Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 14:55

  Après ce blabli d'introduction, je rentre dans le vif du sujet ! A nous deux Terminator !

 

La série Terminator, avec ses trois premiers films sortis respectivement en 1984, 1991 et 2003, illustre de façon paradigmatique l'évolution des représentations du féminin dans le film d'action hollywoodien, entre brouillage et réaffirmation des normes sexuées. On peut décrire cette évolution comme un transfert des muscles et de l'agressivité vers le féminin - un transfert qui reste malgré tout idéologiquement très encadré.

 

Molia part d'une scène du dernier film de la trilogie : dans Terminator 3, une femme blonde pulpeuse et très sexualisée se bat à mains nues avec Arnold Schwarzenegger. La puissance physique est clairement associée à une femme (certes, ce n'est pas exactement une femme, c'est un robot du futur, mais tout de même...)

Comment en est-on arrivé là ???

 

term-1.jpgDans le cinéma des années 1970, on trouve quelques figures de femmes fortes dans les films de Blaxploitation, mais c'est surtout dans les années 1980 avec la trilogie Alien et le personnage joué par Sigourney Weaver qu'on voit apparaître des femmes puissantes et guerrières au cinéma. Alien fait pourtant figure d'exception : les années 1980 sont de manière générale marquées par un climat très conservateur et la volonté de restaurer l'autorité patriarcale, qui se traduit au cinéma par une formule hypermasculine du film d'action et l'âge d'or des stars bodybuildées (Schwarzy, Stallone).

 

Ainsi, dans le premier Terminator (1984), Sarah Connor est une femme passive, démunie, émotive, dépendante d'un homme pour rester en vie, et définie avant tout comme mère (la totale, quoi).

 

Dans Terminator 2, Le jugement dernier (1991), Sarah Connor apparaît comme transfigurée ; le film s'ouvre sur une scène de musculation, son corps est ruisselant de sueur, ses muscles tendus. Elle a compris qu'il fallait s'armer et s'entraîner...

 

Ce transfert des muscles vers le féminin est, explique Molia, strictement encadré, ce qui apparaît de deux façons term-2.jpgdans Terminator 2 :

D'une part ce phénomène est présenté comme une anomalie. L'attitude de Sarah est tout à la fois le fruit d'un traumatisme (une peur panique de la fin du monde), et le symptôme d'une déviance. Elle est littéralement obsédée par l'apocalypse, et nous apparaît comme à moitié folle, inquiétante. Sa violence s'apparente à certains moments du film à une cruauté aveugle : deux hommes doivent la raisonner et tenter de l'empêcher de passer à l'acte. La violence féminine semble par ce biais disqualifiée.

D'autre part Sarah reste, finalement, subordonnée à un homme : Schwarzy.

 

F.X. Molia tient toutefois à souligner l'ambivalence de ce personnage ; on ne peut pas affirmer de manière tranchée que Terminator 2 soit réac du point de vue des normes de genre. Lorsque Sarah Connor est enfermée dans un hôpital psychiatrique (institution patriarcale), par exemple, elle réussit à s'échapper en se battant, et a le dessus sur des hommes.

 

Dans Terminator 3, Le soulèvement des machines (2003), Sarah n'est plus. Ce n'est plus ce personnage qui va porter les représentations du féminin. Une autre femme crève l'écran : un robot.

Un robot ultraféminisé en combinaison moulante, qui se déplace en voiture de sport et prend des pauses obscènes ; un personnage qui allie hyperféminité, appétit sexuel et « girl power », qui domine l'homme dans les combats et figure le nouveau modèle de la femme d'action.

Faut-il y voir une capacité des femmes à dominer les hommes sans pour autant se masculiniser, demande F.X. Molia ? Non, pour lui, le message de Terminator 3 est bien davantage réactionnaire, et ce pour trois raisons:

- Cette super-femme n'est pas humaine : c'est un robot, et comme telle elle n'éprouve aucune émotion, n'a aucun sens moral.

