Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 21:49

  Je reviens, sept mois après ce dernier article.

Enfin, la méduse revient... avec ses petits filaments tout poisseux


Voilà, j'ai disparu tout ce temps, parce qu'un petit phénomène – matériel météorologique et événementiel – a mangé tout mon temps, ou presque. C'est marrant, parce que le dernier article posté ici l'a été le 27 juin 2011, et c'est le hasard, en fait - mais c'est très exactement ce jour-là que le phénomène a débarqué, à 16h59.


J'ai décidé de faire une chose que je ne fais pas d'habitude sur la méduse : raconter ma vie.

Je n'ai pas ouvert la méduse pour ça, et je ne le ferai plus ensuite.

Seulement, là, une fois, après ce trou de sept mois qui est déjà une anormalité sur le mollusque, j'ai comme envie de déballer, dans ce grand article qui promet d'être sacrément désordonné, déballer les choses – petites grandes tordues douloureuses fraîches ou intestines – toutes ces choses, ces pensées, ces épreuves, qui me sont venues.

Pour en quelque sorte rendre raison de ce trou de sept mois.


Et aussi parce que bon, comme a dit un jour une bloggeuse de mes amies – ton blog, c'est chez toi hein, tu peux y coller ce que tu veux... Alors raconter sa vie ma foi, pourquoi pas, si ça nous chante. Et alors.


Non seulement je vais raconter ma vie, mais en plus, je vais le faire n'importe comment, voilà – en gros blocs de textes pas articulés, en fleuve, en logorrhée, en chantier, en pas fini, en qui mène nulle part. Tant pis.

 

 

* * * * * * *

 

Je n'ai pas lu de littérature sur ce thème (faire / avoir un enfant, être parente), il doit assurément y en avoir un bon monticule – et des choses à méditer. Si - j'ai tout de même lu la Femme gelée d'Annie Ernaux – ça mériterait un petit article, tiens, en plus de celui-là – le faire-des-enfants dans la vie d'Ernaux (ou de sa narratrice)...

 

J'ai aimé lire cet article récent de Mona Chollet sur le film « 17 filles » :

 

[ « On reste néanmoins perplexe : subversive, la maternité ? Si 17 filles peut défendre cette thèse, c’est que, en tant que film français de bon goût, il évacue résolument toute la culture populaire dont notre monde est baigné ; c’est-à-dire la culture où apparaît de façon flagrante la survalorisation de la maternité, pour ne pas dire sa valorisation exclusive, qui reste aujourd’hui dominante dans de larges pans de la société. » […] « lorsque tout votre environnement culturel vous martèle que le rôle de mère est « le plus beau » qu’une femme puisse endosser - non pas un beau rôle parmi d’autres, mais le plus beau -, il y a une certaine logique à vouloir zapper les autres étapes. Autant accéder tout de suite à ce statut censé vous apporter toute la considération que vous pouvez espérer et mettre un peu de sel et d’action dans votre existence, en vous dispensant de les chercher ailleurs - ou aussi ailleurs. »]

 

Dans le film Les témoins d'André Téchiné, Emmanuelle Béart interprète une femme qui laisse pleurer son bébé pendant des heures en se mettant des boules Quiès pour pouvoir travailler, et qui dit ensuite au père de l'enfant qu'elle ne doit pas être faite pour être mère, qu'elle ne pouvait pas le savoir avant de le devenir, mais que se transformer en baleine pendant neuf mois puis ne plus dormir de la nuit pendant les mois qui suivent c'est vraiment pas son truc – j'ai beaucoup aimé cette facette du personnage qu'elle incarne, d'une part parce que l'on voit rarement de telles scènes au cinéma, d'autre part parce que ce qui pourrait être taxé de comportement de « mauvaise mère » n'est pas au centre du récit, n'est pas réellement traité comme un problème, ça se passe comme ça, et puis c'est tout, puis c'est pas si grave, puis le bébé n'en meurt pas, ni n'en devient psychopathe ou autiste – juste Béart rame et gueule - voilà.

 

J'aime beaucoup cet article de Clémentine Autain sur son blog – pas révolutionnaire, mais carré, clair, et juste, je trouve.

 

Puis cet article (qui n'est plus en libre accès...) de Virginie Descoutures sur SciencesHumaines.com, super intéressant, sur « le quotidien des mères lesbiennes » : où l'on apprend que la figure du père, et la référence à la « vraie » famille, reste très prégnante (« un papa c'est important », il faut savoir « d'où l'on vient »), que les mères non biologiques, « moins femmes que les vraies femmes parce qu’homosexuelles, moins mères que les vraies mères parce que sans lien biologique avec leur enfant et sans statut juridique pour pallier cette carence, [...] risquent de voir leurs compétences parentales sans cesse remises en cause », et que les tâches domestiques sont le plus souvent inégalement réparties entre les deux mères. L'auteure conclut qu'« une action sur les normes s’opère [...] du seul fait que l’existence de ces familles introduit dans les relations qu’elles engagent au quotidien avec le reste de la société une redéfinition des possibles. »

 

* * *

 

Je sais qu'une grossesse peut être physiquement vécue comme un effroyable empèsement - comme si on t'engluait dans quatre tonnes de goudron-béton, qui t'écrasent et te figent ; tout devient lourd, lent, pénible, fatigant. Moi perso j'avais plutôt l'impression de couver une bulle d'air, vaguement volumineuse, un peu fragile.


J'ai pu expérimenter les mille signes de la valorisation sociale de la grossesse et de la maternité. Ébahie et dérangée par ce mot (passe-partout) qu'on m'a répété pendant des mois : félicitations. Mais félicitations pour quoi ? (« Et les autres... je ne vous dis pas bravo ! » )


Je sais qu'un accouchement peut être une grosse épreuve de trash et de sang ; je trouve ce récit d'Agnès Maillard effrayant et précieux - il dit toute l'infinie violence que peut constituer un accouchement médicalisé.

 
(extraits)

"Mon corps ne m'appartient plus, il est une extension anonyme du grand corps médical tout puissant. […]
La salle de travail est purement fonctionnelle et pensée pour faciliter le travail du plateau technique. Nous y sommes des intrus. C'est un hall de gare dont les portes battantes laissent parfois passer une petite foule en blouse de couleur qui vient s'informer sans aucune forme de civilité de l'état de ma dilatation et qui commente cette violation de ma chair intime avec la même indifférence que si j'étais un objet. […]
Mon corps entier vibre d'indignation contre le traitement qui lui est infligé. […]
Je suis en train de m'éloigner de toute cette souffrance et je ne me rends même plus compte que c'est moi qui suis en train de hurler comme une bête blessée. […]
J'ai seulement peur. Par flash confus, je me rends compte que je vais mourir. Je pousse, je pousse, à m'en déchirer les entrailles, mais il n'y a plus rien, plus de jus. Je crois bien que la sage-femme m'engueule. Puis, après un temps flou et indéterminé, je vois les bottes blanches de l'obstétricien emplir mon champ de vision. Ce sont les mêmes que celles que chaussent les ouvriers dans les abattoirs à canards. On a glissé un seau à la verticale de mes fesses pour y recueillir tous les fluides qui s'écoulent abondamment de moi. L'homme est en train de monter bruyamment une sorte de gros couvert à salade. Qu'il enfonce sans préavis dans mon sexe pour y chercher la tête de ma fille. J'ai l'impression d'être écartelée. Quelqu'un pose une petite chose vagissante sur ma poitrine lourde et tendue comme un tambour, mais mes bras sont tellement faibles que je n'arrive pas à la tenir. Je cherche du regard quelqu'un pour m'aider, mais déjà, tout le monde s'affaire sur autre chose. C'est finalement son père, pâle, ravagé, en état de choc, qui aura la présence d'esprit de me tenir le coude pour que je ne laisse pas échapper mon enfant par terre, du haut de mon étroit lit de souffrance. Je devrais être heureuse. J'ai juste froid et envie de pleurer. Voilà tout ce qui reste de ce qui aurait pourtant dû être le beau jour de notre vie."


