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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:00

  Je continue ici à lire à ma sauce l'article de Laura Alexandra Harris traduit en français sous le titre "Féminisme noir-queer : le principe de plaisir", et publié dans l'anthologie du Black feminism édité par Elsa Dorlin ; ça commence , puis .

 

                                                                                        *  *  *  *  *  *

 

« Pendant des années je me suis vue comme une féministe, et si je ne sais plus très bien ce que ça impliquait au juste, il s'agissait, j'en suis sûre, d'être sexy. »

 

C'est ainsi que Laura Alexandra Harris entre dans le vif de son sujet à la neuvième page de son article (p.185 de l'édition française).

Elle nous explique dans la suite quelles étaient, lors de son enfance et de son adolescence, les figures de femmes qui l'entouraient, l'attiraient, la fascinaient, et comment se sont construites ses envies, ses idéaux, ce qui est devenu bon à ses yeux, pour une femme, de vouloir.

Dans ses modèles féminins entraient un peu d'Helen Reddy, un peu de Xaviera Hollander, beaucoup de Cher. Une grosse louche de figure maternelle également. Des morceaux de copines de sa mère et de sa tante-cousine, fumeuse, indisciplinée, militante, très belle, collectionneuse d'amants pas nets.

Être féministe, pour la jeune Laura Alexandra, c'était viser l'indépendance, la réussite professionnelle, le fric, la liberté de faire tout ce qu'on veut. Être célibataire, divorcée, ou mariée à un gros richard pour profiter de son fric. Être féministe c'était être gonflée, ne pas avoir froid aux yeux.

C'était, aussi, jouir du sexe.

 

Elle trouvait de quoi satisfaire sa curiosité en matière d'anatomie féminine et de techniques sexuelles dans des livres explicitement didactiques, ou dans des romans bourrés de scènes sexuelles (voire carrément des romans pornos) ; il fallait apprendre à prendre son pied, et prendre son pied (Harris parle de « valeurs sexuelles hédonistes »).

Elle admirait sa mère et ses copines, « ces images de femmes à talons hauts, maquillées, décolletées, parfumées » (p.193). Elle adorait Cher, star sexy aux « tenues osées », à « l'image de vamp et d'allumeuse un peu coquine » (p.185).

Et dit plus loin de la star : « elle correspond à un souvenir très fort de la prise de conscience du pouvoir que peuvent conférer le genre et la sexualité » (p.189).

 

Jouir du sexe c'est ainsi à la fois prendre son pied en faisant du sexe (et dans ce plaisir-là il n'entrait aucune prescription, aucune définition de la « bonne sexualité » : baiser avec une fille ne valait pas mieux que coucher avec un homme), et jouir de ce plaisir que donne le pouvoir sexuel.

Harris évoque à de nombreuses reprises, dans cet article, ce lien entre plaisir et pouvoir.

Entre plaisir sexuel et pouvoir, entre pouvoir sexuel et plaisir – entre sexe, pouvoir et plaisir. (C'est là l'essence du fameux « principe de plaisir » qui fait de la seconde partie de son titre un petit éperon accrocheur, une énigme sucrée qu'il faut absolument qu'on éclaire.)


A la lecture de l'article, j'ai tout de suite pensé à un chapitre de la King Kong théorie de Virginie Despentes, à l'un Jessica-Rabbit.jpgdes passages qui m'avait le plus interpelée, le plus bousculée, laissée le plus perplexe et pleine de questions que je n'aurais pas posées de ma place, auxquelles il m'était impossible de répondre, depuis ma place, parce que tout cela – ce continent, du pouvoir du sexe – est très éloigné de moi (de ma position de genre, de ma sexualité, de ma vie).

