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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 10:03

"Ensuite ensuite… j’ai pas trop envie de citer ou de disséquer. Juste, elle écrit des trucs stupides, qui me fatiguent. De tas de constatations fondées sur l’observation de jeunes enfants en école maternelle (principalement, le fait qu’ils forment des groupes de même sexe pour jouer), elle induit que « [le dualisme sexuel] est une donnée élémentaire de la conscience identitaire de l’enfant ».

 

 Donnée élémentaire.

 

J’ai effectué des stages, puis travaillé à plein temps pendant sept mois dans deux écoles maternelles de Marseille, avec des enfants de quatre classes différentes, de deux ans, trois ans, quatre ans et cinq ans. Je les ai entendus discuter entre eux, je leur ai lu des histoires, je les ai regardés jouer dans la classe et dans la cour de récréation. Ils m’ont raconté leurs peines et leurs joies, leurs peurs, leurs découvertes, leur quotidien.

Et je peux vous dire, moi (des milliers et des milliers d’autres personnes sont là derrière moi pour confirmer mes dire, parents, puéricultrices, institutrices, agents de service d’école maternelle, pédiatres, éducateurs, etc.) que des enfants de trois ans, pas plus que ceux de deux ans ou même de un an ne sont pas des animaux sauvages non encore socialisés et façonnés par la nature, ne sont pas des idéaux types de l’être humain naturel hors influence de la société.

A deux ans ils connaissent des tas d’histoires, regardent la télé, racontent ce qu’ils ont vu ou fait avec leurs amis et les membres de leur famille ; ils ont en tête des schémas très élaborés de rôles sociaux féminin et masculin, et ces schémas ne résultent pas de structures spéciales du cerveau à la naissance, d’une case « homme et femme » sur le chromosome 14, du XX ou du XY si chers à E.B..

 

Prendre pour objet des enfants de quatre ans et demi (p.99), pas plus que de un à six ans (p.100), cela n’a jamais signifié travailler sur des matériaux « naturels » ou « a-sociaux » et atteindre l’universel ou l’essence de l’Humain. Le penser, c’est être stupide rien de plus.


Attention, rigueur et démonstration logique.

 

 « Les différences constatées entre groupes de garçons et groupes de filles tiendraient à trois facteurs principaux : la socialisation de l’enfant selon son sexe dès la naissance (mais elle est très différente d’un parent à l’autre, d’une famille à l’autre) ; les facteurs biologiques, enfin les facteurs cognitifs encore mal connus » (p.101).

 

Super, du scientisme-biologisme-essentialisme-naturalisme, des trucs-on-sait-pas-trop-ce-que-c’est-mais-ça-marche-magique, et la socialisation, mais ça, ça la convainc pas trop, parce que :  « elle est très différente d’un parent à l’autre, d’une famille à l’autre ».


Madame B. n’a pas compris que la socialisation ne se faisait pas que par papa-maman et les frères et sœurs, mais que bébé naît dans une société avec des autres gens dedans, une société avec une culture, des institutions, des valeurs, une langue, des significations symboliques ; et elle nage dans le fantasme de « mais on est tous différents quand même » - donc on peut pas dire qu’on est socialisés hein pasqu’on est tous riches de nos différences alors…

 

E.B. cite le gars qui l’a inspirée dans son raisonnement miteux de tout à l’heure, et je retrouve ce bouquin dont le titre nous a tellement fait rire : « Père manquant, fils manqué » ; l’agréable auteur du dit bouquin, Guy Corneau, intellectuel manqué (son père devait être manquant), déclare : « [par opposition à] la femme qui est, l’homme, lui, doit être fait. En d’autres mots, les menstruations, qui ouvrent à l’adolescente la possibilité d’avoir des enfants, fondent son identité féminine ; il s’agit d’une initiation naturelle qui la fait passer de l’état de fille à l’état de femme ; par contre, chez l’homme un processus éducatif doit prendre la relève de la nature ».


Un véritable manifeste du sexisme.

J’hallucine grave. Je ne suis donc une femme que parce que je peux avoir des enfants. Mon identité est bornée par le fait d’être un ventre. Je vais me faire engrosser et procréer, telle est ma raison d’être et le fondement de mon identité. Identité qui est en continuité avec la nature. Je suis un corps, une terre fertile. J’ai juste à être pour exister, je suis une femme, je ne m’empare pas de mon identité, de mon existence, je n’ai pas à me construire, je n’ai pas de prise sur moi-même, juste, je suis. Je suis dans l’immanence, immergée dans ma féminité, dont je ne peux pas me saisir, puisque je le suis. Pas de recul, pas de pensée, rien à faire de plus qu’être une femme. L’homme lui, doit être éduqué. Il est du côté de la culture, de la construction, du savoir, du détachement.