De mon côté les médecins/doctoresses et tout le corps médical, je les ai vus et revus - j'ai dormi avec (quoi que pas dans le même lit)... Moi qui ne suis pas pote avec eux, pourtant : je ne l'ai pas mal vécu. Pourquoi ?

J'ai détesté les médecins pendant des années parce qu'ils me disaient mon anormalité, ils me jugeaient avec leurs airs condescendants, j'en avais peur, et en même je les haïssais, ils me dominaient - j'étais la petite chose révoltée dépenaillée et ridicule, avec qui ils avaient envie d'être gentils parfois (et d'autres fois ils s'en foutaient) ; j'étais l'échec répété, j'étais le cas pas grave mais atypique, la déformée. Plus tard j'allais les voir pour ma gorge ou mon mal de bide, et j'avais les mains moites dans la salle d'attente - qu'allaient-ils penser de ma maladie toute petite, ils allaient se foutre de moi, je n'aurais jamais dû venir, je n'avais pas assez mal c'est certain - le souci de mon bien-être était ridicule. ILLEGITIME.

Là (terrible de reconnaître et d'écrire ça) : j'avais RAISON d'être là, c'était BIEN : j'étais ENCEINTE. J'avais tous les droits d'aller voir les médecins, et en plus, ce n'était même pas pour moi. Fantastique cette légitimité d'être-au-monde qui te vient quand ce n'est plus pour toi, mais - comble du bon droit - pour un BEBE. Un ENFANT. (Protéger. Prendre soin. Prendre tous les soins. Les précautions.) (Tu deviens quelqu'un de bien en croûtant toute la journée dans un canapé - mais sans manger de chips, quand même.)


L'accouchement. Est-une expérience unique, magique ? pfff... non, c'est une expérience qui peut être vécue de douzaines de façons différentes... (comme tout ? certainement...) C'est un truc étrange comme un truc qu'on fait pour la première fois - comme d'aller pour la première fois dans un restaurant à nouilles (ça c'est pour le côté social du truc : les codes, les gens, les lieux, le mode d'emploi), ou comme la première fois de ta vie que tu vomis (pour le côté physiologique et sensuel - c'est vrai, la toute première fois, tu trouves ça étrange, non, comme expérience, vomir ??) Le côté "magique" provient exclusivement de la saturation de significations sociales et culturelles de ce fait – accoucher /faire-voir naître. [Des fois je me demande quelle est la différence entre "social" et "culturel", genre dans cette phrase, là.... Bon, tant pis.]

Bien sûr il y a des récits de ce fait/cette expérience dépouillés de toute magie (heureusement ils existent) : on l'on raconte qu'un truc vaguement dégueu, un petit tas de chair, rouge, sort de soi comme un étron.


Donc. Le sang les cris le trash, ou bien : cet être brun un peu mouillé qui sort de moi comme un petit suppositoire bien huilé, sans faire de bruit, doucement, presque (calmement) - après qu'on se soit bien bidonné avec la sage-femme et ses copines, parce que j'avais manqué de me péter la gueule de mon lit dans le bassin.


Bref. Pas d'expérience unificatrice vécue par la troupe de toutes ces femmes-qui-ont-accouché.


(J'écris quoi là au fait, avec mes histoires de diversité-de-l'expérience-vécue ?... Ah oui. L'idée, c'est ce truc du corps-vécu-mâle qui serait essentiellement différent du corps-vécu-femelle. Bon, j'y crois pas. Je ne crois pas qu'il y ait cette barrière, là, essentielle, radicale, objective, en soi... (je rajoute des adjectifs ou c'est bon ?) Et même pas entre les mâles et les femelles-ayant-accouché : pas d'expérience ultime de l'enfantement, irréductible, blablabla... Façon genrée d'habiter son corps, oui (bien sûr), dressage des corps. Donnée irréductible de la matière ? Je dirais que sans doute, davantage que le caractère sexué du corps, ce qui peut dresser non pas une barrière, une frontière, entre deux types de corps-vécus, mais ordonner une sorte de palette, un kaléidoscope, un herbier, .... ce serait d'une part la corpulence, d'autre part la maladie. (Bon, c'est mon opinion à moi que j'ai. D'autres propositions ?))

 

* * *


Évidemment élever cet enfant de façon féministe représente maintenant l'un des buts de ma vie........ Élever un enfant de façon féministe ; élever une fille de façon féministe. Ça creuse des tunnels dans ma tête.

Pour une part, c'est facile : les jouets, les vêtements, les discours explicites qu'on lui tient - fastoche. Restent deux grands océans : le monde (tout ce qui nous échappe, toutes ces petites mains connues et inconnues qui vont modeler sa tête de piaf), et puis, tout ce qui nous échappe à nous, dans notre propre comportement, dans nos paroles, dans ce qu'on est, dans notre organisation plus ou moins contrainte, dans les choix que l'on fait à moitié, dans toutes nos erreurs..... dans notre corps et notre cerveau dressés-genrés, parce que je suis bien un petit château de sable genré, parce que je suis imbibée, parce que j'essaie de m'essorer mais c'est pas simple....

 

Ne pas filliser ce bébé, zapper l'étape de l'étiquetage - que ça reste le plus longtemps possible un bébé neutron - on a quelques techniques pour développer ça : éviter le rose, les robes, les trucs dans les cheveux. Je fais gaffe à ce que je lui dis : qu'elle a des biscottos, qu'elle est costaud, courageuse. Je l'affuble de petits surnoms féminins et masculins.

J'appréhende la période princesse - pour moi, ça sera Finemouche sinon rien. Faire exister dans son petit monde autant de couples hétéro que de couples homos - que ça soit aussi réel, concret, vivace, dans son petit univers d'images et de représentations, même si ça ne tiendra pas longtemps devant l'effroyable vague d'hétéronormativité du grand monde extérieur... (Je pourrai recustomiser tous ses bouquins : écrire dans les marges et coller des bouts de photos et de dessins de partout pour déshétéronormer toutes les histoires.... Ou voter la parité : pour tout bouquin hétéro qui entre dans la maison, un bouquin homo. Et paf. Je sais, on va ramer... ben sinon on les écrit nous-mêmes....) Puis faudrait pas seulement des couples homos : aussi des personnes heureuses & épanouies sans être en couple ; des personnes qui vivent seules leurs vies et qui prennent leur panard, des personnes qui habitent ensemble parce qu'elles sont ami.e.s, des personnes qui habitent à trois (ben ouais), qui habitent en communautés, qui... enfin, d'autres modèles que petitoursbrunetsonpapaetsamaman, D'AUTRES MODELES.

