reste à l'entrée de l'ascenseur pour éviter d'être coincée au fond. » « Je m'assois à l'arrière du taxi et je fais semblant d'être au téléphone. » « J'essaie de m'asseoir à côté de femmes dans les transports. » « Je porte des baggy et des pantalons quand je sors mon chien - même en été quand il fait chaud. »
Et ainsi de suite.

Les femmes sont généralement surprises de réaliser à quel point elles ont intériorisé la menace sexuelle comme inévitable et omniprésente. Les hommes sont choqués de réaliser comment les femmes ont appris à gérer leur sécurité - presque inconsciemment.

L 'exercice montre que les hommes et les femmes ont une expérience très différente de l'espace public. Pour de nombreux hommes, l'espace public est soit un lieu dans lequel ils se sentent forts (" either something they feel an entitlement over "), soit quelque chose de neutre qui doit simplement être traversé.
Pour presque toutes les femmes (ainsi que pour de nombreux hommes homosexuels et hommes d'autres groupes minoritaires) l'espace public est un lieu chargé de menaces, qui doivent être gérées.

Bien entendu, siffler une femme ou l'interpeler avec des petits noms n'est pas la même chose que l'agresser. Mais le harcèlement sexuel et le viol sont sur un même continuum.
Crier de sa voiture « hé bébé » ou « montre-nous tes seins » est une manière de rappeler aux femmes que certains hommes se sentent autorisés à manifester leur désir sexuel du corps des femmes (et dans l'espace public), sans se poser la question de savoir si cette femme en a envie ou pas, ou de ce que cela peut lui faire – pas seulement à ce moment-là, mais en général, depuis sa position sociale de femme.

Il est vrai que certaines femmes affirment aimer être sifflées (dans des circonstances où elles se sentent en sécurité, non menacées), mais la plupart des avances sexuelles dans la rue sont vécues comme non désirées, envahissantes et parfois menaçantes. Elle
s sont également profondément prédatrices. Je le sais parce que je n'ai jamais été harcelée ou sifflée quand j'étais avec d'autres hommes – cela n'arrive que lorsque je suis seule et plus vulnérable.

Le harcèlement sexuel dans la rue diffère du harcèlement sexuel au travail, en ce sens qu'il n'existe aucune possibilité de recours pour les « frappes chirurgicales » anonymes comme les avances sexuelles.

C
onvaincre les jeunes gens qu'il n'est pas « gratuit » ou « flatteur » de crier des propositions à caractère sexuel à des femmes n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire. Mais de tels exercices de jeux de rôle et de construction de sentiments d'empathie peuvent y contribuer."

 

 

Ladies, are you sick and tired of catcalling, hollering, obnoxious one-liners and creepy street encounters? Tired of changing your route home to avoid uncomfortable situations?

 

IT'S PAYBACK TIME, BOYS.....

 

 


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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 12:52

Quelques mots sur une présentation à laquelle j'ai assisté le 30 mars dernier (ça commence à dater sérieux), durant la journée d'étude sur le fait minoritaire au plus près.


Il s'agit de la présentation d'un travail de recherche en cours et non abouti, mené dans les parcs municipaux de New York par une chercheuse française, Maud Simonet, et un chercheur états-unien, John Krinsky (seule la première était venue nous exposer leur travail ce 30 mars).

Ce projet de recherche s'intitule « Who cleans your park ? », et les deux chercheurs avaient donné comme titre à leur intervention « Hiérarchies au travail : le statut, le genre, la classe et la race dans le nettoyage des parcs municipaux à New York ».

En mars dernier il et elle avaient déjà mené entre 120 et 130 entretiens avec des personnes travaillant dans le nettoyage des parcs de la ville.

 

Maud Simonet nous décrit d'abord à grands traits la situation – qui travaille dans ces parcs, sous quels statuts, dans quelles conditions, puis nous expose sur quoi leur enquête s'est focalisée et ce qu'elle a permis jusqu'à présent de mettre à jour.

 

central-park.jpgEn 1975, environ 7000 personnes étaient employées par la ville de New York pour nettoyer ses parcs ; ces travailleurs sont des figures symboliquement importantes, car ils sont les premiers à avoir obtenu le droit de se syndiquer dans le secteur public.

Ils sont aujourd'hui à peu près 2200, divisés par un système complexe qui multiplie les statuts juridiques. On peut distinguer quatre grands groupes de statuts, qui séparent les personnes embauchées directement par la Ville (1), celles salariées d'associations travaillant en partenariat avec la municipalité (2), les personnes bénévoles (3) et les allocataires du Workfare (4).

 

Depuis les années 1980 / 1990 on assiste au développement d'associations qui lient des contrats avec la ville, et emploient des personnes sous d'autres statuts avec des droits différents des salariés de la Ville (ils n'ont par exemple pas le droit de se syndiquer) ; c'est là une forme assez classique de privatisation des services publics.