 

 

Question : comment E.B. fait-elle pour lire des choses pareilles sans se départir de son paisible calme compréhensif de femme en paix avec son vagin immanent ?"

 

Voilà, fin du texte que j'avais écrit à l'époque, en lisant le début de "X Y, de l'identité masculine".

J'espère ne pas vous avoir gonflé.e.s avec, mais en retombant dessus, l'autre jour, j'ai eu envie de faire partager... Simplement parce que Badinter passe pour le grand public et dans les médias pour "une féministe" - quand ce qu'elle écrit / dit est tellement poisseux.

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:00

(Zcusez-moi, je continue sur Badinter... et sur ce que j'eus écrit il y a quelques années de son livre "XY de l'identité masculine"...)


"E.B. parle des rites d’initiation des Baruyas, de la circoncision, des significations symboliques de ces actes et de leur place au sein d’un système de significations complexe et cohérent ; au lieu de réfléchir aux relations de pouvoir dont elles découlent et qu’elles soutiennent, au lieu de conclure au rôle de support de significations culturelles des faits de nature et des réalités biologiques, E.B. y trouve les « preuves » de la réalité (la réalité en soi, la réalité vraie) du système de croyances qu’elle a exposé auparavant (système fondé sur la nécessaire construction de la masculinité contre les femmes).

 

Apparemment, à en juger par les nombreuses citations auxquelles a recours E.B. pour étayer sa démonstration, le raisonnement qui consiste à fonder le sexisme sur la nécessaire séparation du fils d’avec sa mère a beaucoup d’adeptes. « [Lillian Rubin] pense que l’agressivité masculine contre les femmes peut être interprétée comme une réaction à cette perte précoce et au sentiment de trahison qui l’accompagne, que le mépris de la femme vient de la rupture intérieure exigée par la séparation. » (p.88) « Tenir les femmes à distance est le seul moyen de sauver sa virilité. Rousseau le savait déjà […] : « […] les femmes nous rendent femmes » [Lettre à d’Alembert, 1758] » (p.88-89).

 

E.B. associe en permanence « féminité » et « passivité », usant d’un des plus vieux et pourris cliché touchant le genre. Pas une fois elle ne l’interroge ; c’est à se demander si l’interprétation ultra sexiste de la relation sexuelle hétérosexuelle la convainc et lui suffit : « la peur de la féminité et de la passivité », « la peur de la passivité et de la féminité », à quatre lignes d’intervalle p.89, par exemple.
 
E.B. parle du fantasme de régression des hommes, qui rêvent de retourner dans le ventre de leur mère, comme si jamais aucune femme adulte, fatiguée et découragée, ne pouvait rêver elle aussi de redevenir enfant. Peut-être parce que la femme n’a jamais à être vraiment adulte et libre ?


Comme le mépris et la violence des hommes à l’encontre des femmes prennent leurs racines dans une peur et une souffrance, plus les hommes sont fragiles, et plus ils sont sexistes : « Les plus fragiles, les plus douloureux aussi, ne peuvent maintenir leur masculinité et lutter contre le désir nostalgique du ventre maternel que par la haine du sexe féminin. » (p.91)

Encore une fois, la logique de domination est habilement (enfin, habilement…) renversée. E.B. évoque alors le dégoût de certains hommes pour le sexe féminin lui-même (son corps, ses organes génitaux en particulier). Encore une fois, c’est sur une « peur » (de la féminité et de passivité, on suppose), une « fragilité », et la nécessité d’affirmer son être vrai que se fonde ce dégoût. « Une outre… pleine de pus » (Baudelaire), « conduit tiède et gluant… envie de vomir… se sent inspiré de l’intérieur… se sent mal » (Michka Assayas, les Années vides). Je pense aussi à des pages des nouvelles de Boris Vian. Je recopie ces mots, car ils me font mal. Le dégoût du corps féminin, il n’est pas seulement présent chez les hommes. Il est là aussi chez les femmes. Beaucoup de femmes ont honte de leur propre corps et en éprouvent du dégoût.