 

* * *

 

Je n'emploie pas le terme "mère", quand je parle de moi (encore moins le mot "maman" quand on parle entre adultes : "je suis la maman d'une petite fille de..." - beurk) - je préfère être "parente". Un rôle de parente, ne pas être une parente trop nulle... Je vise l'indifférenciation maximale de notre présence auprès de cet enfant - à moi et à l'autre parent. (Pour ne pas dire "rôle". "Fonction".)
Différenciation des tâches :

la mère est davantage présente,

la mère en fait plus,

la mère s'occupe davantage des plus petits, le père des plus grands,la mère est plus douce (câline),

la mère rassure davantage quand l'enfant pleure / quand l'enfant pleure il réclame d'abord sa mère.
Je ne veux pas être fusionnelle avec cette enfant ; je ne veux pas que l'autre parent serve de "tiers séparateur" (me reviennent à l'esprit les frissons (de rage et d'horreur) qui m'avaient parcouru à la lecture de Badinter) ; je ne veux pas en faire plus ; je ne veux pas de cette asymétrie entre lui et moi qui fera que l'enfant me réclamera plus. Comment faire pour ne pas être cette "maman" ? (Où ranger toute notre socialisation genrée, qui façonne mon rapport aux enfants en général (et à celle-ci en particulier), et son rapport aux enfants et à cette enfant ?)

Les dés sont pipés dès le début - pas à cause de la grossesse (la belle affaire), pas à cause de la "nature", à cause du congé maternité - très social et institutionnel, celui-là. Sauf circonstances particulières (chômage, choix de non travail, travail à dom', VLV (very longues vacances).... tout ça), après ses petits 11 jours de congé paternité auquel il a droit s'il a pénis, et autres petites vacances si il/elle a de la chance, l'autre parent reprend le chemin de ses journées-à-plein-temps, et parent-qui-a-accouché se retrouve avec le petit machin du matin jusqu'au soir, dans un joli tête-à-tête, parfois poétique, parfois angoissant, étrange en tout cas - souvent addictif : je dis pas que la relation en soit particulièrement altérée, prenne un tour particulier (maternisant) du côté du petit être (j'en sais rien du tout, et en tout cas, je n'en ai rien vu : le machin que je couvais (de l'œil et du bras) ne manifestait aucun signe de reconnaissance - il se comportait de la même façon dans mes bras, dans les bras de l'autre parent, et dans les bras d'un/une qu'il n'avait jamais vu.e de sa courte vie ; ce qu'il voulait, c'était des bras - après, les bras de qui, il semblait s'en carrer comme de sa première chaussette.) Pas du côté du petit, donc, mais de mon côté, assurément : ma relation à lui prenait un tour bien particulier : un tour de poule, un tour qui me construisait (un peu) comme une mère, un tour qui me particularisait, qui fabriquait un peu de cette asymétrie entre moi et le papa. Qui a fait que quand, au bout de deux mois, je l'ai laissée à l'autre parent pendant deux heures trente pour prendre le métro (ô le monde extérieur !) pour aller dans des magasins (ô le monde extérieur !) (je sais, ça aurait été vachement plus classe d'aller au Louvre pour mes deux premières heures trente de liberté ) - je me suis trouvée dans un état de névrose aggravée - est-ce que ça va, est-ce que ça va, où elle est, qu'est-ce qu'elle fait, est-ce que ça va, est-ce que... je me sentais vide et ballante comme un manchot qui a perdu son œuf, toute stressée - je me suis dit : "en quoi suis-je en train de me transformer ???!!" En ça. En parente genrée frappée d'asymétrie. Paf. La honte.

Je vise l'indifférenciation maximale des tâches / rôles...

 

[ Cet article de Virginie Descoutures traite, donc, du partage du travail de soin aux enfants dans les couples de femmes. L'enquête qu'a menée la chercheuse montre que ce partage est rarement égalitaire : "on ne retrouve certes pas de couples où l’une "jouerait la femme" (en n’accomplissant que des tâches féminines) et l’autre "jouerait l’homme" (en se réservant le bricolage et le jardinage). Mais les femmes qui en font davantage sont généralement celles des deux membres du couple qui ont un revenu inférieur à celui de leur compagne et dont l’absence à l’extérieur du logement (sur le lieu de travail) est plus courte, du fait d’un temps partiel de travail." V. Descoutures note tout de même que les inégalités au sein des couples lesbiens sont globalement moins fortes que dans les couples hétérosexuels. L’explication vient peut-être, écrit-elle, du fait qu'elles sont "toutes deux soumises à l’obligation (renforcée par la suspicion liée à leur homosexualité) d’être une « bonne mère. »" ]

 

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Ma socialisation comme fille / femme a fortement marqué la façon dont je gère mes émotions - dont je ne les gère pas, en fait, principalement . On pourrait dire que je suis très "émotive". Que ça monte vite, me submerge, que j'en mets partout. Là encore, mon indifférenciation des rôles en a pris un coup... faudrait d'abord voir à ne pas se construire en femme / homme pour ne pas se comporter en mère / père.... (ce qu'on peut, ce qu'on peut, faire ce qu'on peut....)

Ne pas construire ma fille comme fille.
(Vais-je me retrouver avec l'assistance sociale aux fesses ?)
"Toute différenciation est une hiérarchisation, tout acte de socialisation féminine est une amputation." (C'est une citation de personne, hein, juste un essai de voix - écouter comment cette phrase sonne, s'interroger.)

 

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Quand j'étais enceinte, j'ai fait attention à ne pas utiliser le prénom du futur enfant pour parler du fœtus - parce que les fœtus ne sont pas des personnes, parce que sinon la pente est glissante.

 

(J'avais du mal, cependant, à neutraliser ce penchant en moi : le goût de la relation avec un être imaginaire. Parce que j'ai longtemps été animiste, j'ai passé de longues années à converser dans ma tête avec les petites cuillères, les chaussures et les oreillers qui m'entouraient. De là à tenir salon avec un petit paquet de gras dans son ventre, il n'y a qu'un pas.)

 

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Il est évidemment important que toutes les femmes puissent faire le choix de ne pas avoir d'enfants : Clémentine Autain a super raison d'insister, dans un article sur la maternité, sur l'accès à la contraception et à l'avortement, sur l'urgence qu'il y a à se battre pour que les centres d'IVG restent ouverts et que les médecins continuent, plus nombreux, à pratiquer cet acte (on pourrait aussi parler des conditions d'accès à l'avortement et des conditions dans lesquelles cet acte est pratiqué).

