La deuxième et dernière fois où je me suis incrustée au séminaire de Fassin & Lagrave, on y causait âge et genre, et maculinités en Colombie. J'ai commencé par me tromper d'heure, et j'ai raté les 45 premières minutes du truc. Quand je me suis assise en catimini – enfin, j'eus aimé que ce fût en catimini... - en haut de l'amphi, Juliettes Rennes était en train de parler dans son micro, tout en bas, du dernier numéro de la revue Mouvements coordonné par elle : la Tyrannie de l'âge.
Trois petites choses que j'ai retenues, furtivement, de la discussion sur âge et genre, dans le petit morceau que je n'ai pas raté :
1. De la même manière que la « race », la classe et le « sexe » se signifient les uns les autres, l'âge peut signifier d'autres rapports de pouvoir : quand on parle de « bande de jeunes », par exemple, on ne dit pas seulement l'âge (comme il pourrait sembler) ; l'âge signifie la classe (populaire) et la « race » (« noirs et arabes »).
2. Les rapports de genre, de « race » et de classe jouent sur la façon dont l'âge est perçu : les ouvriers, les immigrés et les femmes sont jeunes plus longtemps, et vieux/vieilles plus tôt. Jeunes plus longtemps : l'expression « jeunes femmes », par exemple, est utilisée jusqu'à un âge (objectif) plus avancé que ne l'est l'expression « jeunes hommes » ; ils et elles sont ainsi tenu.e.s plus longtemps dans un état de minorité symbolique. Rapidement perçus comme vieux/vieilles : et ainsi « hors circuit ». Pour les minorités, l'âge d'adulte dure peu; le fait d'être adulte est un privilège qui a à voir avec le « sexe », la « race » et la classe.
3. Juliette Rennes l'a évoqué (ce thème est explicitement abordé dans le numéro de Mouvements), et Rose-Marie Lagrave a insisté et développé : les femmes vivent plus longtemps, de ce fait les femmes vieilles sont plus nombreuses que les hommes – or il semble que la problématique de l'âge et de l'âgisme soit absente des réflexions et luttes féminstes.
La figure de la rivalité entre les femmes jeunes et les autres femmes, et les femmes vieilles, quant à la beauté et la séduction, est un pan du sexisme ; la question de la solidarité intergénérationnelle dans le féminisme doit être posée. Le corps âgé ne fait l'objet d'aucune attention féministe, les vieilles sont laissées à elles-mêmes. Pas de prise en charge par le féminisme de la vieillesse – pas de réelle réflexion, non plus, autour de la notion de « mort dans la dignité ». Dans une société productiviste qui vante l'indépendance à tout prix, la fragilité, la vulnérabilité sont des valeurs négatives...
[Un article est consacré à une maison de retraite autogérée fondée par une militante féministe, Thérèse Clerc : la Maison des Babayagas, "maison de retraite autogérée, citoyenne et écologique".]
La vieillesse peut être un moment de subversion de plus !