Ce dégoût du corps féminin inculqué aux deux sexes est une puissante machine d’oppression et d’aliénation. Je l’ai subi comme une violence et j’y réponds par la violence, de mes émotions, de mon refus d’admettre des propos tels que ceux-là.

 

 En quoi « la mauvaise mère frustrante et surpuissante » (p.92) ne peut-elle pas être la mère d’une fille ? Parce qu’elle est du même sexe qu’elle, devenir adulte ne signifie pas pour une fille rompre avec sa mère ? Elle reste son bébé toute sa vie ? En quoi une mère, qui certes a gardé le bébé dans son ventre pendant 9 mois, puis s’en est occupé de manière préférentielle pendant quelques mois ensuite, mais qui est aussi une personne, qui a une liberté, une vie, des amis, peut-être un travail, qui est adulte comme le père, en quoi une mère doit-elle symboliser « la mort, le retour en arrière, l’aspiration par une matrice avide » ? (p.92) En quoi « l’omnipotence maternelle » ne peut-elle pas empêcher de grandir la petite fille ? Seulement parce qu’elles sont du même sexe… Je ne vois pas.

 

« L’agressivité de l’homme castré peut aussi se tourner vers l’extérieur. Il traite les femmes comme des objets jetables, devient sadique ou assassin. » E.B. va jusqu’au bout de son raisonnement foireux : au final, les femmes sont responsables des violences qui leur sont faites. Sans cesse, E.B. associe femmes et enfants (sans jamais problématiser ce lien) : « éphèbe blond au sexe incertain, enfantin et féminin » (p.96), ce qui est d’ailleurs normal puisqu’être adulte c’est se séparer des femmes (d’où cette idée, finalement, qu’une fille ne peut pas devenir adulte, et qu’il n’y a pas de rupture entre la petite fille et la femme, donc pas de séparation d’avec la mère).

 

Et retour sur Maurice Godelier, dans un contresens glorieux : « Tout cela [c’est-à-dire une dizaine de pages d’insultes extrêmement violentes à l’encontre des femmes, sous couvert de bénéfique haine de la mère] semble donner raison aux tribus de Nouvelle-Guinée qui redoutent l’influence mortelle des mères sur leurs fils. C’est parce qu’elles les empêchent de grandir et de devenir des hommes que les mâles adultes doivent les leur arracher de la façon la plus cruelle. » (p.97)

 

Magnifique démonstration."

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:51

Suite de la cuisine badérienne.

 

   " « Lui [le bébé garçon, avec le petit robinet, là] ne peut exister qu’en s’opposant à sa mère, à sa féminité, à sa condition de bébé passif. A trois reprises, pour signifier son identité masculine, il lui faudra se convaincre et convaincre les autres qu’il n’est pas une femme, pas un bébé, pas un homosexuel. D’où le désespoir de ceux qui ne parviennent pas à réaliser cette triple négation ». (p.58)
 

D’où l’on retire que :

 

1.   être, c’est d’abord et avant tout être son sexe, être sexué, être un garçon ou être une fille, être un homme ou être une femme, et ce même pour un bébé, un nourrisson – que dis-je un nourrisson, un fœtus (p.57-59) !! : total rabattement de la question de l’identité sur la question du sexe (« lui ne peut exister qu’en… ») ;

2.    être homme c’est : ne pas être passif (symétriquement être femme c’est donc être passive) (ou : être un homme c’est ne pas être un bébé / être une femme c’est rester enfant) ;

3.    ils sont homosexuels parce qu’ils ont échoué quelque chose, « ils ne sont pas parvenus à » (ne pas être homosexuels), ou : un homosexuel est un raté ;

4.    l’éventuel désespoir d’un homme homosexuel n’a nul besoin d’être expliqué par une quelconque réaction de l’entourage, « homophobie » - connaît pas. Non, la condition d’homosexuel porte en soi le désespoir (comme si elle devait naturellement s’accompagner de sa punition, en tant que condition de celui qui a échoué).

 

La dyade mère-fils ou le duo amoureux. La fusion originaire.

 

 « Trop d’amour l’empêcherait de devenir un mâle, mais pas assez peut le rendre malade. Dès la naissance, le bébé mâle est naturellement en état de passivité primaire, totalement dépendant de celle qui le nourrit. Déjà Groddeck remarquait que « pendant la tétée, la mère est l’homme qui donne ; l’enfant, la femme qui reçoit ». Cette toute première relation érotique… » (p.75)

Ce qui me frappe rudement, moi, c’est ce vieux cliché moisi de la relation sexuelle (hétérosexuelle), avec l’homme actif « qui donne » et la femme passive « qui reçoit », venant d’une femme en plus, ça me mortifie, même ça me rend triste ; je lui montrerai moi à la Badinter si je reçois passivement quand je… bref.