 

Il s'agit du chapitre « coucher avec l'ennemi », dans lequel Despentes raconte son expérience de travailleuse du sexe. Et ce passage, plus précisément, dans lequel elle relate sa transformation, son effet sur les autres, et la façon dont elle a ressenti l'une et l'autre :

 

« La première fois que je sors en jupe courte et en talons hauts. La révolution tient à quelques accessoires. […] Les Américaines, quand elles témoignent de leurs expériences de « travailleuses du sexe », aiment à employer le terme « empowerment », une montée de puissance. […] J'étais jusqu'alors une meuf quasiment transparente, cheveux courts et baskets sales, brusquement je devenais une créature du vice. Trop classe. Ça faisait penser à Wonder Woman qui tournicote dans sa cabine téléphonique et en ressort en superhéroïne, toute cette affaire, c'était marrant. […] L'effet que ça faisait à beaucoup d'hommes était quasiment hypnotique. Entrer dans les magasins, dans le métro, traverser une rue, s'asseoir dans un bar. Partout, attirer les regards d'affamés, être incroyablement présente. Détentrice d'un trésor furieusement convoité, mon entrecuisse, mes seins, l'accès à mon corps prenait une importance extrême. Et il n'y a pas que les obsédés à qui ça faisait cet effet. Ça intéresse presque tout le monde, une femme qui prend l'allure d'une pute. J'étais devenue un jouet géant. […] Ce processus m'a fascinée, au début. Moi qui m'était toujours contrefoutue des trucs de filles, je me suis passionnée pour les talons aiguilles, la lingerie fine et les tailleurs. […] Ça m'a plu, dans un premier temps, de devenir cette autre fille-là. […] Immédiatement, dès le costume d'hyperféminité enfilé : changement d'assurance, comme après une ligne de coke. » (pp. 67-69)

 

Tout ceci pose, il me semble, au moins trois questions, qu'on pourrait formuler comme cela....

Quels rapports entretient le féminisme...

- aux attributs traditionnels de la féminité ?

- à la relation de séduction (des hommes par les femmes) ?

- à la sexualité hétérosexuelle ?

 

                                                                                         *  *  *  *  *  *  *  *  *

 

J'arrête là ce post, j'ai l'impression de m'être répétée et embrouillée (le titre de l'article il tape hein ? bon, le contenu est pas super à la hauteur ) ; mais je ferai d'autres nœuds sur le même thème dans le suivant....

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 10:32

  Il me semble que les écrits féministes anglo-saxons nous déconcertent souvent, nous autres petit.e.s frenchies, en raison d'un double ancrage, des auteures dans la littérature et le champ des études littéraires, des textes eux-mêmes dans les vies concrètes de leurs auteures.

 

[ Alors voilà, cette phrase, au dessus, je vous la mets parce que j'ai passé UNE HEURE à l'écrire. (Pour de vrai, une heure.) Au bout de l'heure (dite), j'étais toute cassée, du dos, de la tête, et du moral – me suis dit que j'y arriverais jamais, et que quoi, j'avais plus de neurone fonctionnelle, c'était plus la peine d'essayer, mon crâne ne ressemblait plus à rien.

C'est dur, des fois, d'écrire.......... ]

 

Beverly Guy-Sheftall a fait sa thèse sur Faulkner,  Audre Lorde était poétesse, Gayatri Spivak est professeure de littérature comparée, tout comme Ebba Witt-Brattström en Suède, Judith Butler est prof de rhétorique et de littérature...

Je ne sais pas si mon idée, d'ancrages disciplinaires différents, en France et ailleurs (aux États-Unis principalement), est exacte ou non (les féministes françaises seraient davantage sociologues, philosophes et historiennes, les états-uniennes spécialistes de littérature) ; il m'a semblé que... mais peut-être je me trompe. Quand on cherche sur theses.fr on trouve aussi tout un tas de thèses de lettres, et sur le net on tombe aussi sur ça... Peut-être peut-on dire que les grandes figures de la pensée féministe française sont davantage...

  Bon, je dirais juste que je suis habituée à la lecture de textes féministes écrits de mains de sociologues, principalement, d'historiennes et philosophes parfois, et que cette habitude entre sans doute pour une part dans le sentiment de légère ébriété que je ressens face au texte de Laura Alexandra Harris.

 

Une autre chose, qui déstabilise : le timbre de cette voix qui parle, qu'on entend distinctement, derrière laquelle on entrevoit une vraie personne, avec des goûts musicaux, des souvenirs d'enfance, une admiration pour sa mère, des copines avec qui sortir en boîte, des désirs, des peurs, des envies, des doutes – une auteure scientifique qui est aussi une personne vivant dans le monde, et qui parle en tant que telle.

