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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 21:48

En réalité, les premières pages de l'article de Mohanty ne m'ont nullement perturbée ; bien au contraire, je n'y trouvais que des idées auxquelles je pouvais adhérer de toute ma colle, et qui me semblaient magistralement formulées. J'étais d'accord, je la suivais.

 

Bien sûr, l'articulation entre la race et la classe, entre l'anti-racisme et le féminisme, l'inscription du féminisme dans la pensée post-coloniale, ça me parle ! Les rencontres entre le féminisme et le racisme, entre le féminisme et l'impérialisme, entre le féminisme et le racisme de classe, je connais ; le solipsisme blanc, le féminisme bourgeois, les donneuses de leçons, les unes de Marie-Claire sur les pauvres aliénées voilées, tout ce fleuve de productions « féministes » qui construisent et entretiennent le rapport de domination de classe, de race, du Nord sur le Sud... ce n'est pas comme si ça me tombait du ciel, dans un vaisseau spatial piloté par Chandra Mohanty...

 

Pour le dire autrement, si je n'avais connu de cet article que ce qu'en dit Laetita Dechaufour dans son introduction au féminisme post-colonial, ici (présentation dont je vous recommande chaleureusement la lecture... très clair avec tout un tas de références qu'il faudrait noter partout sur ses petits carnets...), je n'aurais pu qu'applaudir des deux mains – Big up à Mohanty, celle qui dissèque et jette aux orties la catégorie de Lafâme du Tiers-monde...

 

« […] concept utilisé aujourd'hui par les féministes de couleur aux Etats-Unis pour décrire l'appropriation de leurs expériences et de leurs luttes par les mouvements féministes blancs hégémoniques, le terme « colonisation » renvoie aussi bien aux hiérarchies d'ordre économique et politique les plus évidentes qu'à la production de discours culturels spécifiques sur ce qu'on appelle le « Tiers-Monde ». Qu'il soit utilisé comme concept heuristique de manière sophistiquée ou problématique, ce terme suggère presque toujours une relation de domination structurelle, et la suppression discursive ou politique de l'hétérogénéité du ou des sujets en question. Je me propose d'analyser ici plus précisément la manière dont quelques textes féministes récents (occidentaux) ont produit ce sujet monolithique et singulier » (p.149)

 

Dans toute son introduction, donc, quand Mohanty expose le programme de son article – ce qu'elle veut faire, ce qu'elle va faire, pourquoi, comment, dans quelle perspectives avec quels outils dans quel-s but-s – je suis, de mes deux pieds et mes deux hémisphères, avec conviction. Mais quand, à partir du milieu de la page 154, elle se met à le faire, alors là... au premier abord... je cale (aye, ça picote sous ma neurone...).

 

Afin de déconstruire la figure de « la-femme-du-Tiers-Monde », Chandra Talpade Mohanty s'appuie sur un corpus bien défini de textes : un ensemble d'ouvrages publiés dans une même collection, la collection « Femmes du Tiers-Monde » de la maison d'édition Zed Press.

« Un certain nombre de [ces] textes […] offrent des exemples typiques du genre d'analyse que les féministes occidentales produisent sur les femmes du Tiers-Monde, et que je critique. Ainsi, l'étude de certains de ces textes permet de mettre au jour le type de discours que je m'efforce d'identifier et de définir. » (note p.154)

 

Premier problème, pour moi : l'usage qu'elle fait des citations (tirées de ce corpus de textes). Je ne comprends pas bien ; j'ai parfois l'impression qu'elle fait dire à ses citations plus qu'elles ne disent – j'ai donc des difficultés à la suivre où elle m'emmène, jusque dans ses conclusions.

 

Deuxième problème : je trouve cet article assez désordonné, confus. Ca ne facilite pas la compréhension (elle part revient repart reprend, laisse l'idée la ramasse en commence une autre poursuit la deuxième et... je suis perdue :) ).

En dépit de tous mes efforts, je n'ai pas réussi à comprendre ce qu'elle voulait dire dans la fin de son article, à partir de la page 170 - « certains travaux confondent utilisation du genre comme méta-catégorie d'agencement des représentations, et utilisation du genre comme catégorie explicative universellement probante », et suite.

(Dans la même ligne, je pense, je ne saisis pas bien ce qu'elle entend par « le potentiel explicatif de la différence de genre » (p.159 par exemple).)

 

Troisième problème : des passages avec lesquels je suis en désaccord.

Page 160, Mohanty développe l'idée selon laquelle ce qu'on fait serait moins important que le sens de ce qu'on fait (citant Michelle Rosaldo : « la place de la femme dans la société humaine n'est pas directement fonction de ce qu'elle fait […], mais du sens que ces activités prennent dans les interactions sociales concrètes ») ; elle en déduit ainsi que « le fait que les femmes élèvent les enfants dans un certain nombre de sociétés est moins important que la valeur que les sociétés en question attachent à cette activité ». Alors là, je ne suis pas. Que ce soit aussi important, et à prendre en compte dans l'analyse, bien sûr, mais plus important ?!

(Je me demande si ma position n'est pas davantage matérialiste que celle de Mohanty – mais je ne fais que me demander car je ne maîtrise pas ;p.)

Et de poursuivre : « dans la théorie de Levi-Strauss sur les structures de parenté comme système d'échange des femmes, ce qui est important, c'est que l'échange en lui-même n'est pas constitutif de la subordination des femmes : les femmes ne sont pas subordonnées à cause de l'échange lui-même, mais à cause des modalités d'échange instituées et des valeurs qui leur sont attachées. » (p.160)

Ah bon. Ben. Ah.

Je ne pense pas bien que Nicole-Claude Mathieu soit d'accord avec ça, et je suis davantage convaincue par NCM. (Et vous ?)

 

(Ce blabla n'est sans doute pas très intéressant quand on n'a pas le bouquin dans les mains... j'en suis confuse.) J'attaque dans mon troisième post à venir sur Mohanty le coeur du problème : la catégorie « les femmes » - ses usages, sa légitimité, sa signification (ou pas ;p).

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Published by Alix - dans Féminisme
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