Allez chercher ce qui est spécifique au "bébé mâle" dans le fait d'être totalement dépendant de la/les personne.s qui le nourissent... ??? (nan, le bébé femelle, elle, fait pas sa grosse larve à croûter toute la journée dans son berceau : elle se bouge ses petites fesses, elle va au supermarché, elle s'achète son lait en poudre ! nan mais oh !)


L’amour d’une mère pour son bébé (et réciproquement) n’a rien d’une relation passionnée d’amour inégalable (« amour total » p.76, « l’amour le plus puissant et le plus complet qu’il est donné à l’être humain de connaître » p.74, le « plus puissant des amours » p.75)...

Comment l’ « amour » entre une personne et une autre personne qui n’est pas encore libre, qui ne pense pas, ne parle pas, dont la conscience n’est pas formée, pourrait-il être le must de toutes les formes d’amour, sinon par un mouvement régressif de sacralisation de l’animal, de la nature, du biologique, du vivant ?

 

 « Plus une mère prolonge cette symbiose – relativement normale dans les premières semaines ou les premiers mois – plus la féminité risque alors d’infiltrer le noyau d’identité de genre. »

 Ce verbe « infiltrer » appelle des images effrayantes. La souillure toxique de la féminité menaçant l’intégrité de la pure virilité immaculée. On pense à la juiveté infiltrant la race aryenne, au sang nègre infiltrant la race blanche. Tel un serpent, donnant des coups de tête pour fissurer le noyau-forteresse du Mâle, voulant se mêler et polluer la grandeur masculine. Un danger de contamination du féminin, par trop longue exposition aux humeurs maternelles.

Les Baruyas garçons sont nourris du sperme de leurs aînés, mais des aînés non encore mariés, car les pénis nourriciers ne doivent pas être entrés en contact avec un vagin de femme. Il est préférable que l’homme se tienne au dessus au cours d’une relation sexuelle, sans quoi les sécrétions vaginales pourraient couler sur l’homme et porter atteinte à la virilité de son corps. Une éducation au milieu de femmes rend le jeune garçon mou, tendre, tiède, comme une femme ; elle fabrique des homosexuels. « C’est probablement là que se trouve l’origine des craintes de l’homosexualité, beaucoup plus marquées chez les hommes que chez les femmes, ainsi que la plupart des racines de ce que l’on nomme masculinité, à savoir la préoccupation d’être fort, indépendant, dur, cruel, polygame, misogyne et pervers » (p.78) Alors ça, ça me la coupe.

 

Quel cafard."

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 09:49

 "Je rigole (orangé) quand je lis « Le jour des règles vient naturellement, sans effort sinon sans douleur, et voilà la petite fille déclarée femme pour toujours. »

Avoir ses règles n’est pas un fait de nature, ou plutôt qu’avoir ses règles ne dit rien en soi, n’a pas de signification en soi tant que les hommes ne se saisissent pas de ce fait. Il n’est aucun fait naturel, chez l’homme, qui ne soit profondément informé par la culture (de même qu’une paire de couilles n’a pas de signification en soi, que deux chromosomes sexuels n’ont pas de signification en soi).

 « Les chercheurs culturalistes ont beaucoup contribué à éliminer les confusions entre ce qui relève de la nature (chez l’homme) et ce qui relève de la culture. Ils ont été très attentifs aux phénomènes d’incorporation de la culture, au sens propre du terme, montrant que le corps lui-même est travaillé par la culture. La culture, expliquaient-ils, « interprète » la nature et la transforme. Même les fonctions vitales sont « informées » par la culture : manger, dormir, copuler, accoucher, mais aussi déféquer, uriner, et encore marcher, courir, nager, etc. Toutes ces pratiques du corps, absolument, semble-t-il, naturelles, sont profondément déterminées par chaque culture particulière, ce que Marcel Mauss, de son côté, démontrera en 1936 dans son étude sur les « techniques du corps » : on ne s’assoit pas, on ne se couche pas, on ne marche pas de la même manière d’une culture à une autre. Chez l’être humain, on ne peut observer la nature que transformée par la culture. »

(La Notion de culture dans les sciences sociales, Denys Cuche, p.42.)

