C'est en lisant un manuel universitaire de psychopathologie que j'ai fait cette découverte : "Les troubles de l'identité sexuée" d'Aude Michel, chez Armand Colin (collection 128 pour les étudiants). Les divers "troubles" en question sont détaillés, et les thérapies expliquées, avec leurs protocoles ; l'exposé est émaillé d'encarts qui présentent des cas concrets.
Avant tout traitement hormonal ou opération, un-e "patient-e" doit se soumettre au real life test, qui dure de six mois à un an et doit être réalisé avec succès.
"Selon l'HBIGDA, l'objectif du real life test est que le patient adopte toutes les apparences du sexe convoité dans l'ensemble des activités de sa vie quotidienne, tant sociale que professionnelle. Durant cette période, le sujet reçoit une attestation médicale justifiant le port de vêtements du sexe opposé. Ce certificat permettra de réduire ses craintes lorsqu'il est soumis à un contrôle d'identité."
(p.92) [HBIGDA : Harry Benjamin International Gender Dysphoria Association, organisation internationale qui définit un protocole de traitement médical du transsexualisme.]
"Dès l'annonce du diagnostic de transsexualisme, François, jeune homme de 27 ans en quête de féminisation, paraît soulagé. Durant les consultations qui suivent le diagnostic, il se montre beaucoup plus détendu et se dit particulièrement apaisé : "Que vous reconnaissiez par votre diagnostic que je ne suis pas un fou ou un pervers sexuel, cela a été un immense soulagement pour moi. Je n'ai jamais accordé beaucoup d'importance à ce que les autres pouvaient penser de moi, mais j'avoue que c'est plus simple aujourd'hui : si on m'agresse, je peux simplement explique ce que je suis. A ce propos, la semaine dernière, alors que j'étais en voiture en jupe avec des talons hauts, j'ai été arrêté par les gendarmes. Je leur ai présenté votre certificat médical, ils ne m'ont rien dit... Une telle situation était impensable il y a quelques semaines ! Je me serai retrouvé immédiatement embarqué au poste..." "
(p.103)
Il me semble qu'on peut voir dans cette pratique médicale (la délivrance du certificat, systématique et intégrée dans le protocole), le signe que l'institution reconnaît non seulement la pratique de la répression et sa fréquence, mais encore sa légitimité, au moins partielle.
Je ne sais pas si un gendarme embarquant au poste une personne dont la tenue vestimentaire ne coïncide pas avec le sexe mentionné sur sa pièce d'identité est ou non dans son plein droit ; il serait intéressant de le savoir.
En tout cas, c'est une pratique suffisamment reconnue (et pas seulement par les victimes) pour donner lieu à une pratique institutionnelle en retour.