- Via son pouvoir sexuel et érotique, elle manipule ses adversaires ; c'est la figure (un peu éculée) de la femme tentatrice.

- Les combats qui nous sont donnés à voir ne cessent de convoquer des références au féminin et au masculin, et à la toute fin, c'est la femme qui perd : on assiste de cette façon à la restauration de l'ordre juste ou naturel, au rétablissement de la domination masculine.

 

François-Xavier Molia diffuse à ce moment de sa présentation un extrait du film, où l'on voit Schwarzy se battre term-3.jpgavec T-X, le fameux super-robot féminin joué par Kristanna Loken ; la scène dure longtemps et frappe par sa violence. Les deux robots se mettent de magistrales torgnoles tout en restant très dignes et concentrés (pas de sang ni de cri dans ce combat – il met aux prises deux machines perfectionnées). Mais tandis que le robot-homme, joué par Schwarzy, se voit un peu amoché à mesure qu'il encaisse des baffes, T-X elle se remet systématiquement de tous les coups reçus et reste absolument intacte. (Il lui défonce la tête d'un coup de botte, hop, la tête tourne à 180° et part un peu en arrière, puis revient à sa place, et les traits du visage n'ont pas bougé.) Schwarzy finit par tenter de lui fracasser le crâne en la jetant la tête la première sur une cuvette de chiottes. (Même pas mal.)

Finalement, c'est T-X qui sort gagnante (cette fois-ci du moins).

 

Molia éteint le rétroprojecteur et se tourne vers nous (avec l'air mutin de celui qui vient de préparer une surprise ou une bonne farce). « Alors ? » (Ça vous a fait quoi ?....)

 

Le procédé est malin, parce que je pense qu'on est un bon nombre, dans la salle, à croire qu'en nous projetant cette scène il veut nous montrer à quel point la femme est puissante, dans ce film, à quel point elle est solide, comment elle met la pâtée à un gros robot couillu californien.

Et on est quelques-uns / unes à froncer le front, déjà, prêt.e.s à lui expliquer que non, vraiment, désolé, mais c'est raté, son message – nous on n'a pas vraiment éprouvé ça... Ou en tout cas, c'est pas bien clair dans notre tête, c'est confus.. Enfin c'est plus compliqué que ça...

 

Ce qu'on a vu, aussi (surtout ?), sur l'écran, ce qu'on a pris en pleine face, c'est la violence déchaînée contre T-X.

Le fait que le visage impeccablement maquillé du robot ne marque pas les coups rend bizarrement cette violence plus difficile à supporter. C'est comme une « image » de femme qui se ferait méthodiquement défoncer, encore, et encore.

 

 

 

Et Molia de commenter : et oui, c'est bien ça... Sous couvert de montrer une bataille entre robots, le film permet au spectateur d'assister (peut-être avec une certaine jouissance) à des scènes où un homme frappe impunément une femme.

 

Il souligne tout de même que ce n'est pas la seule lecture possible du film : le scénario laisse coexister des signes contradictoires ; on pourrait aussi voir par exemple dans Terminator 3 le rêve masculin de la femme ultra-sexuelle qui se transforme en cauchemar punitif... Si le message véhiculé par le film est trop univoque, il court le risque de s'aliéner une partie du public. Laisser ouverte la possibilité de plusieurs lectures permet de rendre une œuvre davantage grand public.

Il nous faut comprendre les relativités de la production du sens cinématographique. Il est par exemple possible pour une féministe de prendre du plaisir au visionnage d'un film anti-féministe.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Phil Siné 27/11/2010 13:14



je devrais penser à me relire avant de publier... désolé pour la multitude de fautes !



Alix 27/11/2010 21:57



Où ça des fautes ??