Mais je pense qu'au-delà de cette affirmation, « toutes les femmes doivent pouvoir de pas avoir d'enfants », il faut s'interroger sur les conditions politiques du fait de ne pas avoir d'enfants (ou d'en avoir) ; sans doute beaucoup ne seront pas d'accord avec moi, mais je continue à penser, de façon bornée et totalement schizophrénique, qu'il est davantage féministe, dans notre société, d'exister comme femme sans enfant plutôt que comme femme avec enfant(s).

 

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Je crois pouvoir écrire que j'ai vécu mes premiers mois avec cette enfant comme une épreuve sportive. Une épreuve d'endurance, qui mettrait au défi mes nerfs, ma patience, ma capacité de résistance à la fatigue physique et mentale.

Le plus changement le plus frappant dans ma vie, depuis l'arrivée de ce petit être, c'est l'engloutissement de mon temps. Un festin de temps au ralenti - le temps passé avec un bébé est un temps étrange : on ne fait (presque) rien, et ce rien remplit tout.

Tous les bébés ne se comportent pas de la même façon - et les adultes avec eux non plus (y aurait-il un lien entre les deux ?), et je sais bien que certains adultes parviennent à faire tout un tas de trucs en gardant un bébé (je le sais et ça m'émerveille) (si comme la narratrice de la Femme gelée j'avais dû préparer mon Capes de Lettres en gardant le koala, je pense que j'aurais bien fait marrer le jury). La mienne la nôtre [n'appartient à personne] est du genre petite sangsue à temps plein : pendant des semaines et des mois elle est restée perchée dans nos bras, comme le baron de Calvino dans son arbre, et de nos bras, du coup, on ne pouvait pas faire grand chose - toute la journée. Aujourd'hui elle consent à en descendre un peu si l'on ne s'éloigne pas plus d'un mètre pendant moins de quatre minutes (sieste y compris) (j'exagère à peine) - forcément, notre temps en est tout bouleversé.

En fervente adepte du constructivisme radical, je considère que rien dans son comportement ne lui vient de son gène numéro 4 ou de la position des étoiles dans le ciel - que tout lui vient de ce petit jeu de légos qui a commencé avec elle, et où ce qu'elle est se construit, progressivement, au rythme de ses interactions avec le monde, avec nous, avec moi aussi, au rythme de ses interprétations de toute cette bouillie... Alors si elle ne descend pas de nos bras (par exemple), c'est... c'est pourquoi ? Je ne maîtrise pas les règles de ce jeu - je n'ai aucune idée des conséquences de ce que je fais et ce que je ne fais pas, et de comment je le fais - c'est beaucoup trop compliqué... (savoir ce qu'il faut faire.... bien faire... (gouffre d'incertitudes...))

 

Quand elle est née, je me suis sentie dépassée par sa perfection : ce bébé était trop beau, trop parfait, c'était trop grand, trop ; parce que, sans doute, j'avais imaginé ce bébé prématuré et malade, ou trisomique.

A plusieurs reprises, durant les premiers mois, mes petits nerfs fragiles chargés à plein temps de me donner la figure d'une fille normale et enjouée ont craqué (comme la glace qui craque sous les pieds du pingouin), et je me suis vue, transformée en une flaque, qu'a dû éponger l'autre parent. (Un peu de honte, un peu de peur, beaucoup de honte, quelques hoquets, de la fatigue). Une incapacité à penser tout ça féministement. Le ressenti de ma honte et de ma culpabilité dépassaient largement les discours politiques féministes que j'aurais pu tenir à n'importe quelle femme à ma place et dans mon état d'éponge.

 

 

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« La maternité est devenue l’expérience féminine incontournable, valorisée entre toutes : donner la vie, c’est fantastique. La propagande “pro-maternité” a rarement été aussi tapageuse. Foutage de gueule, méthode contemporaine et systématique de la double contrainte : “Faites des enfants c’est fantastique, vous vous sentirez plus femmes et accomplies que jamais”, mais faites-les dans une société en dégringolade, où le travail salarié est une condition de survie sociale, mais n’est garanti pour personne, et surtout pas pour les femmes. Enfantez dans des villes où le logement est précaire, où l’école démissionne, où les enfants sont soumis aux agressions mentales les plus vicieuses, via la pub, la télé, Internet, les marchands de soda et confrères. Sans enfant, pas de bonheur féminin, mais élever des gamins dans des conditions décentes sera quasiment impossible. Il faut, de toutes façons, que les femmes se sentent en échec. »
Virginie Despentes, King Kong Théorie

 

Ce n'est pas la même chose d'élever un enfant avec ou sans fric. Les conditions dans lesquelles on a un enfant en changent complètement la réalité – conditions de temps, de dépendance, de pauvreté.


(Sans enfant on a davantage de temps et d'argent ; avec, on a plus de reconnaissance et de gratifications sociales – AH : on a plus d'amour aussi .

Ça veut dire quoi, aimer un bébé ? C'est un truc étrange.)

 

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Ce qui est le plus dur, pour moi, sans aucune hésitation : ses pleurs, ses cris, parfois ses hurlements. A tel point que la question « vais-je y arriver avec ce bébé ? » s'est vite traduite en « vais-je réussir à affronter ses crises de pleurs ? » Une épreuve terrible pour moi.

Éprouver son impuissance face à ce qu'on lit comme une immense détresse, une terreur. [ Je deviens aussi angoissée qu'elle, tendue comme une punaise, à vif, ses hurlements me plongent dans un état de nerf et finalement un désespoir profond. ]

Finalement je me dis qu'on pourrait proposer comme test ultime de personnalité aux gens qui partent dans l'espace ou dans un sous-marin et dont les nerfs doivent être d'acier d'affronter les trois heures trente que peut durer une crise de ce bébé.

 

C'est tellement fragile, un bébé, on peut le tuer fastoche, en quelques secondes. Avant qu'elle naisse, j'avais des flash, souvent : je la lâchais, elle tombait, elle passait par la fenêtre, se fracassait contre une table. C'est fou d'avoir la responsabilité d'une vie.

 

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Pour essayer d'écrire un truc vaguement organisé (attendez les gars je chausse mes lunettes), je dirais que le fait d'avoir un enfant met en question et transforme notre rapport à trois éléments : dans cette expérience sont en jeu notre rapport au temps, au pouvoir, et aux normes.
Au temps, parce qu'un enfant aspire et fait des corn flakes de notre temps libre. [ Petite parenthèse : quand je parle de temps libre, ici, je parle en tant que moi et de ma classe... Parce que l'expérience que peut avoir du temps libre une femme certes sans enfant, mais employée dans une société de ménage (par exemple), qui a quatre tranches de ménage à faire dans la journée dans quatre lieux différents de la région parisienne, et qui rentre chez elle pour croûter sur son lit et essayer de vaguement reconstruire ses forces pour la journée d'après... est certainement fort différente de la mienne. ]

 

Aux normes, parce qu'avoir un/des enfants est un enjeu puissant de conformation sociale, en particulier pour les femmes.