 

Laura Alexandra Harris se propose d'expliciter son programme de féminisme noir-queer « en explorant [ses] propres significations » (p.177). En d'autres termes, elle se prend elle-même pour terrain. (C'est gonflé. D'ailleurs, ça lui fait un peu peur : « je meurs d'angoisse à l'idée de verser mon corps et mes désirs au débat » (p.183)). Elle veut « inclure [ce projet féministe] dans [sa] propre trajectoire autobiographique » : « en présentant un moi, le mien, je compte en fait exposer en quoi la conjonction queer-noire-féministe est utile, dès lors qu'on la comprend comme une stratégie. » (p.183) (Bon, le coup de la stratégie, j'avoue, j'ai pas bien pigé.)

 

diana.jpgDans la deuxième des six parties de son texte, elle évoque son adolescence, et ce qu'a signifié pour elle, alors, être féministe. Le début de cette partie (p.185 et suivantes) est saisissant ; j'adore ce passage. Le côté fascinant de son récit est renforcé par le contraste avec la fin de la première partie : on passe, à la faveur d'un saut de paragraphe, d'un texte sec, lourd, plein de catégories et de relations logiques compliquées, d'un bloc de concepts arides et noueux, à ça : « j'ai grandi en me nourrissant des versions commerciales et populaires du féminisme de la décennie 1970. Pendant des années je me suis vue comme une féministe, et si je ne sais plus très bien ce que ça impliquait au juste, il s'agissait, j'en suis sûre, d'être sexy. »

 

D'un coup, toutes les promesses du titre de l'article semblent devoir se réaliser... On se dit qu'on va lire ici ce qu'on n'a encore jamais lu ailleurs.

 

Dans cette deuxième partie, donc, Laura A. Harris parle de sa propre jeunesse. Dans la troisième partie, elle se centre sur sa mère, parce que « [sa] mère et ses copines furent pour [elle] des exemples féministes » (p.193). Dans la quatrième partie, elle élargit encore le champ, et fait entrer dans son récit d'autres femmes de sa famille : sa grand-mère, ses tantes, et celle qu'elle appelle sa tante-cousine. Dans la cinquième et avant-dernière elle revient à sa mère. Seules les premières et dernières parties de son article ne comportent pas de morceaux de récits autobiographiques proprement dits.

 

On apprend au fil de l'article que la mère de l'auteure est une migrante, qui se définit elle-même comme « napolitaine », et a épousé en 1957 aux États-Unis un homme brun de peau. Harris elle-même se décrit comme noire mais claire, d'une nuance de peau qui « selon le temps qu'il fait […] passe du papier mâché clair à un olivâtre plus séduisant » (p.199). Elle évoque « les tensions raciales si sensibles dans cette famille, en dépit, ou à cause, du fait qu'elle rassemble toute la gamme des couleurs de peau » (p.201). Les réflexions sur la couleur de peau et la race traversent l'article de part en part. Selon une très jolie formule, Harris évoque « le rapport entre la couleur et le silence aux États-Unis » (p.201), et explicite les liens complexes entre race et sexualité.

 

On apprend encore que la jeune Laura était fan de Cher, lisait Le Complexe d'Icare, Les Joies du Sexe et xaviera.jpgXaviera Hollander, écoutait Helen Reddy et regardait Mahogany. Que sa mère et ses copines portaient des talons hauts, étaient décolletées, maquillées et parfumées. Qu'elles sortaient en boîte et allaient au bowling « en quête de possibles exploits sexuels » (p.194).

 

On apprend véritablement plein de choses sur la vie de Laura A. H. et de sa mère, plein de choses sur leurs désirs, leurs plaisirs, la façon dont elles vivent et ce à quoi elles aspirent ou aspiraient.

 

En quoi ce récit entre-t-il dans la réflexion de Harris sur le féminisme noir-queer ?