Phil Siné 27/11/2010 13:05



et pan ! encore un film (le labyrinthe de...) dont on arrête pas de me parler et que je n'ai toujours pas vu ! mais on ne m'avait jamais dit qu'il pouvait être violemment féministe par contre...


pour ce qui est de russ meyer, il a clairement fait du cinéma d'exploitation, du coup en effet tarantino lui rend vachement hommage, surtout dans son grindhouse "boulevard de la mort", qui lui
pour le coup est aussi un film violemment féministe non ? pareil pour kill bill ? quel est ton avis ?


quant à cameron (avec aliens, le retour ou terminator 1 et 2), ça me fait penser que son ex femme (kateryn bigelow (suis pas sûr de l'orthographe)) est une des seules femmes cinéastes à faire des
films assez "bourrins" (il y avait eu "point break", sans doute d'autres, et le formidable "démineurs" l'années dernière), je pense qu'il y a peut-etre quelque chose à analyser de ce point de vue
chez cameron, la relation aux femmes, son besoin peut-etre d'etre dominer ? (ses derniers films sont d'ailleurs un peu paradoxaux : titanic commence avec une histoire pour midinette et se termine
en film d'action bien burné... et "avatar" fait souvent très gnangnan aussi...)



Alix 27/11/2010 21:57



 


Tu me / nous diras ce que tu penses de Pan quand tu
l'auras vu... Je pourrai te raconter du coup pourquoi je trouve ça wonder
féministe (mais si je le fais maintenant, je te gâche le film !!) Ya que la fin qui laisse à désirer selon moi d'un point de vue féministe (mais le tout est tellement beau...)
:)


Oui pour le féminisme de Boulevard de la mort et de
Kill Bill ! (Elsa Dorlin cause un peu de boulevard de la Mort ici, je sais pas si t'as vu... http://jesuisvenuemechangerenpierre.over-blog.fr/article-elsa-dorlin-les-films-de-girl-gangs-violence-collective-violence-politique-2-3-53672881.html


Ah je savais pas que Cameron avait un lien avec Kathryn
Bigelow ! C'est clair qu'elle fait des films sévèrement burnés, je suis bien d'accord !! Pour le « besoin d'être dominé », heu, je dirais pas ça comme ça moi , je dirais plutôt... peut-être la non-nécessité de dominer, et en tout cas la
possibilité dans sa vie et son imaginaire de femmes fortes... ?


En fait, à mon avis un film peut-être féministe (ou
sexiste) de différentes manières – et donc pas seulement en mettant en scène des personnages de femmes puissantes. Dans le Labyrinthe, par exemple, il y a certes des personnages de femmes très
fortes (Carmen, bien sûr, mais aussi le personnage principal...), mais il y a aussi, à côté, une figure de femme « faible » ou en tout cas dominée, écrasée, souffrante ; ce film montre
à la fois la possibilité pour des femmes de lutter, de résister et de refuser, mais aussi la façon dont la domination opère. La façon dont certaines ne peuvent pas ou plus lutter. Comme c'est un
conte de fée, c'est peut-être un peu « grossier » - mais moi, ça m'a plu


et merci pour le comm' !



Phil Siné 26/11/2010 14:51



ah, j'aime quand la méduse nous parle de cinéma ! et de terminator en plus, qui l'eut cru ? ;)


j'ai toujours été fasciné (dès mon plus jeune âge) par ces rôles étonnants de femme virile, voire un peu dominatrice (dire après que ça a influencé mon existence, bon... bref !)


y'a eu plein de choses avant terminator, mais c'est vrai que ce n'était pas forcément tj flatteur pour les filles... je pense à "faster pussycat kill kill" par expl... on pourrait croire que
c'est féministe, mais au fond les femmes sont renvoyé je crois à leur vénalité, je ne me souviens plus très bien...


mais sinon dès 1977, il y a la princesse leia de la guerre des étoiles, qui n'hésite jamais à prendre le laser pour participer aux combats contre l'empire ! :)


et puis ripley dans alien, bien sûr... mythique sigourney ! (au fil de la saga, on la voit d'ailleurs perdre son humanité au fur et à mesure qu'elle gagne en violence... dans le 1 elle est pas
encore tout à fait sur d'elle même, dans le 2 elle s'enflamme mais s'attache quand même à une petite fille (le côté maternel encore... gulp) et dans le 3 elle deviens quasiment elle même le
monstre...)


