Après ce petit Moliniérisme, j'en viens aux diverses explications que j'ai pu trouver pour rendre compte du fantasme de viol.
En gros, ça donne ça :
on est tellement belle / désirable / irrésistible que les hommes ne peuvent pas se maîtriser ;
la sexualité et le plaisir sexuel restant fondamentalement honteux, imaginer qu'on est forcée à l'acte sexuel permet de « se laisser aller », de se dédouaner de tout sentiment de culpabilité, et de pouvoir ainsi prendre son pied.
(J'avais écrit « différents types de » et « diverses explications », et je ne trouve que deux machins dans mon panier – c'est qu'après examen le reste (de mes recherches au gré du net) s'apparente plus à du porridge qu'à des idées.)
Le second mode d'explication retient tout mon intérêt. C'est lui que met en avant Virginie Despentes dans sa King Kong théorie (p.55 et suivantes de l'édition Grasset).
« C'est un dispositif culturel prégnant et précis, qui prédestine la sexualité des femmes à jouir de leur propre impuissance, c'est-à-dire de la supériorité de l'autre, autant qu'à jouir contre leur gré, plutôt que comme des salopes qui aiment le sexe. Dans la morale judéo-chrétienne, mieux vaut être prise de force que prise pour une chienne, on nous l'a assez répété. Il y a une prédisposition féminine au masochisme, elle ne vient pas de nos hormones, ni du temps des cavernes, mais d'un système culturel précis, et elle n'est pas sans implication dérangeante dans l'exercice que nous pouvons faire de nos indépendances. Voluptueuse et excitante, elle est aussi handicapante : être attirée par ce qui détruit nous écarte toujours du pouvoir. » (p.56)
(« elle n'est pas sans implication dérangeante dans l'exercice que nous pouvons faire de nos indépendances » : cela fait écho avec l'article de Molinier – les Blanches émancipées de leur rapport de domination (de genre) utilisent cette petite dose de liberté pour... un exercice bien dérangeant : le jeu de l'esclave.)