J'ai retrouvé un vieux truc que j'avais écrit sur un vieux numéro de cette vieille revue qui s'appelle Elle – et c'était en 2002 (ouais j'étais déjà vivante à l'époque, mais petite hein – avec un petit cerveau frais...)
Au-delà de mes commentaires métaphysiques sur la chose, que j'écrivais alors avec mon cerveau frais, le contenu de ces pages de Elle me semble intéressant – en particulier au regard de l'article de Pascale Molinier, et des interrogations qu'il soulève (sur la relation sexuelle inégale, le fantasme de viol, etc.).
Numéro daté du 3 mai 2002, avec sur la couverture une accroche qui m’avait accrochée :
« Sexualité : jusqu’où les femmes vont par amour. »
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Avec cette expression, " par amour " (en dessous du titre de la rubrique : "sexualité "), il était sous-entendu que ce n’était pas " par désir " : on allait parler de ce que faisaient des femmes, sans le désirer, pour des hommes ; des femmes qui faisaient ce que désiraient des hommes.
Je me suis demandée d’abord de quels genres de " jusqu’où " il était question, de quels espaces limitrophes, de quels marécages de la sexualité. J’ai parcouru l’article. " Zones les plus archaïques ", échangisme, relation sexuelle à trois (ou à plus), films pornos, utilisation d’accessoires, position à quatre pattes, lieux risqués, ligotage, gros mots, « langage bestial » - tels sont les exemples que j’ai relevés. A la sexualité – féminine, en tous cas – était associé le thème de l’abandon : "parce que la relation sexuelle est le lieu de l’abandon et de l’oubli de soi ". Cela m’a fait penser à la discussion que j’avais eue avec Jadd au sujet d’une scène de la série Urgences, dans laquelle Harper se laissait totalement aller (au plaisir, mais aussi au " maniement " de son amant), tandis que Carter ne perdait jamais le contrôle de lui-même et de l’acte sexuel, au point de se soustraire à l’érotisme.
Les relations sexuelles à plusieurs, l’utilisation d’accessoires ou la copulation dans des " lieux risqués " ne peuvent pas en soi être associés à une notion de domination masculine. Cette relation est en revanche au minimum suspectée pour ce qui est de l’échangisme et du recours aux produits de l’industrie pornographique (traditionnelle).
Elle est incontestable quand il est question de "langage bestial ". S’il restait une ambiguïté, l’auteure de l’article précise : " parce qu’on sait qu’il relève du jeu amoureux et non de l’insulte faites aux femmes ". On voit bien de quelle sorte de " bestialité " on parle. (Traiter son amante de "salope ", "pute ", "chienne " ou " garce " ("t’aime ça, hein ! "), mais c’est pour de rire.) Dans la même veine, on " se découvre soumise érotiquement ", on " tutoie le fantasme de la prostituée ".
Cette domination masculine manifeste fait l’objet d’un astucieux ( ? ) retournement : monsieur Jacques Waynberg, (éminent) psychothérapeute, explique : " la soumission érotique est une autre forme de prise de pouvoir sur l’homme. Anne [chef d’entreprise, précise l’article, donc qui domine peut-être un peu trop d’hommes dans son quotidien, et a besoin pour se sentir femme de revenir aux vraies valeurs féminines] déclare : "plus il me prend sauvagement, plus il me domine et plus j’aime ça, parce que je sais que ma soumission c’est aussi ma puissance de femme sur lui. " (aha, ma puissance de femme sur lui)
" Plus qu’une descente, ce fut une expérience extrême que Catherine Millet s’imposa en s’offrant à des pénétrations effrénées et multiples. Commentaires de la psychanalyste Françoise Wilder, qui lui a consacré un livre à partir d’entretiens menés avec elle durant plusieurs mois : "Elle était satisfaite de ne pas s’être sentie empêchée. Elle parlait de vacuité, de perte de soi, d’évanouissement de soi. Elle se donnait comme seule limite la maltraitance physique. Tout dépend comment on traverse cette image d’avilissement de soi et comment on en revient. Cela nous va-t-il, cela ne nous va-t-il pas ? En éprouve-t-on un sentiment d’horreur, de perte de soi ? Et si me perdre me va ? Et si nous avons reconnu dans cette perte-là quelque chose de nous, comme un enjeu de jouissance ?
Certaines femmes cherchent dans le temps du rapport sexuel à être destituées à leurs propres yeux." »