Au pouvoir enfin parce que je trouve cet appel à contribution passé sur la liste Efigies pas con du tout – qui dit :

 

« Aujourd'hui, dans le monde entier, les humains vivent leurs premières dix-huit années sous un statut social particulier : le statut de mineur régit dans tous ses aspects la vie de 20 à 50% de l'humanité. Ce "minorat" est justifié par l'idée de nature : le caractère inabouti du développement corporel et mental des moins de dix-huit ans, leur manque constitutif de discernement censé en découler, nécessite de leur imposer un statut dérogatoire au droit commun (Delphy). Ils sont ainsi placés automatiquement sous tutelle soit de leurs géniteurs, soit d'adoptants, soit de "professionnels de l'enfance", salariés d'institutions spécialement dédiées à leur cas spécifique.

Cette même nature "d'enfants", d'"être en devenir", est censée impliquer que ces jeunes humains soit éduqués ("pour leur bien"), et pour ce faire contenus dans des familles, des foyers et des écoles, et soumis à un travail constant d'apprentissage. De fait, le "manque de discernement" qui leur est imputé a pour conséquence que la société retire aux "enfants" tout pouvoir effectif sur leur vie.

Peut-on développer une lecture politique, féministe, de ces rapports sociaux adultes/enfants si peu problématisés ? Peut-on légitimement analyser la condition des "enfants" en termes d'appropriation privée (familiale) et d'instrumentalisation sociale (éducative) ? Dans quelle mesure peut-on parler de domination adulte sur les enfants ? […] Cet atelier propose donc d'étudier un type de discrimination et de domination qui a été peu problématisé, de façon à faire émerger certaines de ses caractéristiques propres, son importance, et les liens tissés avec d'autres oppressions fondamentales ­ tout particulièrement les oppressions de genre. »

 

Décider « d'avoir un enfant » implique d'accepter d'exercer un pouvoir immense sur une autre personne. En particulier, de lui donner des ordres et de se donner tous les moyens de se faire obéir (persuasion, incitation, répression). Et ce « pour son bien », pendant des années. Ce n'est tout de même pas rien.

 

 

Ici, un article sur les usages de la maternité dans l'histoire du féminisme.

 

 

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Au terme de cet article-fleuve un peu boueux, avec quelques cailloux et quelques crocodiles, je voulais juste dire que la méduse essaie de revenir. Elle n'a plus toutes ses neurones rangées dans le bon ordre, il semble, mais elle fera de son mieux. A son petit rythme de mollusque (qui ne fait pas ses nuits).

N'hésitez pas à écrire tous les commentaires qui vous passent par la tête :)

Par Alix - Publié dans : En vrac
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Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 06:10

  L'intervention d'Elsa Dorlin se centre dans un premier temps sur l'un des concepts clé de la pensée d'Hélène Rouch : celui de membrane (déjà éclairé par une intervenante précédente, Simone Bateman).


H-rouch-1.jpg Ce véritable modèle de pensée élaboré par la chercheuse figure, dans une tradition philosophique et psychanalytique, le soi dans son rapport au monde et à l'autre (la membrane est à la fois frontière, et lieu d'échange et de circulation). Elle devient pour H. Rouch un schème, c'est-à-dire un outil au travers duquel elle va penser d'autres objets, en particulier le corps, en rendant intelligible sa matérialité : le corps devient dans la pensée de Rouch une membrane, elle-même composée de multiples membranes.

Cet outil conceptuel neuf permet de penser la matérialité non plus comme donné intangible et immuable, mais comme plasticité à la fois organique et historique. On décèle également dans le discours scientifique de Rouch sur la membrane des métaphores de genre, et au-delà, des métaphores politiques au sens large.


La membrane fournit en effet un contre-modèle pour penser l'identité. Les sciences biologiques sont travaillées en leur cœur par des mythologies sexistes, racistes et nationalistes, qui appréhendent l'identité à partir d'un schème unique : celui qui fait de tout élément étranger un élément pathogène dont l'intrusion déclenche des mécanismes de défense. Rouch s'intéresse de façon toute particulière à ce qu'elle désigne comme « la membrane des membranes », le placenta, dont elle ne conçoit pas le fonctionnement comme une exception mais comme la règle : mis en présence d'un élément étranger (le fœtus), la membrane placenta réagit en déployant des mécanismes d'échange, de communication et d'hybridité, et non des mécanismes agressifs de défense.

Hélène Rouch fait ainsi de la politique en utilisant la biologie, avec les modèles et schèmes déduits de la recherche biologique.

 

E. Dorlin énumère ensuite différents modèles d'intelligibilité de la gestation, qui relèvent tous de l'idéologie en tant qu'ils sont des appréhensions genrées de phénomènes biologiques. (C'est là que je m'emmêle un peu les pinceaux : je n'ai pas saisi ce que signifiaient certains modèles - je vous livre ce que je peux... .)

 

1. le modèle parasitaire (le fœtus comme sangsue) : un modèle en lien direct avec la fatigue que suscite pour une femme le fait d'être enceinte – le bébé à l'intérieur lui pompe son sang, sa bouffe, son oxygène, et son énergie... ;

2. le modèle surnuméraire de la monstruosité : l'apparition du fœtus est lue comme une prolifération de cellules surnuméraires, un corps se développe à l'intérieur d'un autre ;

3. le modèle fusionnel symbolique (dans cette veine idéologique, il faudra trancher ce processus fusionnel par un ordre symbolique, une « naissance sociale ») : mon corps reste mon corps, quand bien même il en produit un autre – cet autre reste moi-même (ce discours devient stratégique dans l'opposition au discours pro-life : même gestant, c'est bien de mon corps dont il s'agit) ;

4. le modèle antagonique, qu'Hélène Rouch développe particulièrement : la différence des sexes (mâle / femelle) fonctionne comme un prisme par lequel on pense la différence gestationnelle, le soi est clairement différencié de l'autre (pô compris) ;

5. le modèle agonistique, à la fois dominant dans le discours scientifique et excessivement peu diffusé dans le discours profane : la gestation est pensée sur le modèle de l'agression ; le corps doit se défendre, mais en même temps réussir à neutraliser ses propres défenses, afin que l'autre se puisse se développer ;

6. le modèle post-moderne du trouble, très proche de la pensée d'Hélène Rouch, développé par Donna Haraway (connais pô) ;

7. le modèle de la greffe, de l'intrus, de l'étranger ;

8. et enfin le modèle placentaire (celui que promeut Hélène Rouch) : le seul modèle explicatif qui, pour elle, restaure la complexité de la matérialité génératrice du corps.


louise_bourgeois_1.jpg

 

De cette typologie des modèles d'intelligibilité de la gestation, Elsa Dorlin tire deux constats.

Elle note en premier lieu la véritable prolifération de ces modèles, qui tranche avec la grande pauvreté des discours – comme si ces modèles de pensée tournaient à vide.

Elle souligne ensuite la contradiction manifeste entre le discours savant (dominé par le modèle de l'agression), et le discours profane, puisant d'emblée dans le registre moral et chantant béatement l'accueil du fœtus. Hélène Rouch considère que le discours savant gagnerait à se rapprocher du discours profane, en limitant ses références au schème « agression de l'autre / défense du soi ».