 

La jeune Laura Alexandra d'une part, sa mère et ses copines d'autre part, n'auraient certainement pas été décrites comme féministes par les féministes « en chair et en os » (pp.186 et 187) de l'époque (et sans doute pas beaucoup plus par un bon nombre des féministes d'aujourd'hui). Pourtant, Laura A.H. se vivait comme féministe, et elle veut, aujourd'hui, considérer sa mère (et ses copines) comme des figures féministes. La question qu'elle se pose donc, et qui sert de moteur à sa réflexion dans cet article, est la suivante : comment redéfinir le féminisme, de telle façon qu'il puisse intégrer ces expériences, et non plus les rejeter hors de lui ?

 

« Je ne veux pas qu'on rééduque mon féminisme. Au lieu d'interpréter mon histoire comme a-féministe, il me paraît plus productif d'essayer de déterminer quel courant du féminisme a contribué à forger mon expérience. » (p.188)

 

« J'ai besoin d'affirmer mon passé féministe pour l'avenir, pas de m'entendre dire que je n'en ai jamais eu, et cela impose de reconfigurer le féminisme afin d'y inclure ce passé et de définir cet avenir. Souvent, cela oblige à reconnaître des femmes dont les voix ne se sont pas exprimées dans le féminisme, dont les choix politiques ne sont pas conformes au canon féministe. » (p.199)

 

« Ma recherche du plaisir m'invite à trouver féministe l'identité de ma mère, en raison de son ethnicité, de ses infractions interraciales, de sa classe et de sa sexualité. Plutôt que de la taxer d'antiféministe sous prétexte qu'elle participait à sa propre oppression, je préfère décrire son féminisme à elle, tel qu'elle l'a mis en pratique. » (pp.206-207)

 

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 20:23

  J'aimerais vous parler dans ce post et les suivants d'un article de Laura Alexandra Harris qui m'a donné bien du fil à retordre.

 

Il s'agit d'un article publié originellement en anglais en 1996 dans the Feminist Review, et dont la traduction française est parue en 2008 dans le recueil de textes dirigé par Elsa Dorlin : Black feminism, anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000. La traduction est d'Oristelle Bonis, directrice des éditions iXe qui a traduit de nombreux autres textes de féministes anglophones (et qui traduit, dans ce même recueil, un article de Barbara Smith).

 

blac.gifLaura Alexandra Harris est professeure associée au Pitzer College à Los Angeles, en English, World Literature, and Black Studies,et on peut voir ici une jolie petite photo d'elle avec un béret (on peut aussi accessoirement lire son CV).

 

J'avais acheté ce chouette bouquin pas longtemps après sa sortie, il me semble ; j'en avais lu l'introduction avec une attention amoureuse, puis des bouts, de ci, de là (parce que je lis 16 bouquins en même temps sans en lire vraiment aucun et que c'est très mal) (enfin je lisais parce que maintenant je lis plutôt 0,6 bouquins en même temps sans en lire vraiment aucun) :| Sérieux comme un pape

 

Cet article m'a intrigué à cause de son titre : Féminisme noir-queer : le principe de plaisir.

(Je me suis dit : ah, je vais apprendre plein de trucs et ça va être croustillant.) Je l'ai lu tout du long avec une sorte d'attention flottante, parce que je pigeais pas grand chose, et il m'en est resté une impression tout à fois de confusion, de complexité et d'un petit quelque chose qui piquait ma curiosité (le principe de plaisir, sans doute). J'avais noté dans un coin de ma tête qu'il fallait que j'y retourne.

 

J'y suis donc retournée ces jours derniers.

 

Je vous livre ici le résultat du laborieux travail de débroussaillage que j'ai mené en m'affrontant à ce texte touffu, à la limite de la forêt vierge.