Les travailleurs bénévoles fournissent 1,7 millions d'heures de travail par an, ce qui représente environ 900 équivalents temps plein.

Une autre forme de travail gratuit est fournie par les allocataires du Workfare qui doivent travailler pour recevoir leurs allocations, dans le cadre de « job training programms » (des dispositifs de « retour à l'emploi »). Ces « JTP » sont beaucoup moins payés que les deux premières catégories de travailleurs, et ne restent que six mois. Eux non plus ne bénéficient pas des mêmes droits que les autres.


Cette division des statuts autorise des formes de domination différentes.

A cette division en quatre statuts juridiques se superpose la stratification hiérarchique propre à chaque branche. La hiérarchie des statuts est très visible sur le terrain, car à chaque sous-groupe correspond une couleur Picture-North-Park-Clean-Up-2006.07.08-045.jpgd'uniforme différente. En revanche la distinction des tâches n'est pas visible du tout, tout le monde faisant à peu près la même chose, nous explique Maud Simonet.

 

Les rapports sont assez violents sur le terrain. Entre 1998 et 2008 s'est joué un long procès pour discriminations racistes envers les Noirs et les Hispaniques, portant sur les salaires et les déroulés de carrières, qui a donné lieu à un infléchissement de la politique de la direction.

 

La question du harcèlement sexuel est omniprésente.

L'enquête de Simonet et Krinsky s'est concentrée sur les JTP, majoritairement des femmes en raison du mode d'accès à ce statut (les femmes seules avec enfants fournissent le plus gros des troupes du Workfare) – tandis que leurs superviseurs directs sont majoritairement des hommes blancs.

 

Au bout de leurs six mois de travail, les JTP sont notées par leurs superviseurs ; cette note conditionne largement la suite qui est donnée à leur « job training programm » : elles peuvent soit renouveler leur contrat de JTP, soit décrocher un emploi de saisonnière, soit – mais cela n'arrive pratiquement jamais, même si c'est officiellement possible – se voir offrir un véritable poste municipal. L'influence de l'appréciation du superviseur – et plus encore la croyance des JTP dans l'influence de cette note – confère aux superviseurs un pouvoir considérable. (Ils sont les seuls à évaluer les JTP ; celles-ci peuvent certes déposer des plaintes pour harcèlement, mais elles le font très peu. Dans les faits, elles apparaissent « à la merci » de l'évaluation du superviseur).

 

central-park-1.JPGAu-delà de ce pouvoir sur l'avenir, les superviseurs jouissent d'une marge de manœuvre importante dans la gestion matérielle quotidienne du travail et de la vie de ces femmes. Ils ont la main sur leur planning et leurs congés. Ils décident ainsi de qui travaillera le samedi, par exemple – enjeu important pour les femmes avec enfants, plus encore pour les mères célibataires. Ils distribuent également librement les heures supplémentaires, et choisissent de délivrer ou non des cartes de transports (les JTP habitant souvent en lointaine banlieue, la part des transports dans les budgets est considérable).

La liberté laissée aux superviseurs permet le développement d'un système paternaliste qui s'inscrit dans les failles du contrat de travail (comme l'a montré Nicolas Jounin pour le bâtiment) : un système de faveurs, de loyauté, dans lequel rien n'est jamais acquis et dû, mais toujours précaire, lié à une allégeance personnelle qui appelle en retour la reconnaissance.

 

Les femmes JTP sont très largement victimes de harcèlement sexuel, mais très peu de plaintes sont déposées. La question du harcèlement est extrêmement banalisée, note Maud Simonet, et fortement marquée par des stéréotypes racistes et sexistes.

Les syndicalistes tiennent à ce sujet un double discours, qui revient également très fréquemment chez les hommes et les femmes placées en haut de la hiérarchie : ils affirment d'une part que ces femmes « le cherchent un peu » (« elles sont quand même très belles, et en petite tenue... c'est difficile pour les gars... » ; dans ce discours les femmes sont fortement sexualisées et racialisées), et relèvent d'autre part qu'elles « ne peuvent pas faire autrement que d'accepter, de jouer le jeu » (« avec leurs enfants... », « si j'étais à leur place je ferai pareil » ; elles sont alors vues d'abord comme des mères, et des mères pauvres).

M. Simonet s'interroge sur la possibilité que cette question soit mobilisée collectivement. Cela lui paraît très difficile en l'état actuel des choses, mais elle souligne l'impact de l'enquête qu'elle a menée avec John Krinsky : le fait que la question du harcèlement sexuel de ces femmes soit construite comme une question sociologique, exposée dans un livre, peut favoriser la saisie de cette expérience comme collective, et de là l'émergence d'une action collective pour y faire face.

