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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 12:27

  L'article de Cynthia Kraus, « La bicatégorisation par sexe à l' "épreuve de la science", le cas des recherches en biologie sur la détermination du sexe chez les Humains », s'étend sur 26 pages, et est tiré de son mémoire de Licence ès lettres en philosophie (l'équivalent d'une maîtrise en France), défendu en octobre 1996 à l'Université de Lausanne. Ce mémoire avait pour titre « La bicatégorisation par "sexe" : problèmes et enjeux dans les recherches en biologie sur la détermination du sexe chez les humains » (note 10/10, sous la direction du professeur Marie-Jeanne Borel).


Il s'articule en cinq parties :


1. une introduction (5 pages), dans laquelle Cynthia Kraus relève les deux caractéristiques essentielles de la bicatégorisation par sexe : son statut d'absolue évidence pour le sens commun, et son supposé ancrage dans la nature et le biologique ; et dans laquelle elle discute les approches de Christine Delphy et de Judith Butler ;

 

2. une première partie (7 pages), principalement narrative et descriptive : Cynthia Kraus y explique, d'une part, le modèle scientifique actuellement prévalant de la détermination du sexe, et d'autre part la façon dont la communauté scientifique en est arrivée là, à la suite de nombreuses recherches très complexes depuis la fin des années 1950. Elle expose le cheminement de la recherche, ses principaux ressorts, résultats et étapes. Cette partie vise à nous donner le minimum de connaissances nécessaires, en matière de biologie de la détermination du sexe, pour comprendre la discussion qu'elle mène ensuite ; mais elle a également pour objectif de faire apparaître l'extrême complexité de ces mécanismes, qui s'opposent à l'évidence du sens commun (« il y a deux sexes, des mâles et des femelles, point. »). Une question est esquissée, qui rejoint les réflexions menées par Evelyn Fox Keller, et qui touche à la façon dont est constamment envisagé le ressort de la détermination du sexe : on cherche ce qui déclenche le sexe mâle, de manière active, et de là on induit ce qui, par défaut, produit un sexe femelle ;


3. la seconde grande partie de l'article (13 pages) entre dans le vif de la discussion : « les données observables fournissent-elles des preuves au fondement naturel de la bicatégorisation par sexe ? » (p.199), et comprend deux sous-parties. Dans la première sous-partie (3 pages), C. Kraus fait un détour par la race. Elle nous rappelle les arguments que les généticiens des populations ont mis en avant, dans les années 1970, pour démontrer que la notion de « race » ne s'appliquait pas à l'espèce humaine. La « race » partageant avec le « sexe » deux caractéristiques sociales centrales : « l'alibi de la nature et l' "évidence" des apparences physiques » (p.199), le raisonnement mobilisé pour déconstruire la notion de race peut servir de point de repère pour penser la catégorisation par sexe ;


4. après ce détour par la race, Kraus attaque de front la question du sexe dans la seconde sous-partie (10 pages). Le rôle des différentes populations dans le raisonnement sur la race est joué, ici, par les différentes sous-catégories de sexe. Car, l'auteure nous ouvre les yeux sur cette réalité, il n'existe pas dans le genre humain uniquement des « mâles types » (dotés d'un pénis, de testicules, de fortes quantités de testostérone, d'un chromosome Y et du gène SRY – dont tous les « niveaux du sexe » coïncident parfaitement, aussi harmonieusement que sur un manuel de médecine de la reproduction...) et des « femelles types ». Cynthia Kraus explicite ici la complexité et la diversité du sexe, et met en évidence des inconsistances dans le raisonnement et la pratique des scientifiques du domaine. L'analyse des données scientifiques disponibles actuellement démontre l'existence de continuums et de recouvrements entre « mâles » et « femelles ». Ces multiples inconsistances témoignent, pour elle, du caractère normatif et non descriptif de la catégorie « sexe » ;


5. l'article se ferme, enfin, sur une conclusion de 2 pages, dans laquelle C. Kraus évoque les travaux de Thomas Laqueur et sa thèse du modèle unisexe prévalant jusqu'au XVIIIe siècle. Ce modèle n'a pas été invalidé par l'avancée de la science moderne. Le modèle dichotomique qui structure aujourd'hui notre vision du monde n'a pas tant des motifs scientifiques de subsister qu'une raison sociale : la bicatégorisation par sexe « est constitutive d'une politique et d'une vision du monde fondamentalement structurée par la division entre le masculin et le féminin et par le primat du premier. » (p.213)

 


Je me propose, dans les posts suivants, de revenir plus en détails sur chacune des parties de l'article de Kraus : évidence des deux sexes, rôle de la nature, état de la science, sous-catégories de sexe, déconstruction de la race, inconsistance internes des recherches scientifiques, complexité du et des sexes, acceptabilité de différents modèles – j'essaierai d'aborder tous ces points sans trop me - et vous – embrouiller ...

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Published by Alix - dans Sexe-genre
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commentaires

gab 12/03/2011 21:24



Passionnant on a hâte on a hâte !


GO ALIX GO ALIX ! 



Alix 12/03/2011 21:49



Si c'est pas fantastique d'avoir un coach pareil !!



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