 E.B. inverse tout simplement la chaîne logique : dans notre civilisation, la catégorie femme est pensée en lien avec la nature et la biologie, et en particulier en rapport avec la maternité : la femme est d’abord et avant tout une matrice et une machine de reproduction. Pour cette raison, le fait d’avoir ses règles – signe extérieur que la personne devient fertile, peut enfanter – se voit investi d’une signification puissante : avoir ses premières règles c’est devenir une femme (dans le système culturel qui est le nôtre).

  Ce que E.B. déboîte en : nous savons, nous constatons, c’est un fait que (point de départ) : avoir ses premières règles c’est devenir une femme. Par conséquent, devenir une femme est facile et vient naturellement.


 Je lis la citation de Philippe Djian, page17, et un filet de sueur glacé descend le long de mon dos : « Je crois que je peux comprendre à quoi sert une femme, mais un homme, à quoi sert-il au juste ? »

 Stupeur. Mais à quoi sert donc une femme ?     



« Les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire non pas de notre volonté, mais de la nature, n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses ; au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, autrement dit comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d’autant toute faculté d’agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect).Ce ne sont donc pas là des fins simplement subjectives, dont l’existence, comme effet de notre action, a une valeur pour nous ; ce sont des fins objectives, c’est-à-dire des choses dont l’existence est une fin en soi, et même une fin telle qu’elle ne peut être remplacée par aucune autre, au service de laquelle les fins objectives devraient se mettre, simplement comme moyens. […] L’impératif pratique sera donc celui-ci : Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »

Emmanuel Kant, Fondements de la Métaphysique des Mœurs (1785), p.294.

 « Je crois que je peux comprendre à quoi sert une femme, mais un homme, à quoi sert-il au juste ? »

 La femme sert à quelque chose.

 Elle remplit une fonction déterminée.

 L’homme lui est mis face à l’absurde de la condition humaine. Il éprouve le vertige de la liberté."
 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 09:47

Je laisse un petit temps Nicole-Claude Mathieu, mais j’y reviens j’y reviens j’y reviens… (car j’ai pô fini…)


Parce qu’il est médiatiquement beaucoup question d’Elisabeth Badinter, ces derniers temps, j’ai eu envie de reposter ici un texte que j’ai écrit il y a quelques années déjà, à propos de cette bonne dame et de sa soupe de pensée Liebig.


Il y a sept ou huit ans, je n’étais plus une bébé féministe mais à peine une préado de la conscience ;p

J’ai eu envie / besoin de m’emparer d’un de ses bouquins, « X Y, de l’identité masculine », de le lire, avec attention et circonspection, d’essayer d’affronter cette pensée, pour éprouver si cela résistait, si j’avais à répondre, si je savais décoder, si je pouvais contrer, si ma pensée était structurée, armée – si, en fait, j’avais de véritables opinions et si je pensais vraiment tout ce que je pensais – le féminisme, le matérialisme, les épines de mes idées.

Et oui… vraiment, je n’ai eu aucun mal à contrer. J’ai plutôt trouvé que l’ennemi était bien faible ; des arguments, j’en avais à la pelle pour démonter sa bouillie.


Je colle ici (en plusieurs posts, car le tout est assez long) mon texte de l’époque (un petit peu toiletté, car dorénavant je censure les passages les plus persos… :p).

 


« J’ai fait glisser mon nez le long des étagères de la salle à manger d’Argenteuil. Il est tombé (mon nez) sur un petit poche d’Elisabeth Badinter : son célèbre essai « XY. De l’identité masculine » – monument de philosophie s’il en est. Connerie en spray, gel cent pour cent tartrant d’incompétence débilitante. Lamentables épopées de sexisme en tranches molles. Terreur (de ma pensée entartrée). Malaise (c’est mon genre à l’intérieur qui proteste – vigoureusement insultée mon identité de sexe tambourine à l’intérieur et laboure mon estomac. Envie de vomir).
 Bilan.