pour en revenir à terminator, je trouve quand même molia de mauvaise foi par endroits... car dans le premier film, sarah connor  dépend d'abord du mec dont elle tombe enceinte,
peut-etre, mais c'est elle seule qui reste pour finir le travail et achever le terminator (son mec meurt avant la fin, justement...) et dans le 2 (le meilleur de tous ! et le plus "féminin" (à
défaut d'etre féministe ;) à mon goût), elle ne peut pas etre la subordonnée de schwarzy dans la mesure où il est un terminator soumis à ses ordres (enfin plutot à ceux de son fils en fait...
bon...)


je pense que si les lectures peuvent etre multiples en effet (et les pistes évoquées ici sont intéressantes), il faut peut-etre se méfier et ne pas trop surinterpréter... n'empeche que j'ai tj
cru que ces images de femmes hyper fortes, c'était forcément féministe, comme quoi il peut en être autrement selon la perspective que l'on y jette...


à noter que dans la 2nde trilogie (inaugurée par "terminator salvation"), on assiste à un retour au bon vieux schéma hyper testostéronné avec quasiment que des mecs et des machines !


et dans la série télé, qui est en réalité une version alternative de l'histoire qui reprend à la fin du 2e film en faisant comme si le 3 n'avait jamais eu lieu, elle se réoriente sur le
personnage de sarah (le titre est d'ailleurs suffisamment évocateur : "terminator : les chroniques de sarah connor"...)


bref, voilà, c'était juste qqs pistes supplémentaires...


à bientôt !!



Alix 26/11/2010 20:36



 


Merci pour ton comm', Phil, et pour tous ces éclairages !!


Russ Meyer, depuis le temps que j'en entends parler, va
vraiment falloir que je voie un de ses films... A chaud comme ça, le résumé de Faster pussycat, Kill...Kill !me fait penser à Tarantino (Boulevard de la Mort évidemment en particulier, mais finalement,
plein d'autres, pour ce genre de figures féminines...)


T'as raison il y aurait beaucoup à dire d'Alien, et du
3e effectivement (à noter aussi que le monstre est un monstre femelle !) Merci aussi pour tes précisions sur Terminator.


Pour ce qui est d'interpréter, c'est vrai que certaines
œuvres (films, bouquins) laissent des portes ouvertes, des ambiguïtés, plusieurs lectures possibles ; pour ma part je ne peux pas m'empêcher d'avoir une lecture féministe de ce que je lis et vois
– de lire à travers ce prisme-là : les rapports de genre, l'hétéronormativité, etc. - je ne peux pas arrêter, « bloquer » ça, ça vient en même temps que l'histoire dans mon cerveau, et
pas dans un deuxième temps...! (une sorte de puce fixée à la base de mon crâne, tu vois, que je peux pas arracher... )


L'un de mes films tout préférés, que je trouve
violemment féministe , c'est le Labyrinthe de Pan
de del Toro...


à bientôt aussi !!


 



Présentation

Où êtes-vous ?

Chez la méduse. Glânez comme bon vous semblera.
Vous trouverez ici de petits comptes-rendus de bouquins que j'ai lus (plus souvent de passages / chapitres), ou (plus rarement) de cours / séminaires / conférences auxquels j'ai assisté. (Je veillerai à user les citations avec modération, si !)
Ces petits topos seront situés : c'est moi qui parle, j'écrirai donc ce que j'ai compris / pas compris, ce que j'ai aimé, ce qui m'a intéressé, ce avec quoi je suis en désaccord, etc. Les réactions sont très bienvenues. Vous y trouverez aussi épisodiquement des récits - de choses vues, entendues, autour de moi.
Thèmes abordés chez la méduse : féminisme, théorie féministe, genre - militantisme, sciences sociales, racisme aussi (... etc.?)
Pour quelques explications sur la méduse qui change en pierre et vaque à son tas, vous trouverez un topo ici. D'avance merci pour vos lectures.

Pages