 

Six éléments m'ont semblé marquants, dans cet article :

- son aspect brouillon, son style et son ton très singuliers,

- la place que l'auteure accorde à l'analyse de sa propre histoire personnelle et familiale,

- son anti-élitisme et ses références à la culture populaire,

- pour le fond, l'explicitation du statut de la sexualité des femmes noires,

- le lien établi entre plaisir et pouvoir et ce qu'on pourrait hâtivement qualifier de position « pro-sexe »,

- et enfin le rôle donné, dans l'analyse, à la propre position singulière de l'auteure, noire mais claire de peau, lesbienne mais fem -

(ces six éléments étant tous ou presque tous liés). laura harris

 

Ce texte est formellement très étrange (pour moi). La première chose qui me frappe (et me perturbe...) est son caractère brouillon : impossible d'y repérer un quelconque plan, malgré les chiffres romains qui le découpent en six tranches distinctes ; sa lecture donne l'impression d'un va-et-vient, de cercles, de zigzagues, d'une balade en liberté dans un bois de concepts et témoignages accrochés les uns sur les autres ; le cheminement de sa pensée ressemble plus à un numéro de patinage artistique qu'à une course de ski de fond.

Comme s'il m'avait fallu, pour y voir clair, faire l'inventaire de tout ce qui était dit là pour tenter ensuite de le trier en petits paquets de significations.


J'ai dû lire cet article plusieurs fois. La première fois, ces 42 pages m'ont fait l'effet d'un texte-fleuve très attirant mais franchement confusant ; la troisième, j'avais envie de recopier une phrase sur deux. Des idées reviennent, qui sont floues au début, se précisent peu à peu ; la première fois qu'on les rencontre on les regarde de travers ou on les ignore parce qu'elles parlent en novlangue, la deuxième, troisième, quatrième fois, on les reconnaît comme des copines et des repères et on est content d'avoir pigé quelque chose.

 

Ce qui est amusant, c'est qu'Harris revendique l'anti-élitisme de son positionnement. Elle cite bell hooks, qui« défend une pratique féministe où la participation n'est pas subordonnée au niveau d'instruction - perspective qui oriente aussi tout cet essai », écrit-elle (p.198).

 

Ce n'est pas forcément si contradictoire que ça en a l'air.

D'abord, parce que la « pratique féministe » que bell hooks et Harris défendent n'implique peut-être pas de lire cet essai.

Ensuite, parce que d'autres que moi trouveraient sans doute cet article beaucoup plus accessible qu'il m'apparaît (à moi, avec mon besoin névrotique de plan, de structure, d'argumentation logico-déductive...).

Enfin, parce que l'anti-élitisme de Harris transparaît bien dans le style (décalé) de cet article.

 

Ce texte est en effet un mélange étonnant de phrases longues et très complexes, à la limite du lourd, saturées de concepts, et de saillies surprenantes lancées sur un tout autre ton : « c'est un sujet dont on parle souvent en boîte, mes copines et moi » (p.182), « prenons la représentation par Disney des amours de Pocahontas avec cette espèce de blanc dégueulasse » (p.192) (par exemple).

La deuxième phrase de l'article est à la fois franchement marrante et assez représentative de ce mélange ; Harris y explicite son projet comme suit : « D'un trait hardi, aplanir le terrain broussailleux où plaisir et politique s'enchevêtrent dans la théorie féministe, la théorie féministe noire et la théorie queer, en posant, fût-ce un bref instant maniaque, que leur triple signification est directement égale à la valeur de la chanson pop-féministe de Janet Jackson, "You might think I'm crazy but I'm serious." » (p.177)

 

Certaines phrases pourraient, seules, être méditées pendant des heures (et tenir lieu de sujets de dissertation pour un devoir sur table de queer de 4 heures) : « Une pratique féministe noire-queer exige de marquer la race et la classe par rapport au désir, et elle révèle que l'histoire du désir est toujours nécessairement un texte écrit sur la race et sur la classe, quelle que soit par ailleurs la manière dont il est encodé dans l'oppression de genre. » (p.192) (j'ajouterais : et inversement). /:) Froncement de sourcils

Tandis que d'autres pages sont entièrement rédigées sur un ton décontracté, qui tranche avec le ton auquel l'université nous a habitué. Laura Alexandra nous fait même plein de blagues. Une large place est accordée au récit autobiographique, ce qui fait de nous une pote écoutant les confidences d'une autre pote, et à la culture populaire - ce qui renforce ce sentiment de connivence (on discute à la cool).

 

Un bien joli petit OVNI queer, en somme. Que je m'en vais vous conter plus avant dans la suite.

 

jungle sunset

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Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
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