Après m'être plongée dans le texte d'Audre Lorde sur les outils du maître, j'ai eu envie de découvrir davantage ses écrits – moi qui n'y connaissais pas grand chose (voire rien).
Grâce à mon ange gardien féministe, j'ai pu avoir entre les mains d'autres de ses articles, et j'ai commencé par celui-là : Uses of the Erotic, the erotic as power, écrit en 1978.
J'ai trouvé ça assez étrange, comme texte. Ça ne m'a pas véritablement emballée ; mais j'aimerais beaucoup avoir d'autres points de vue dessus, j'aimerais savoir comment d'autres personnes peuvent le recevoir. (Qui ça peut emballer et pourquoi. Quelle est la force d'emballage de cet article, et ce qu'on peut emballer avec : quelles armes ça donne pour lutter ? Pour se réveiller ? Pour comprendre ? Ou pour tout autre chose – mais qu'on m'explique, j'ai soif de percer le secret d'Audre Lorde...)
Je voudrais coller ici sur l'animal marin deux trois choses que j'ai pensées, quatre cinq impressions que cet article m'a laissées. (J'ai fini d'écrire ce blabla avec la sensation désagréable de n'avoir, finalement, rien compris. Une envie d'aller me colleter avec l'article traduit en français, mêlée d' « un à-quoi-bon, je ne dois pas avoir les oreilles pour cela... »)
Mon premier problème (peut-être mon problème central...), pour aborder ce texte, est le suivant : je ne comprends pas ce qu'Audre Lorde entend par « érotisme ». Ce n'est pas faute d'en lire des définitions, pourtant : elle en donne à foison dans ces quelques pages. Mais toutes restent pour moi obscures, abstraites, plongées dans un généreux brouillard londonien. Paquets de mots qui dessinent des créatures émotionnelles que je ne saurais reconnaître, désigner, identifier, en moi et dans ma vie.
« a resource within each of us that lies in a deeply female and spiritual plane, firmly rooted in the power of our unexpressed or unrecognized feeling »
« that power which rises from our deepest and non rational knowledge »
« the erotic is a measure between the beginnings of our sense of self and the chaos of our strongest feelings »
« an internal sense of satisfaction »
« that sense of satisfaction and completion »
« it is a question of how acutely and fully we can feel in the doing »
« the nurturer or nursemaid of all our deepest knowledge »
etc.
(C'est une difficulté à laquelle je me suis souvent heurtée ; en philo, j'ai pu manier des concepts comme des couverts à dînette pour faire mes tambouilles de disserts, mais fallait pas me demander ce que signifiaient pour de vrai, dans la vraie vie (et pas dans le dessin animé géant que figurait pour moi le champ de la philo) l'être et l'étant, le je transcendantal ou la différance ; donner des définitions, ça oui, pour le reste... - mais pour moi, ici, c'est autre chose qui se joue, je ne cherche pas seulement à jouer : en tant que féministe j'attends de pouvoir véritablement comprendre ce que me dit Lorde.)
J'aurais besoin d'une recette, du coup, pour faire ce qu'elle appelle à faire - « trouver l'érotisme dans ma vie », éprouver profondément tous les aspects de ma vie, faire de la quête de la joie et de l'érotisme un guide pour ma vie, dans ses dimensions les plus quotidiennes... - je suis censée faire comment ce truc ????
Je n'y perçois que des échos quasi mystiques, qui restent pour moi hermétiques.