 La vision qu’E.B. se fait du monde contemporain (occidental) ne laisse pas d’être déroutante. On lit tout simplement sur la quatrième de couverture (première phrase) : « Le mouvement des femmes a fait voler en éclats toutes les idées traditionnelles sur virilité et féminité. »

 Non, les femmes ne sont aujourd’hui pas du-tout-du-tout plus associées à la conception et l’élevage des enfants que les hommes ; elles ne prennent pas du-tout-du-tout plus en charge les tâches ménagères que les hommes ; elles ne sont absolument pas moins payées que les hommes, ni moins présentes aux postes de direction, pas du tout plus orientées vers les filières littéraires et les emplois de services, pas du tout sur-représentées dans les secteurs des soins aux enfants, aux vieux et aux malades, pas plus que dans les branches consacrées à l’accueil et à la représentation de soi– autant d’activités, d’ailleurs, pas du tout associées aux femmes dans l’imaginaire ; elles occupent bien sûr la moitié des sièges de l’assemblée nationale et du sénat, institutions démocratiques assurant la représentation de l’ensemble des citoyens français ; les hommes sont aujourd’hui autant tués par leurs compagnes que les femmes par leurs compagnons, et sont tout autant violés ; d’ailleurs Laurent Fabius n’a pas du tout demandé à Ségolène Royal qui garderait les enfants – tout cela a volé en éclats : ça saute aux yeux (attention aux éclats d’obus).

 E.B. consacrera toute son énergie, sa bonne volonté, le tranchant de ses quatre neurones et demis et les 319 pages de sa scatologique réflexion à démontrer, avec une candeur presque touchante, que « les idées traditionnelles sur virilité et féminité » n’ont rien perdu de leur mordant ni de leur actualité. Continuité de la femme avec la Nature, définition exclusive par la maternité réelle ou possible, nécessaire arrachement de l’homme au monde gluant et menaçant des femmes - que du bonheur.

  E.B. pose une relation d’asymétrie entre le devenir femme du bébé femelle et le devenir homme du bébé mâle : « Etre un homme implique un travail, un effort qui ne semble pas être exigé de la femme. » La catégorie femme est pensée (interprétée, recouverte de significations, symbolisée) en continuité avec la nature, et en lien avec le pôle de la passivité. La catégorie homme est au contraire construite en opposition avec la nature, en lien avec la Culture (on s’arrache à la nature pour s’affirmer homme) et en lien avec l’activité. Nous sommes d’accord sur ce constat. Le problème réside dans ce glissement incessant et implicite – et dont E.B. n’est même pas consciente, semble-il – de la signification à la réalité.

 La signification qui colle, dans notre civilisation, à la catégorie femme (ou à la catégorie homme) est un amas relativement cohérent et fonctionnel de sens, de symboles, de relations – un amas culturellement construit (dans l’exacte mesure où, pour Edward Sapir, la culture est un système de communication, et donc un ensemble de significations. La culture est « le processus à travers lequel les significations sont culturellement et historiquement construites ». La culture est, dans cette tradition de pensée, un système de sens – Sapir était originellement linguiste). La pente qui mène de la signification (culturelle, historique, construite) à l’en soi est glissante. E.B. ne résiste pas au savon – ne tente même pas d’y résister : pour elle c’est purement et simplement la même chose.

 La catégorie femme est pensée en continuité avec la nature et la passivité. La catégorie homme est pensée en lien avec la culture et l’activité.

Je m’interroge : faut-il en déduire qu’une femme est effectivement par nature plus passive (molle, lascive, abrutie ; qui reçoit – le pénis d’abord (la femme est en dessous écrasée immobile), la petite graine ensuite (elle est le sac dans lequel l’homme plante puis fait grandir sa semence, le ventre dans lequel ça pousse)) ?

Faut-il en déduire que la femme est effectivement plus proche de la nature (des plantes, des animaux, du climat, des mystères du ventre de la terre – de la sorcellerie) et plus éloignée de la culture (de la pensée construite) ? Faut-il en déduire qu’il est effectivement « plus facile » de devenir une femme aujourd’hui en France, car c’est devenir quelque chose de proche de ce que l’on est naturellement, au début ?


E.B. prend tout bonnement ces significations (culturelles, construites, sexistes) for granted."

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Présentation

Où êtes-vous ?

Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si !)
Ces petits topos seront situés : c'est moi qui parle, j'écrirai donc ce que j'ai compris / pas compris, ce que j'ai aimé, ce qui m'a intéressé, ce avec quoi je suis en désaccord, etc. Les réactions sont très bienvenues. Vous y trouverez aussi épisodiquement des récits - de choses vues, entendues, autour de moi.
Thèmes abordés chez la méduse : féminisme, théorie féministe, genre - militantisme, sciences sociales, racisme aussi (... etc.?)
Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

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