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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 12:00

Depuis un moment j'ai envie de causer des milliers de petites questions pointues qu'a éveillées en moi la lecture d'un article de Pascale Molinier (toujours dans Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination ) : Autre chose qu'un désir de peau... Le Nègre, la Blanche et le Blanc dans deux romans de Dany Laferrière. Je n'ai jamais rien lu de ce romancier.

Mes questions épineuses agaçantes tournent autour de la sexualité.

 

Pascale Molinier n'est pas sociologue ; elle parle d'un endroit d'où je n'ai pas l'habitude d'entendre causer – la psychologie, à laquelle je ne connais pas grand chose en dehors des petits éclats de soleil lumineux puisés par là (et de mes vagues réminiscences des lectures de Freud en terminale, mais alors là... ;p). Elle utilise d'ailleurs Freud : Trois essais et Contribution à la psychologie de la vie amoureuse.

 

Cet article m'a fait penser à Peaux noires masques blancs de Frantz Fanon ; là aussi il est question de Nègres, de Blanches, du Blanc, et de sexe.

Molinier traite de la façon dont travaillent et s'imbriquent les rapports de pouvoir de race et de genre dans la sexualité, dans le sexe qu'on fait – mais pas seulement pour redoubler le pouvoir ou la domination – au contraire : pour peut-être les déformer, les gauchir, les tordre.

 

Le premier livre sur lequel elle se penche s'intitule « Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer » ; c'est le premier roman de Dany Laferrière (1985) ; « il se présente comme une auto-fiction relatée à la première personne du singulier, et narre dans un registre où prévaut l'autodérision la vie sexuelle d'un jeune romancier noir fauché avec de jeunes femmes blanches intellectuelles de la bourgeoisie montréalaise » (p.233).

 

Dans l'introduction de l'article, en citant Foucault et Teresa de Lauretis, P. Molinier annonce qu'elle veut interroger les sexualités hétérosexuelles de la même façon qu'on a questionné et ausculté les « sexualités alternatives » ; elle veut en particulier centrer son regard sur le désir hétérosexuel féminin, peu interrogé selon elle dans la tradition féministe parce que rabattu sur la question de l'oppression.

Je ne suis pas a priori très attirée par les études de textes littéraires, mais à la lecture de cet article j'ai réalisé à quel point l'immense corpus des scènes de sexe dans la littérature pouvait être intéressant – écrites par des hommes, par des femmes, « que racontent-ils/elles ? »

 

L'oeuvre de Dany Laferrière « interrog[e] l'hétérosexualité sous l'angle des rapports sociaux de race dans un contexte intellectuel post-colonialiste » (p.223) ; la « race » va nous permettre de mettre au jour quelques-uns des mécanismes de désir, de pouvoir et de plaisir propres à certaines sexualités hétérosexuelles, masculines et féminines.

 

Les petites et grandes questions fourmillantes qui ont pris possession de moi à la lecture de Molinier sont de deux ordres, bien différents ; pour faire simple, on dira que les unes touchent à la forme et les autres, qui me tourmentent davantage, au fond :

 

  • forme : non non il ne s'agit pas de la mise en page qui me heurte ni du choix de la taille de caractères... Cela touche au statut du propos de Molinier : à la lire, je ne sais pas où elle se situe - si elle reprend les citations de Laferrière à son compte, ou non. Citation, ou plutôt principe qu'elle pose au fondement du roman de Laferrière : « il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale » p.235. C'est tout de même une allégation énorme – on ne peut pas la lâcher comme ça l'air de rien dans la nature, construire toute la démonstration de son article dessus, sans jamais... ne serait-ce qu'énoncer clairement d'où elle vient, et comment on se situe par rapport à elle. Non ? Du coup je ne sais pas bien qui parle dans cet article, Dany Laferrière ou Pascale Molinier. Un romancier ou une chercheuse en psychologie. Et ça me gêne. [De la même façon que le statut flou des citations de Freud me gêne – mais j'y reviendrai.]

  • fond : si je laisse de côté Freud, Laferrière, Molinier et même son article, si j'arrête de me demander qui dit quoi qui abuse et à qui je vais retirer son diplôme du cnrs , me restent d'abyssales interrogations sur la relation sexuelle inégale et d'autres tsunamis jetés au hasard des pages, comme le « fantasme domestique », et « le fantasme du viol ».

 

Et je vous abandonne dans cet abîme de perplexité jusqu'au prochain post

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Published by Alix - dans Sexualités
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commentaires

mebahel 31/03/2010 14:17


Argh alors là, ca m'interpelle, ce que j'ai lu d'elle (rapports de genre dans les rapports sociaux au travail) ne me permet pas de penser qu'elle ait pu reprendre à son compte des affirmations
comme ça...
En même temps, les gens changent, les temps aussi, donc je ne sais qu'en penser, faudrait que je lise le bouquin pour comprendre ce qui te chiffonne et ce qu'elle a voulu, ou pas, dire.
(merci pour le lien.. pas sûre de le mériter mais bon...)


Alix 01/04/2010 00:01



en fait je n'ai pas du tout trouvé cet article nul hein, bien au contraire ; je l'ai trouvé super stimulant ; je l'ai d'ailleurs lu deux fois de suite ;)) Il soulève chez moi plein de questions,
mais c'est plutôt agréable ! je continuerai à en causer dans d'autres posts... Il y a certains trucs qui me posent clairement problème ; mais pour le reste, ça m'ouvre des horizons, sans réponses
pour l'instant.


pour le méritage - à 210 pourcents...



anna lo 31/03/2010 14:10


Hey, Pour quelqu’une qui n’a pas lu ni l’article de Molinier ni le bouquin dont il est question il est difficile de saisir de quoi il s’agit (outre l’amalgame de positionnement), je ne suis pas
sûre que tu as le temps, l’espace et le courage mais j’aurais d’abord aimé mieux saisir l’approche de l’auteur du bouquin à la sexualité (par exemple par des extraits de son bouquin auxquels se
réfère Molinier, ou juste encore quelques mots de ta part là-dessus) car pour le moment j’ai du mal à saisir l’objet (autant ta critique est très claire). Bon, peut-être mon commentaire lui-même
est confus… Désolée.


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