E. Dorlin estime, en miroir, qu'il serait féministement salutaire de produire un discours (profane) agonistique sur la gestation : on manque de discours sur le fait que la grossesse est un combat avec soi-même, des discours à même de restituer la négativité et la rage de l'expérience vécue de la gestation.

Par Alix - Publié dans : Elsa Dorlin
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Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 06:10

  Universitaire et féministe, biologiste se penchant sur les sciences sociales, Hélène Rouch s'est intéressée à des problématiques que Natacha Chetcutti résume ainsi dans son article en forme d'hommage : « comment sortir du dilemme nature/construction sociale ? Entre sexe et genre : où est le corps ? Que peut le corps ? Où se place la matérialité du corps et son rapport à la norme sexuelle et à la règle hétérosexuelle ? Cherchant sans cesse toutes les combinaisons possibles entre féminisme matérialiste, lesbianisme politique et  apport des théories queer, puis post-moderne, Hélène a ouvert des questionnements sans cesse renouvelés sur le rapport entre sexe biologique, sexe social, norme hétérosexuelle reproductive et hétérosexualité dans le domaine de la biologie. »

 

rouch-2.gifCette « journée internationale autour des recherches d'Hélène Rouch » a été l'occasion de présenter un livre rassemblant des articles de la chercheuse, « Les corps, ces objets encombrants. Contribution à la critique féministe des sciences », aux éditions iXe.


Les thèmes abordés ce premier avril 2011 touchaient aux matérialismes, à la construction (ou non-construction) du sexe, à la reproduction, aux enjeux de l'utilisation du concept de genre, au modèle, central dans la pensée d'Hélène Rouch, de la membrane (en lien avec la science de l'immunologie et pour penser, en particulier, l'identité), aux corps féminins, et aux corps féminins en gestation.

En sont ressorties pour moi une grande curiosité pour son travail et l'envie de lire le recueil de ses articles, ainsi que de l'admiration pour une chercheuse que je ne connais pas mais que tant d'autres chercheuses semblent à ce point admirer – et ce, bien sûr, en dépit et au-delà de l'agacement qu'ont pu éveiller en moi les interventions de la matinée.

 

J'aimerais essayer de résumer ici la dernière prise de parole, celle d'Elsa Dorlin ; ce résumé sera un peu boiteux car je n'ai pas tout compris – j'écris donc ce que je saisis, et pose de petits points d'interrogation sur le reste.

 

Les circonstances de cette intervention étaient un poil surréalistes : résidant toujours aux États-Unis, où elle passait une année en tant que « Visiting Associate Professor of Critical Theory » à l'université de Berckeley, Elsa Dorlin nous est apparue comme un hologramme sur l'écran géant de l'auditorium. Les organisatrices de la journée ne savaient pas exactement quand E. Dorlin serait prête et quand la technique de pointe fonctionnerait précisément ; elles ont ainsi cherché à meubler jusqu'à ce que l'américaine se matérialise. Après qu'Ilana Löwy eut décalé sa conclusion sur les acquis de cette journée, il fut donc demandé à toutes les personnes ayant intervenu depuis le matin de se rassembler à la tribune, pour un dernier débat. Affairement, bruits de vestes et de stylos, strapontins qui s'ouvrent et se ferment, voilà enfin tout le monde installé, on s'attend, se regarde, s'interroge, se sourit – ok on peut y aller, va pour la première question...? (Le public, amusé, a l'impression d'assister à un ballet de chercheuses improvisé un chouïa anxieuses.) Et là PAF, juste à la seconde où l'on prend son souffle pour commencer, Elsa Dorlin apparaît, image immense, étirée, silencieuse et un peu crispée, au-dessus des têtes des danseuses de la tribune. C'était franchement rigolo, parce qu'Elsa Dorlin nous regardait, nous, public, mais les femmes de la tribune ne la voyaient pas – elle avait surgi dans leurs dos ; puis à cause de la taille démesurée de l'image, et donc de la figure de Dorlin – grande prêtresse de la journée d'hommage... Grande prêtresse au visage immense et en même temps un peu gênée, interrogative, décontenancée sans doute par la technique et l'éloignement.

(Pendant tout le temps de l'intervention, et ensuite, pour les questions, Elsa Dorlin est restée géante – ce qui laissait flotter une certaine impression d'irréalité (quasi mystique) dans la salle.)

 

L'une des premières interventions de la journée, celle de Rosi Braidotti (qui avait l'air vachement sympa  ) traitait des « matérialismes corporels de l'épistémologie féministe ». Dans la suite de la journée, comme j'en ai esquissé les irritantes lignes ici, il fut beaucoup question du « réel » et du « concret » (censés pointer la différence des sexes), auxquels était opposée, dans les discours, une sorte de nébuleuse conceptuelle, désignée par divers attributs et expressions : « paradis », « baguette magique », « annulation du réel », « plus spéculatif que réel », « abstraction », « futuribles », « désincarné ». Il me semble qu'au cœur de cette opposition (peut-être un peu rhétorique, ou mythologique...) se pose la question, là aussi, de la matière : la « force des faits », la « résistance du monde matériel » - opposées à l'épouvantail de Judith Butler ...


Elsa Dorlin part de la question de la matière pour aborder le travail d'Hélène Rouch : elle rappelle que cette matière est inextricablement construite par des rapports chimiques, physiques, techniques et politiques. L'oubli de la matière, la dématérialisation des corps qui a pour corollaire la déréalisation de la domination, constitue une accusation récurrente contre certaines constructions théoriques. Il ne suffit pas, selon Elsa Dorlin, de revendiquer la matérialité pour échapper à cette accusation, il faut la problématiser.

Il ne faut pas, en outre, chercher à sortir du dilemme « nature / construit », en tranchant pour l'une ou l'autre de ces positions, mais travailler dans cette tension.

C'est le programme qu'a suivi Hélène Rouch tout au long de son travail de recherche.

Par Alix - Publié dans : Elsa Dorlin
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Vendredi 17 juin 2011 5 17 /06 /Juin /2011 17:34

  Oui, je sais, la méduse joue à cache-cache derrière son rocher en ce moment... A croire qu'elle hiberne en plein été. C'est juste que je préfère la laisser dormir tout son soûl et ouvrir un œil de temps en temps, plutôt que fermer carrément ce blog. Car, oui, ma tête (et pas mal du reste de mon corps...) sont occupés ailleurs, impossible pour moi de plonger entasser des pierres ces temps-ci – j'y arrive pas !

 

amphi-buffon.jpgUn petit mot malgré tout sur une journée d'études à laquelle j'ai assisté le premier avril dernier : une journée en hommage à Hélène Rouch, chercheuse décédée en 2009, qui se déroulait dans les locaux de Paris VII, et dont le programme est consultable ici.