Maud Simonet fait l'hypothèse que c'est précisément pour cette raison qu'on leur a fermé les portes du terrain : on leur a en effet interdit de mener le reste de leurs entretiens (il leur restait à rencontrer les travailleurs du Bronx).garbage-1019306-s.jpg

 

Pour plus de détails sur cette enquête que j'ai trouvée passionnante, vous trouverez ici un article de Simonet et Krinsky en texte intégral...

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 09:47

 

Pour le Point G de la Bibliothèque Municipale de Lyon.

g.gif

La BM de Lyon dispose d'un centre de ressources sur le genre (« identités, sexualités, mémoire gay et lesbienne ») ; on peut s'y rendre en vrai (il est situé dans la centrale obèse de la Part-Dieu), et / ou se balader sur leur site internet.

On peut consulter en ligne tout un tas de docs. Les conférences filmées sont une véritable mine.

Des bibliographies sont également proposées.

 

Seule petite interrogation-déception en forme d'accent circonflexe : dans tous les textes de présentation, nulle part le mot « féminisme » n'apparaît, et même pas dans l'article « qu'est-ce que le genre ? » qui commence par une citation de Beauvoir – comme si le féminisme n'avait rien à voir avec la choucroute, comme si les études gay et lesbiennes n'étaient pas intimement liées aux études féministes, comme si tout le travail de déconstruction du naturel et d'élaboration du concept de genre n'avait pas été d'abord mené par des penseuses féministes...

 

Volonté explicite ?

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 19:24

(Ceci est la suite directe du post précédent, dans lequel j'expose ce qu'on pourrait faire, à mon sens, pour avoir une vue d'ensemble relativement claire et complète de ce qu'est aujourd'hui le champ du féminisme français.)

Je rentre un peu dans les détails du "programme" que je propose.

En ce qui concerne les objets de l'étude :

Le premier boulot, évidemment, serait de les identifier, de les lister purement et simplement (et ça représente, je pense, un gros boulot de recension).


miss-marple-seires-aff.jpgLe premier ensemble (les associations féministes) est sans doute le plus facile à établir. Les associations loi 1901 sont clairement identifiables. La difficulté résiderait dans les critères de discrimination des associations « féministes » parmi toutes les associations. Deux lignes de frontières en particulier sont délicates à tracer : celle qui sépare les associations féministes des associations de femmes, et celle, sans doute encore plus floue, qui passe entre les associations féministes et les associations LGBT. (D'autant qu'un tel travail « macro » ne permettrait pas d'approcher chaque association « de femmes », par exemple, pour appréhender le degré de féminisme de ses membres et la portée féministe de leur travail ; il faudrait pouvoir « classer » ces associations sur la base de leurs statuts.)

[Ce problème des frontières ne se limite pas aux associations – il se pose pour l'enquête dans son ensemble, en fait. Où est la frontière du "champ du féminisme français" ?...]

 

Le second ensemble (le féminisme d'Etat) englobe diverses institutions et machins, comme l'observatoire de la parité, les délégations aux droits des femmes et à l'égalité, le Service des droits des femmes et de l'égalité, et certainement bien d'autres trucs.


Le troisième ensemble (les médias féministes) est sans doute à cheval sur deux milieux, celui de la recherche et celui du militantisme (qui ont le droit de faire sandwich voire milkshake) ; par médias j'entends les revues, maisons d'éditions et collections, sites, forum et blogs internet... tout ça tout ça (de Nouvelles questions féministes aux Entrailles de mademoiselle en passant par Causette et le site du Planning familial) (eksétéra.).


Le quatrième machin (lieux et événements féministes) est le plus bordélique, fluide et difficile à mettre en cases. Il me semble néanmoins important, pour tenter de faire entrer dans le champ quantité de personnes qui gravitent autour des milieux féministes, et parce que ces lieux et événements matérialisent (et créent, aussi) les liens qui existent entre les personnes, les institutions, les mouvements.

 

Il s'agirait ensuite de déterminer pour chaque élément du champ son importance, ses positionnements et les liens qu'il entretient avec les autres éléments du champ.

Par « importance », j'entends trois choses : le nombre de personnes que ces mouvements, associations, institutions etc. rassemblent, leur visibilité (dans quelle mesure ils sont connus ou non du grand public, des autres militant.e.s féministes, la place qu'ils occupent le cas échéant dans les médias, etc. - il faudrait établir un certain nombre de critères objectifs pour la mesure de cette « visibilité »), et enfin leur pouvoir (pouvoir de peser sur l'opinion publique, pouvoir d'influence sur le politique). (Difficile à établir tout ça – à commencer par le nombre de personnes que représente telle ou telle association, quand on sait que l'adhésion n'est pas un bon indice de la quantité de personnes véritablement actives...)

