Je vous mets ici ma traduction d'un article de Nina Funnell, publié sur le net au début du mois de juillet dernier, et qui avait alors aiguisé ma curiosité. (Vous trouverez le texte en V.O. ici - je ne brille pas particulièrement par mes talents de linguiste ! )
"Un avant-goût du harcèlement sexuel pour les hommes"
"Le Web et les jeux vidéo en général ne sont pas connus pour inspirer des lectures féministes . Au contraire, les jeux vidéo classiques sont souvent critiqués pour perpétuer des valeurs sexistes et misogynes et les stéréotypes. C'est ce qui fait de ce nouveau jeu en ligne, « Hey Baby », un jeu si intéressant.
Le jeu est assez simple. Vous êtes une femme, des hommes vous approchent et vous disent des choses comme : « J'aime ton p'tit cul » ou « Excusez-moi, vous avez un petit ami ? » Ils vous crient également des obscénités et vous menacent de violences sexuelles.
Vous pouvez soit leur tirer dessus, soit leur répondre « Merci, bonne journée ». Il y a aussi d'autres femmes qui se promènent autour de vous, mais vous ne pouvez pas leur tirer dessus.
A première vue, le jeu semble tout droit sorti d'un fantasme de vengeance, développé pour des femmes harcelées sexuellement et aigries, à la recherche d'un défouloir.
Mais le jeu n'a pas été conçu pour les femmes. Il s'agiten fait une œuvre d'art interactive visant à développer l'empathie des hommes - et il semble fonctionner. Seth Schiesel, testeur de jeux vidéos pour le New York Times, nous offre un récit de son expérience de jeu. Au début, il a été choqué par l'idée que dire « wow, tu es vraiment belle » à une femme pourrait lui donner le droit de vous tuer. Schiesel souligne également qu'il serait « culturellement impensable » de voir un jeu dans lequel un homme ne peut que tirer que sur des femmes.
Mais en continuant à jouer, Schiesel dit avoir développé « une compréhension croissante » ("a swelling appreciation") pour le jeu et pour le vécu quotidien des femmes. Comme l'écrit Schiesel : « Je me suis rendu compte à force qu'il était absurde et pas réaliste de penser que dire : « Merci, bonne journée » pouvait désamorcer l'agressivité d'un homme qui vous crie au visage : « Je veux te violer » ».
Une autrechose intéressante à propos de ce jeu, c'est que, bien que les hommes ne puissent jamais vous faire de mal, il n'y a rien que vous puissiez faire pour qu'ils cessent de débouler. Le jeu lui-même n'a pas de fin - les hommes, les commentaires et les menaces ne cessent de surgir - pour toujours. Avec raison, la violence est également présentée comme une réponse inutile.
Après des heures de jeu Schiesel a levé les mains en signe de frustration et s'est exclamé : «Mais qu'est-ce que je suis censé faire ? » Ce qui est, bien sûr, ce que d'innombrables femmes pensent tous les jours.
Il continue : «Je doute qu'aucune autre forme d'art non-interactive ait pu me procurer une expérience aussi viscérale de ce que traversent un grand nombre de femmes dans leur vie de tous les jours. Je n'ai jamais abordé une femme inconnue dans la rue. Et je ne vais certainement pas commencer maintenant, après avoir joué à « Hey Baby ». »

Ce n'est pas le seul exercice conçu pour enseigner aux hommes la critique du harcèlement sexuel dans la rue. Un programme d'éthique sexuelle (notamment dirigé vers les joueurs de football) consiste à leur demander d'écrire sur des tableaux blancs ce qu'ils font chaque jour pour éviter d'être harcelés sexuellement. La plupart restent pantois et se grattent la tête.
Des femmes choisies au hasard sont ensuite introduites dans la pièce, et on leur pose la même question. Elles se mettent alors à griffonner furieusement sur le tableau. « Je reste à l'entrée de l'ascenseur pour éviter d'être coincée au fond. » « Je m'assois à l'arrière du taxi et je fais semblant d'être au téléphone. » « J'essaie de m'asseoir à côté de femmes dans les transports. » « Je porte des baggy et des pantalons quand je sors mon chien - même en été quand il fait chaud. » Et ainsi de suite.
Les femmes sont généralement surprises de réaliser à quel point elles ont intériorisé la menace sexuelle comme inévitable et omniprésente. Les hommes sont choqués de réaliser comment les femmes ont appris à gérer leur sécurité - presque inconsciemment.
L 'exercice montre que les hommes et les femmes ont une expérience très différente de l'espace public. Pour de nombreux hommes, l'espace public est soit un lieu dans lequel ils se sentent forts (" either something they feel an entitlement over "), soit quelque chose de neutre qui doit simplement être traversé. Pour presque toutes les femmes (ainsi que pour de nombreux hommes homosexuels et hommes d'autres groupes minoritaires) l'espace public est un lieu chargé de menaces, qui doivent être gérées.
Bien entendu, siffler une femme ou l'interpeler avec des petits noms n'est pas la même chose que l'agresser. Mais le harcèlement sexuel et le viol sont sur un même continuum. Crier de sa voiture « hé bébé » ou « montre-nous tes seins » est une manière de rappeler aux femmes que certains hommes se sentent autorisés à manifester leur désir sexuel du corps des femmes (et dans l'espace public), sans se poser la question de savoir si cette femme en a envie ou pas, ou de ce que cela peut lui faire – pas seulement à ce moment-là, mais en général, depuis sa position sociale de femme.
Il est vrai que certaines femmes affirment aimer être sifflées (dans des circonstances où elles se sentent en sécurité, non menacées), mais la plupart des avances sexuelles dans la rue sont vécues comme non désirées, envahissantes et parfois menaçantes. Elles sont également profondément prédatrices. Je le sais parce que je n'ai jamais été harcelée ou sifflée quand j'étais avec d'autres hommes – cela n'arrive que lorsque je suis seule et plus vulnérable.
Le harcèlement sexuel dans la rue diffère du harcèlement sexuel au travail, en ce sens qu'il n'existe aucune possibilité de recours pour les « frappes chirurgicales » anonymes comme les avances sexuelles.
Convaincre les jeunes gens qu'il n'est pas « gratuit » ou « flatteur » de crier des propositions à caractère sexuel à des femmes n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire. Mais de tels exercices de jeux de rôle et de construction de sentiments d'empathie peuvent y contribuer."
Ladies, are you sick and tired of catcalling, hollering, obnoxious one-liners and creepy street encounters? Tired of changing your route home to avoid uncomfortable situations?