 

Une journée super surréaliste pour moi, car je ne m'attendais pas du tout à y trouver ce à quoi je me suis heurtée. Faut dire, j'y allais un peu la bille dans la tête – jamais lu un article d'Hélène Rouch, une vague connaissance approximative de ses sujets de recherches ; mais je m'étais imaginée – en fait, j'étais persuadée – que ses travaux collaient comme la poisse au dos du monde à tout ce qui me préoccupe et me travaille : la remise en cause de l' « objectivité » et de la neutralité scientifique, la reconnaissance du caractère nécessairement politique des sciences, l'analyse de leurs effets en termes de rapport de pouvoir, l'emprise d'une certaine vision de la biologie, des discours naturalistes et de l'appel aux « faits » dans la construction des corps, et dans la construction du sexe.

 

Alors évidemment, quand l'une des intervenantes s'est targuée d'un « si le sexe est construit, ya plus qu'à aller se coucher », suscitant l'enthousiasme du public, j'ai eu bien du mal à cacher ma surprise, ma grande surprise, et, il faut le dire, une certaine dose d'agacement. Quand l'auditorium a résonné de phrases comme « la critique féministe n'est pas une bonne critique épistémologique », « je suis estomaquée quand j'entends que le sexe est construit », « ce qui réunit toutes les femmes c'est leur capacité à mettre au monde », « la différence des sexes est maintenue par la question de la génération », « il faut réconcilier égalité et différence », quand les personnes à la tribune se sont mises à s'intercongratuler, quand personne dans le public n'a bronché, j'ai pensé que je m'étais trompée d'endroit. Je ne pensais pas me rendre là où j'étais allée. (En fait, je ne comprenais pas où j'étais.)

 

Mes notes sur ces interventions fourmillent donc de gribouillages dans les marges - « n'importe quoi », « ça m'énerve ces arguments débiles », « j'ai faim ».

 

Ceci vaut pour la matinée ; les interventions et le public étaient sensiblement différents l'après-midi. J'aurais bien aimé, en fait, que certaines des personnes présentes l'après-midi le soient dès le matin, parce que j'imagine qu'elles auraient pu faire entendre une voix qui manquait diablement au milieu des rires entendus et des jugements emporte-pièce-de-petits-gâteaux. (Ilana Löwy, où étais-tu ?)

Le public était globalement plus nombreux et surtout beaucoup plus jeune l'après-midi ; j'y ai reconnu en particulier certains visages du master Genre, Politique et Sexualités de l'EHESS. M'est d'avis qu'ils auraient été dans l'ensemble plus réfractaires à l'ambiance du matin. (Le matin, on voyait surtout des femmes entre 45 et 65 ans ; beaucoup avaient l'air de se connaître – une petite clique de chercheuses aux premiers rangs.)

 

Les deux interventions qui m'ont le plus chiffonnée sont celles de Priscille Touraille et de Françoise Collin (qui se sont suivies – rien de mieux pour transformer mon désarroi en petite boule de rage rentrée). La séance était alors présidée par une psychanalyste, Martine Ménès – qui en bonne psychanalyste se roulait dans la réaffirmation du DEUX des copines, comme un épagneul breton dans la boue.

 

Ce qui m'a le plus énervée, je crois, dans l'intervention de Priscille Touraille, c'est ce jeu d'interactions avec l'auditoire. Le public (en tout cas, la partie qui se faisait entendre) poussait des soupirs de plaisir et de soulagement à chaque affirmation de sa part allant dans le sens d'un « rappel » du « réel », de la « réalité » du sexe, de la « dualité naturelle » (pardon pour la floraison de guillemets, je ne trouve pas d'autres biais pour exprimer ma distance). Quand j'y repense, c'est comme si toute une partie de l'auditoire s'était rendue à cette journée d'études le ventre un peu noué, avec une vague anxiété, à l'idée qu'elle allait entendre, qu'il allait lui falloir affronter cette idée violente et tellement dérangeante que « le sexe est construit » ; elles s'assoient, ça commence, elles écoutent, et finalement non ! Cette chercheuse, là, devant elle – et pourtant une toute jeune chercheuse, représentante de la nouvelle génération, venue après Joan Scott, après le genre, après Butler enfin ( !! ) leur confirme que oui, il y a bien deux sexes ! Qu'on ne peut pas dire n'importe quoi ! Qu'il faut arrêter de délirer deux minutes ! Aha, que le « réel » résiste, sacrebleu, et qu'on ne peut pas tout annuler avec une baguette magique, « comme le fait Butler » ! Forcément, les ventres se détendent, la petite boule d'angoisse s'en va, les langues se délient, aha on a eu chaud – elle est bien cette petite – bon, bon, finalement on est entre gens de raison et de bonne compagnie, il y a deux sexes, tout va bien, on peut continuer...

Je délire peut-être un peu, là, mais c'est comme ça que je relis, rétrospectivement, cette pluie de compliments, ces rires gais, détendus, et d'entre-soi, qui ont monté, progressivement, pendant et après l'intervention de Priscille Touraille. Comme si ça leur faisait vraiment du bien d'entendre ça.

 

En réalité, je ne veux pas parler de l'intervention de P. Touraille proprement dite. J'ai trouvé ça assez confus, j'ai manqué ses arguments, passés trop vite, trop transparents, ou peut-être dissimulés par le brouillard de stupéfaction qui commençait à monter dans ma tête. Ce que j'ai lu d'elle, plus tard, ailleurs, ne m'a pas tant rebutée ; j'ai parfois même trouvé cela vraiment intéressant.


C'est plus la réception de son discours qui retient mon attention ici, et tous ces autres discours qui l'ont entouré : des discours de rappel à la réalité.

 

« L'évidence », le « concret », « on voit bien » : ce recours au « réalisme » est censé briser net, ridiculiser tous les autres discours, qui eux construisent leurs objets, opèrent un détour par rapport au donné ; on hausse les épaules et balaie du revers de la main toutes ces « abstractions ». Ce geste s'accompagne bien d'une posture particulière, face au savoir, mais aussi et surtout face aux autres, face à l'auditoire – la posture séduisante du « on va arrêter de rigoler deux minutes et revenir aux choses sérieuses, quand même, on le sait tous bien qu'il y a deux sexes ». C'est le « cela-va-de-soi » de Monique Wittig, épanoui à l'échelle d'un auditorium.

Par Alix - Publié dans : Séminaires, conférences, interventions
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Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 08:26

  Je continue ici ce que j'ai commencé : l'évocation du texte d'Anne Koedt, Lesbianism and Feminism, qui date de 1971, dans lequel elle exprime certaines positions similaires à celles des Radicalesbians, et d'autres opposées.

 

Anne Koedt différencie clairement l'engagement dans un combat collectif (ce qu'elle qualifie de proprement politique), et le mode d'organisation de sa vie personnelle. Elle ne renie évidemment pas la revendication « le personnel est politique », mais met en garde contre ce qu'elle considère comme une mauvaise mobilisation de ce principe.