Par « positionnements », je vise les thèmes qu'un mouvement / média / une association met en avant, ce pour quoi elle prend position ou lutte en priorité, la façon dont elle se positionne (ou pas) au regard de sujets qui font polémique, les références théoriques qu'elle mobilise ; positionnements « idéologiques » on pourrait dire, et / ou « stratégiques ».

 

Enfin quand je parle de liens, j'ai en tête les relations entre les personnes d'une part, entre les mouvements / institutions d'autre part.

Sacré boulot, si ces liens devaient être explicités à fond, tout rigoureusement, avec analyse du micro (on ne pourrait pas embrasser tout le champ du « féminisme français »...) (On pourrait se focaliser sur un grand événement, la marche mondiale des femmes par exemple, et tenter de suivre les relations entre les différents mouvement présents dans tout le travail de préparation et d'organisation de la marche – qui collabore avec qui, dans quelle mesure, qui n'a pas de contact avec qui, etc.)

Mais pour notre big projet on fera juste ça à la truelle . Une hache dans une main, un seau dans l'autre.

Quelques éléments objectifs qui peuvent donner prise à ce travail de mise en évidence de réseaux de coopération :

  • dans les médias : qui écrit avec qui ? Qui écrit sur le site, dans la revue ou dans l'ouvrage collectif de qui / avec qui ? (Qui signe un manifeste / une tribune avec qui ? etc.)

  • Qui participe à tel colloque / telle manifestation / tel forum aux côtés de qui (personnes & associations / institutions) ? Qui manifeste avec qui ?

  • Dans quels groupes d'associations militent celles et ceux qui militent dans plusieurs associations ?

  • Au niveau des « personnalités » militantes et / ou universitaires et / ou médiatiques, qui est ami.e avec qui ? Qui connaît personnellement qui ? Qui est susceptible de faire le lien entre quels mouvements / institutions / associations ?

 

Ce mic-mac ressemblerait de loin (ou aurait vocation à ressembler...) à une « analyse de réseau » telle que Karim Hammou la présente sur son blog.

 

Évidemment ce petit programme d'enquête est truffé de bourdes, méthodologiques et de fond.

 

Le résultat ne pourra être que schématique et approximatif. D'abord parce que je mélange des réalités de natures différentes (des associations, des trucs ministériels, des sites internet...), sans compter les trucs hybrides (un colloque, une teuf, une librairie ???) (déjà, c'est super bancal).

Mais aussi parce qu'une association (par exemple) est déjà, à elle toute seule, le lieu de rapports de pouvoir, de lignes de clivage, où peuvent se dessiner différentes positions, des jeux de rivalités entre plusieurs personnalités et / ou plusieurs courants – une assoc peut être une sorte de champ à elle toute seule....... mais il faudra ici l'écraser sur une position donnée à l'intérieur du champ. Puis s'il s'agit de travailler à partir de données objectives (afin d'objectiver le champ...), qui ne seront pas saisies à travers un travail micro, long et lent d'observation et d'entretiens, mais cueillies déjà toutes faites (comme des données « mortes » sur papier : des listes d'associations enregistrées au titre de la loi 1901, des résultats de requêtes internet, de requêtes sur des catalogues, etc.) tout un tas de choses échapperont.

 

Mais c'est utile aussi, le débroussaillage et l'hélicoptère, non ? (même l'hélicoptère avec quelques ratés dans le moteur ?)

 

Je me rends compte que dans mon super-programme, les stars (au sens médiatique) ne rentrent pas forcément : où range-t-on Badinter, Fourest, Fadela Amara, Simone Weil... (qui en tant que personnalités fortement médiatiques, et identifiées par une majorité de Français.e.s comme représentantes du féminisme, font partie de ce champ, contribuent aussi à le structurer) ?

Et puis les livres, les groupes de musiques, les films, les documentaires féministes... quand place-t-on Virginie Despentes sous la loupe ?

Mmmh, mon machin a des trous...

 

(Hey, je suis qu'une modeste méduse pas vrai...)

 

Bon, ben les gars, au boulot... (J'attends l'ISBN ; le cas échéant, vous pouvez aussi faire la recherche vous-mêmes et me poster les résultats en comm' )

 

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Présentation

Où êtes-vous ?

Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si !)
Ces petits topos seront situés : c'est moi qui parle, j'écrirai donc ce que j'ai compris / pas compris, ce que j'ai aimé, ce qui m'a intéressé, ce avec quoi je suis en désaccord, etc. Les réactions sont très bienvenues. Vous y trouverez aussi épisodiquement des récits - de choses vues, entendues, autour de moi.
Thèmes abordés chez la méduse : féminisme, théorie féministe, genre - militantisme, sciences sociales, racisme aussi (... etc.?)
Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

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