L'affirmation « le personnel est politique » fonctionne et doit fonctionner comme un outil d'émancipation. Elle a permis que des réalités comme « les rôles de sexe, la personnalité, l'organisation familiale, les tâches domestiques, la sexualité, le corps... », « qui jusqu'alors étai[ent] communément tenu[es] hors du politique », soient discutées, mises en questions, critiquées, et ce collectivement. « Il s'agit d'un travail d'historicisation et, partant, de politisation de l'espace privé, de l'intime, de l'individualité ; au sens où il réintroduit du politique, c'est-à-dire des rapports de pouvoir et donc du conflit, là où l'on s'en tenait aux normes naturelles ou morales, à la matière des corps, aux structures psychiques ou culturelles, aux choix individuels. » (Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, p.10).

Ce slogan qui prône la transformation du privé en politique n'a pas que des effets dans la sphère du savoir, mais aussi dans la conscience et la vie de chaque femme : « ce travail de conscientisation fait que le destin quotidien de chaque femme, la prétendue « condition féminine », est reconnue comme une expérience de l'oppression où je me reconnais moi-même comme « sujet de l'oppression ». En outre, le vécu singulier des femmes peut être re-signifié comme un vécu collectivement partagé : ce qui fonde doublement la possibilité même de la révolte, aux niveaux individuels et collectifs - « ce qui est résistible, n'est pas inévitable » (C. Delphy). » (ibid, pp.11-12)

 

Dépsychologiser et désindividualiser le vécu des femmes permet en particulier d'identifier et de lutter contre de multiples formes de violence. Ainsi voir dans le viol l'expression de la condition sociale et historique des femmes, du rapport politique entre les hommes et les femmes, et non plus un acte purement individuel, perpétré par un fou, un pervers ou un méchant, à l'encontre d'une femme qui-n'a-pas-eu-de-chance, donne des armes inédites pour lutter à la fois contre les actes de viol eux-mêmes et contre les séquelles des viols chez les victimes :

« Le 8 mars 1976, pour célébrer la Journée internationale de la femme, un « Tribunal international des crimes contre les femmes » se réunit à Bruxelles. […] Le problème du viol occupa dans les débats une place particulière. Les organisateurs de la conférence attirèrent l’attention sur ses implications politiques : « le viol apparaît clairement comme une tactique terroriste utilisée par certains hommes, qui sert à perpétuer le pouvoir de tous les hommes sur les femmes », concluait le rapport final. » (Histoire des femmes en Occident, tome 5 : XXe siècle, Yasmine Ergas, pp.689-690).


On peut considérer que la démarque engagée sur le blog Je vais bien, merci ! relève, elle aussi, de cette entreprise de désinvidualisation et déspychologisation, de transformation du vécu privé des femmes en réalité politique : ce que les femmes qui choisissent de recourir au droit d'avorter doivent affronter, la culpabilisation, l'humiliation, la maltraitance, la condition collective des femmes en rend compte, régie par des logiques sociales et des rapports de pouvoir. Éprouver la nature collective et politique de cette expérience donne des armes pour « aller bien », pour se libérer d'une part de l'oppression.


« Le personnel est politique », donc, est un slogan qui a été, est et doit rester un outil d'émancipation.


Il est néanmoins régulièrement dévoyé, écrit Anne Koedt, par des usages qui en font un outil de jugement, de sanction et finalement de contrôle de certaines femmes sur les autres : « We are all crawling out of feminity into a new sense of personhood. Only a woman herself may decide what her next step is going to be. » […] « Feminism is an offering, not a directive, and one therefore enters a woman's private life at her invitation only. »


Le mouvement féministe n'a pas vocation à délivrer des certificats de féminisme aux femmes, sur la base de l'examen de leur vie intime et de leur plus ou moins grande conformité à un certain nombre de critères, décrétés unilatéralement valoir comme « preuves » de leur engagement. Les vies des femmes ne sont pas la propriété politique du mouvement des femmes, écrit-t-elle. De tels jugements relèvent, ni plus ni moins, de stratégies de domination.

Une femme qui n'a jamais vécu ni désiré de relation lesbienne, par exemple, n'a donc pas moins le droit de s'affirmer féministe et de prendre la parole en tant que féministe qu'une femme qui s'identifie comme lesbienne. De même pour une femme mariée, de même pour une femme musulmane.


Et même, estime A. Koedt, une femme qui vit en couple lesbien peut se révéler moins féministe qu'une femme en couple hétérosexuel, car « a radical feminist is not just one who tries to live the good non-sexist life at home ; she is one who is workink politically in society to destroy the institutions of sexism. » Elle épingle, plus loin, « the false implication that to have no men in your personal life means you are therefore living the life of fighting for radical feminist change. »


Certes, « ne pas avoir d'homme dans sa vie privée » constitue pour une femme un acte de rébellion contre le système de genre, mais ne pas vouloir d'enfant ou vouloir devenir biochimiste le sont tout autant, note-t-elle. Et cela nous amène aux autres figures de la disparition de « la femme », aux autres « modes de sorties » (de la cage) évoquées par Pascale Molinier dans sa préface à Lauretis, ou par Bader dans son comm' ici.


Anne Koedt remarque qu'il y a d'autres raisons pour ne pas avoir couché ou vouloir coucher avec une femme que la haine de soi en tant que femme, même si elle reconnaît que ce motif est réel ; une femme peut, par exemple, vouloir tout simplement ne coucher avec personne (« a freedom women are granted even less often than the right to sleep with other women  »). A l'inverse, désirer faire l'amour avec une femme n'est pas nécessairement le gage de l'absence d'une telle haine de soi : prendre l'hypothétique place de l'homme dans une relation lesbienne peut signifier symboliquement s'éloigner du rôle de femme et « baiser les femmes pour ne pas en être une ».


Elle note en outre que le mouvement politique gay et lesbien n'a pas toujours été, historiquement (et n'est toujours pas aujourd'hui), nécessairement radical, mais s'accommode très bien de positions réformistes qui le font ressembler à un mouvement pour les droits civiques : de telles mouvances ne peuvent rejoindre le féminisme véritable, qui doit viser, pour elle, la destruction du système de genre. Être lesbienne, décidément... ne suffit pas .


Oui, reconnaît-elle, « se dire lesbienne » (pour reprendre le titre de Natacha Chetcuti), représente bel et bien une menace pour le système sexiste, mais ce n'est finalement qu'une part du combat pour le mettre à bas. Les actes individuels, quand bien même ils apparaissent comme une multitude d'actes de rébellion contre les rôles prescrits, restent, pour Anne Koedt, des moyens de s'accommoder de la vie dans une société sexiste, s'ils ne sont pas compris politiquement et pris comme enjeux et objets de luttes collectives.


En définitive, vivre féministement... ne suffit pas.

 

en-lutte.jpg

Par Alix - Publié dans : Lesbianisme
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Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si si si...)
Ces petits topos seront situés : c'est moi qui parle, j'écrirai donc ce que j'ai compris / pas compris, ce que j'ai aimé, ce qui m'a intéressé, ce avec quoi je suis en désaccord, etc. Les réactions sont très bienvenues. Vous y trouverez aussi épisodiquement des récits - de choses vues, entendues, autour de moi.
Thèmes abordés chez la méduse : féminisme, théorie féministe, genre - militantisme, sciences sociales, racisme aussi (... etc.?)
Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

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